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Le Biplan
Bisexualité : actualité, culture et réflexions diverses
Actualités | 20.02.2015 - 16 h 19 | 6 COMMENTAIRES
Appel à témoignages : une étude sociologique sur la bisexualité

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J’ai été contacté il y a quelques semaines par Félix Dusseau, de l’université de Bordeaux, qui réalise un mémoire de sociologie sur la bisexualité en France et recherche des personnes intéressées par une participation à cette étude. Vous pouvez y participer de deux façons : en remplissant un questionnaire en ligne (anonyme et pas bien long) ou, pour aller plus loin, en contactant F. Dusseau pour passer un entretien avec lui (de vive voix ou par Skype). Je lui laisse la parole avec une copie d’une partie du message qu’il m’a envoyé :

Actuellement en licence de sociologie, je réalise un mémoire sur la bisexualité. Cette étude, commencée il y a déjà plusieurs mois, a pour but de se transformer en mémoire de master puis, je l’espère en thèse. Aujourd’hui trop peu d’études (voir aucune en France) ne traite spécifiquement de cette pratique / identité. Or cette thématique soulève de nombreuses questions tant du point de vue des sciences humaines et sociales que du point de vue des individus eux-mêmes (je suis assez surpris des demandes qui me sont faites lors des entretiens avec de vraies questions sur la bisexualité émanant de personnes elles-mêmes bisexuelles).

(…) Mon étude est avant tout qualitative ; Je réalise des entretiens (en face à face ou par skype) afin de mieux saisir les tenants et aboutissant de la bisexualité. De plus j’ai réalisé un questionnaire sur la bisexualité afin d’avoir quelques données statistiques. C’est surtout avec celui-ci que votre aide serait plus que bienvenue : j’ai actuellement 447 réponses mais elles proviennent en majorité de femmes. Il me serait donc utile d’avoir des réponses d’hommes.

Le questionnaire est disponible à cette adresse :

https://docs.google.com/forms/d/1mROGE66-7vUVBi7sNUGBcOdRpBOeu1NeVH1IkMnZSe0/viewform

Bien entendu l’étude est totalement anonyme (tant pour les questionnaires que pour les entretiens) et chaque participante aux entretiens recevra la retranscription de ce dernier ainsi qu’un exemplaire pdf du mémoire.

Quelques précisions supplémentaires :

Je cherche aujourd’hui différents types de personnes :

– des personnes (hommes ou femmes) qui n’ont jamais eu d’expériences bisexuelles mais qui désirent en avoir ;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont ou ont eu des pratiques sexuelles bisexuelles soit uniques, soit occasionnelles soit régulières ;
– des personnes (hommes ou femmes) auparavant hétérosexuelles qui ont eu une expérience sexuelle bisexuelle et se sont mises en couple avec le/la partenaire en question;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont eu à la fois des expériences sexuelles et de couple avec les deux sexes, sans distinction.

Je n’ai pas eu de mal à trouver des femmes mais les hommes se font plus rares. Je recherche donc des personnes prêtes à participer à cette étude avec une mention spéciale pour :

– des femmes de plus de 30 ans (j’ai actuellement beaucoup de participantes âgées entre 18 et 25 ans mais je manque de personnes plus âgées) ;
– des hommes (peu importe l’âge) avec une légère préférence pour ceux se situant dans les catégories 1 à 3.

Les entretiens peuvent se faire en face à face pour ceux résidant en Gironde (voir à Paris quand j’y monte) ou via skype. Leur durée est variable (actuellement le plus court a duré 30 minutes et le plus long 5h, la moyenne se situant aux alentours d’1h30-2h) Bien entendu ces entretiens sont totalement anonymes et toute personne participante recevra une copie pdf des travaux publiés.

Le lien vers le questionnaire en ligne est ci-dessus. Si vous avez envie de participer à un entretien, vous pouvez contacter ce chercheur par courriel à felix.dusseau (arobase) gmail.com ou en prenant contact avec lui via les commentaires au présent billet de blog.

Je soutiens naturellement ce travail de recherche, d’autant que les études spécifiquement consacrées à la bisexualité en France sont encore rares, alors n’hésitez pas à participer !

Réflexions de fond | 09.11.2014 - 00 h 49 | 6 COMMENTAIRES
Bisexualité et pansexualité, même combat ?

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(Histoire de briser tout suspense inutile : en gros, je pense que oui, ou en tout cas qu’il faudrait que oui. Il n’y a plus qu’à détailler.)

Se nommer pour se situer

Il y a quelques années, quand j’ai découvert que je n’étais pas strictement hétérosexuel, mais capable d’être attiré non pas seulement par des femmes, mais aussi par des hommes, j’ai cherché à mettre un nom sur cette attirance.

C’est un besoin que beaucoup de gens ressentent dans une situation pareille, qu’ils soient des pré-adolescents ou des gens d’âge mûr mariés avec enfants et tout. C’est le trouble de Kinsey : on se rend compte qu’on n’est ni en haut ni au bas de l’échelle, mais quelque part entre les deux. Et, si vous me laissez filer la métaphore, je pourrai dire qu’à défaut de se sentir très à son aise sur un barreau d’échelle, on a envie de numéroter les barreaux et de donner un chiffre, voire un nom, au lieu où l’on se trouve. C’est un réconfort qu’on peut croire dérisoire, mais passer de « Au secours, je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne suis pas homo et pourtant je suis attiré par un mec, je suis quoi ? » à « Il y a une échelle pour mesurer ça et je suis à 1 ou 2 et non à 0 comme je le pensais », c’est déjà une étape essentielle. On n’est plus hors des cartes, on n’est plus dans l’inconnu total : on tâtonne, on jette autour de soi des balises lumineuses, on prend des repères, on guette, on mesure, on observe, on remesure, avec l’envie, le besoin irrépressible de se situer.

Et, donc, de se nommer. On pourrait s’interroger sur ce besoin de se nommer. Je ne suis pas certain que ce besoin ait quoi que ce soit de spontané (encore moins de naturel) ; je pense que c’est une injonction sociale très contemporaine qui influence beaucoup la façon dont on se pense soi-même, mais envers laquelle il n’est pas impossible de prendre une certaine distance. D’ailleurs, je croise régulièrement des gens qui ne cherchent pas à donner un nom à leur vie sexuelle/sentimentale, qui ne paraissent pas ressentir le besoin de se trouver une étiquette, une catégorie, une désignation. Est-ce de la force, de l’indifférence, une façon de penser différente de la mienne, un hasard pur et simple ? Je n’en ai aucune idée, mais cela me réconforte qu’il y ait des gens comme ça.

Toujours est-il que, de mon côté, j’ai tout de suite eu besoin de mettre un nom sur ce que j’étais. Puisque manifestement je n’étais pas hétéro, mais pas homo non plus, il fallait que je sois autre chose. J’ai cherché sur Internet, j’ai fini par tomber sur le site Bisexualite.info et son forum, je me suis présenté, j’ai discuté, j’ai cherché sur deux ou trois autres sites… et j’ai fini par me dire que je devais être bi. J’ai adopté l’étiquette à titre provisoire, en me disant que c’était rassurant d’avoir ça pour le moment, et qu’on verrait bien plus tard comment les choses évolueraient. Grosso modo six ans après, « bisexuel » me convient toujours.

Mais entre temps, l’eau a passé sous les ponts et j’ai lu pas mal de choses dans le domaine LGBTIQAetc. J’ai découvert plusieurs façons de se définir ou de ne pas se définir dans sa vie sexuelle et/ou sentimentale. Et j’ai découvert toutes sortes d’autres catégories, étiquettes, concepts, groupes, tendances, variantes, nuances… Énormément, même (d’aucuns diraient « Trop » : comme si le fait de se retrouver en dehors des catégories habituelles en la matière appelait une surcompensation, un foisonnement de classements et de conceptualisations… Un foisonnement à la fois exaltant et flippant, puisqu’il risque d’engendrer à son tour séparations, exclusions, discriminations, malentendus, pinaillages et luttes de pouvoir).

L’un des autres concepts que j’ai découverts de cette façon, après la bisexualité, a été la pansexualité.

Bisexualité et pansexualité

Le mot « pansexualité » est inconnu de mon Grand Robert de la langue française 2001 (qui vieillit, sans doute : les choses évoluent vite dans ce domaine, et d’ailleurs « Bisexualité » au sens qu’on lui donne dans le B de LGBT est encore noté comme un sens « rare » dans ce même dictionnaire). Le Wiktionnaire, dictionnaire libre géré par la fondation Wikimédia (la même qui administre Wikipédia), le définit ainsi : « Orientation sexuelle désignant l’attirance, l’affinité d’une personne pour les autres, indifféremment de leur genre, identité de genre ou sexe » et signale le synonyme « omnisexualité ».

La pansexualité est un concept encore plus discret que la bisexualité. Outre son absence des dictionnaires, je me suis rendu compte qu’il n’existait pas vraiment (pour autant que j’aie pu m’en rendre compte, veux-je dire) d’associations ou de mouvement pansexuel. Tout au plus un drapeau, encore tout récent puisqu’il remonte à 2010 (le drapeau bi, lui, a été créé en 1998, et le drapeau arc-en-ciel remonte à au moins 1978).

Drapeau de la fierté pansexuelle (2010).

Drapeau de la fierté pansexuelle proposé sur un Tumblr anglophone en 2010 et repris depuis sur divers sites.

Quelle est la distinction entre la bisexualité et la pansexualité ? Pour en revenir au Wiktionnaire, la bisexualité y est définie ainsi (là encore, je trouve la formulation bien conçue) : « Comportement affectif, sentimental et sexuel se caractérisant par le fait d’être autant attiré par les personnes de sexe opposé au sien, que par les personnes de sexe identique au sien. »

La différence essentielle entre bisexualité et pansexualité réside donc dans leur rapport aux conceptions habituelles du genre (entendu, au singulier, comme le critère de distinction entre deux ou plusieurs genres). Le « bi » de « bisexualité » se réfère à deux sexes, le même et l’autre. Le « pan » de « pansexualité », venu de l’adjectif grec antique pas, pasa, pan qui signifie « tout », renvoie étymologiquement au fait d’être attiré par tout type de personne (ce qui est à comprendre ici évidemment comme tout adulte consentant). Il faut lire la définition pour comprendre l’essentiel : le concept de pansexualité cherche à cerner un type d’attirance détaché de toute distinction de sexe ou de genre.

Autrement dit, en théorie, une personne bisexuelle emploierait le concept de bisexualité pour indiquer qu’elle en reste à une conception classique du genre (hommes/femmes) et que cela compte dans sa façon d’être attirée par les gens, c’est-à-dire qu’elle ne ressent pas forcément le même type d’attirance vis à vis des uns et des autres, tandis qu’une personne qui se revendique pansexuelle agirait ainsi pour indiquer que son attirance est identique quelle que soit la personne par qui elle se sent attirée.

Du moins est-ce la théorie. Car, en toute bonne logique, cela devrait poser un problème : une personne bisexuelle se définirait-elle donc aussi par son refus de sortir avec des trans, serait-elle opposée à avoir des partenaires se revendiquant d’un troisième genre, ou encore à l’idée de sortir avec des personnes intersexuées ? Eh bien en fait, pas du tout. J’ai déjà rencontré des personnes trans qui m’attiraient. Les membres de l’association parisienne Bi’cause avec qui j’ai discuté de ce sujet m’ont dit qu’elles n’avaient naturellement rien contre cette idée non plus. Le bureau de l’association compte plusieurs trans qui se définissent comme bi, certains en couple avec un-e autre trans se définissant aussi comme bi. L’association dans son ensemble prend d’ailleurs régulièrement position en faveur des trans et est représentée chaque année lors de l’Existrans, le défilé pour les droits des trans.

J’en suis donc venu, logiquement, à me demander si je voulais me définir comme bisexuel ou comme pansexuel : après tout, autant choisir le terme qui correspondait le mieux à ma vie et à mes convictions.

Deux raisons ont fait que je préfère encore (du moins à l’heure actuelle) me définir comme bisexuel. La première est personnelle, la seconde, disons, politique ou militante.

La première raison est qu’à titre personnel, je ne peux que convenir qu’il y a bien une différence entre l’attirance que je peux ressentir pour une femme et celle que je peux ressentir pour un homme. Il y a bien sûr une sorte de « base commune » : dans les deux cas il y a du désir, dans les deux cas il peut y avoir des sentiments. Mais j’observe que je tombe plus souvent amoureux de femmes, tandis que, pour les hommes, c’est plus souvent de désir qu’il s’agit. Je suis donc davantage « hétéromantique » que « homoromantique », même s’il m’arrive aussi d’être attiré sentimentalement par un homme. Il y a autre chose : le désir sexuel lui-même varie au fil du temps, selon des « périodes » se mesurant en semaines ou en mois, une sorte de fluctuation naturelle de la libido, qui, sur un fond stable et permanent d’attirance pour toute personne, va me pousser tantôt un peu plus vers les femmes et tantôt un peu plus vers les hommes. (C’est un phénomène dont j’ai parlé à d’autres bi qui s’y reconnaissaient souvent. J’en avais parlé ici.) Ces deux aspects se prêteraient à des développements plus détaillés, car je suis certain par exemple que ma sentimentalité « asymétrique » est en partie due à l’assimilation d’une culture hétérocentriste dont il ne suffit pas de comprendre et de remettre en cause la domination pour s’en libérer dans son psychisme profond. Mais restons-en là pour cette fois-ci.

La deuxième raison me paraît moins avouable, parce qu’elle relève en partie d’un pragmatisme politique qu’on pourrait juger paresseux. Il se trouve que, dans l’histoire des mouvements LGBT, c’est le concept de bisexualité qui a émergé en tant que premier concept susceptible de faire vaciller la binarité stricte homo/hétéro instituée au XIXe siècle. Après déjà plusieurs décennies d’émergence lente et d’invisibilité pénible, le concept semble enfin sortir un peu de la communauté LGBT elle-même et commencer à se faire connaître du grand public. Ne vaut-il pas mieux prolonger cette lutte avec ce mot, plutôt que de multiplier les étiquettes ? Pourtant, une telle stratégie serait vite excluante envers les personnes qui s’identifient comme pansexuelles. Quitte à lutter pour la visibilité et l’égalité, il faut lutter pour des idées, des concepts et des valeurs telles que tous puissent y vivre en pleine lumière paisiblement.

Prendre en compte toutes les nuances dans la lutte pour l’égalité

J’en conclus que la lutte la plus importante, le problème essentiel, est de briser la dichotomie homo/hétéro qui est toujours en vigueur auprès du grand public, alors même que toutes sortes d’études sexologiques et pas mal d’histoires vécues montrent qu’elle est très loin d’être si clairement tranchée pour tout le monde. Cette dichotomie est une norme imposée et non une réalité sexologique ou affective. On pourrait l’appeler « le mythe des deux monosexualités » : l’idée selon laquelle il existe uniquement deux sexualités opposées et incompatibles, l’une entraînant vers les personnes du même sexe et l’autre vers les personnes du sexe opposé. N’est-ce pas d’ailleurs logique que les vies sexuelles/sentimentales des gens soient infiniment plus complexes et variées que cela, puisque la dichotomie de genre homme/femme elle aussi est loin d’être l’opposition bien nette et bien tranchée à laquelle on croit d’ordinaire ?

Ce qui existe à côté de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, c’est non seulement la bisexualité, mais aussi la pansexualité et toutes sortes d’autres nuances, à commencer par… les gens qui ne ressentent pas le besoin de se nommer (ceux dont je parlais au début).

Paradoxalement, il existe même une catégorie pour les gens qui ne rentrent dans aucune catégorie : l’altersexualité, définie par le Wiktionnaire comme la « conception de la diversité sexuelle par laquelle un individu refuse une catégorisation ou un étiquetage permanent (ou ferme) de son orientation sexuelle ou de ses attirances sentimentales, sans pour autant être libertin ». En lisant cela, je pense à deux ou trois amies qui m’ont expliqué être capables d’attirance envers aussi bien des hommes que des femmes, sans se définir spécialement comme bi ou pan ou quoi que ce soit… et qui seraient sans doute amusées ou vexées de se retrouver rangées sous un énième nom composé en « -sexualité ».

Ce qui compte avant tout, c’est de faire comprendre à tout le monde que la « monosexualité » (le fait d’être attiré par un seul sexe : le sexe opposé pour l’hétérosexualité, le même sexe pour l’homosexualité) n’est pas le seul type de sexualité qui existe, et qu’on peut être ailleurs que dans le « tout un ou tout autre » exclusif. Toutes sortes de gens se sentent régulièrement attirés par des personnes de tout sexe et de tout genre ; pour certains les catégories habituelles de genre comptent, tandis que d’autres ne se sentent pas du tout conditionnées par cela dans leur attirance et leurs sentiments, etc. etc.

Bisexualité, pansexualité et « sans étiquette », même combat ? À mes yeux, oui, certainement. Qu’en pensez-vous ?

Actualités | Militantisme | 27.11.2013 - 19 h 16 | 2 COMMENTAIRES
« Je suis bi-furieuse », billet de Léna sur son blog « Un cas IT »

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J’ai peu de temps libre en ce moment, d’où l’absence d’articles ces dernières semaines (même si j’en prépare quelques-uns, petit à petit…). Mais j’ai encore le temps de naviguer sur quelques pages, et j’aimerais relayer ici le billet publié par Léna sur son blog « Un cas IT » et intitulé « Je suis bi-furieuse ». C’est une tribune contre le rejet subi par les bi-e-s, tant dans la société en général que dans les milieux LGBTIQ+++. Non seulement elle est bourrée d’arguments et bien écrite, mais elle a une qualité que je n’ai souvent pas : la concision. Bonne lecture et à bientôt !

Actualités | 27.10.2013 - 13 h 58 | 0 COMMENTAIRES
Vous êtes bi ? Vous aimez les questionnaires en ligne ?

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Ça tombe bien : deux enquêtes en ligne sur la bisexualité se déroulent en ce moment.

Une enquête de SIS Association (Sida info service) sur le vécu des personnes homosexuelles et bisexuelles en France

L’information a été relayée il y a quelques jours sur Yagg, mais ça ne fait pas de mal d’en dire un mot ici aussi : SIS Association réalise en ce moment une enquête sur le vécu des personnes homosexuelles et bisexuelles en France. L’enquête s’adresse à des personnes de toute identité de genre âgées d’au moins 18 ans, vivant en France et se définissant comme homosexuelles ou bisexuelles. Le questionnaire, anonyme, prend environ 15-20 minutes à remplir. Les questions portent principalement sur votre bien-être, les discriminations dont vous avez pu être victime et la façon dont vous vivez votre orientation sexuelle auprès de votre famille, de vos proches, amis, collègues de travail, etc.

Enquête sur la bisexualité masculine pour un mémoire de psychologie à l’UCL

Sarolta Bogyo, étudiante en psychologie à l’université catholique de Louvain, prépare un mémoire de fin d’études dans le cadre duquel elle réalise une enquête consacrée aux hommes bisexuels vivant en France, en Belgique ou dans d’autres pays. Les questions portent sur les relations sentimentales et les partenaires sexuels de tout sexe. Le questionnaire est disponible ici. Il est anonyme et prend environ 10 minutes à remplir. Cette étudiante a du mal à trouver des participants, alors n’hésitez pas à remplir le questionnaire en ligne et à partager le lien !

Réflexions de fond | 03.08.2013 - 22 h 55 | 9 COMMENTAIRES
Est-ce « fatigant » d’être bi ? Le mythe de la bisexualité comme hypersexualité

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L’autre jour, une de mes amies (bi et militante) m’envoie un message hilare sur le mode : « Tu ne devineras jamais ce que je viens d’entendre ! » Au cours d’une discussion, quelqu’un avait dit : « Mais enfin quand même, ça doit être fatigant d’être bisexuelle ! T’imagines ? »

La remarque a beaucoup fait rire l’amie en question et moi aussi. Naturellement, nous ne pensons pas du tout qu’être bi soit particulièrement fatigant. En revanche, nous n’avions pas beaucoup de mal à voir en gros les clichés sur les bi qui pouvaient être à l’origine de cette phrase. « Aimer à la fois les hommes et les femmes, à la fois les gens du même sexe et les gens du sexe opposé, ça doit être fatigant à force ! »

Mais l’anecdote m’est restée dans un coin de la mémoire. En plus d’être drôle, elle avait quelque chose de surprenant. Sérieusement, pourquoi diable s’imagine-t-on des choses pareilles, qui sont évidemment fausses, avec autant de facilité ? Cela m’a donné envie de creuser un peu le sujet. Je n’ai pas souvent moi-même de grandes discussions avec mes amis ou connaissances à propos de bisexualité, ni de sexualité en général. De ce fait, ce sont souvent de petites remarques de ce genre qui laissent entrevoir la conception qu’ont les gens de la sexualité, et notamment des sexualités différentes de la leur. Et elles me semble assez révélatrices de l’ignorance, des préjugés quelque peu candides, et plus généralement des représentations et de l’imaginaire qui les influencent.

En plus, cela commençait à faire une éternité que je n’avais pas posté d’article de réflexion de fond sur ce blog, et il était temps d’y remédier.

Des dangers de l’arithmétique sexuelle candide…

Reprenons au ralenti.

« Ça doit être fatigant d’être bi ! »

Je précise que mon but n’est pas de hurler à la biphobie ou à une discrimination quelconque, ce qui ne servirait d’ailleurs à rien. L’intention n’est visiblement pas médisante. Ce genre de remarque me semble seulement typique des gens qui, avant toute chose, ne savent tout simplement pas ce que c’est que la bisexualité, ne connaissent pas de bi, n’ont jamais vu passer d’article sur le sujet et n’ont pas essayé de s’informer un minimum pour étayer (ou non) les idées reçues qu’on peut se former sur tout ce qu’on ne connaît pas. Evidemment ce genre de remarque n’a pas plu à mon amie et ne m’a pas plu non plus : on voit facilement que de cet imaginaire bizarre formé autour de la bisexualité à la discrimination biphobe, il n’y a qu’un pas qui est vite franchi (on le verra plus loin), même s’il ne l’était pas vraiment dans l’anecdote que je viens de rapporter, du moins pour ce que j’en ai su. Mais avant de monter sur mes grands chevaux roses, violets et bleus, il m’a paru important  de m’interroger sur la naissance de ces préjugés. Qu’est-ce qui fait que, pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout le sujet, cela peut sembler « fatigant » d’être bi ?

Le premier sous-entendu qu’on peut trouver dans cette phrase, c’est que la bisexualité n’est pas considérée toute seule : elle est « fatigante » par comparaison avec l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Lesquelles pourraient tout à fait être jugées « fatigantes » pour tout un tas de raisons : après tout, ressentir du désir pour les gens au quotidien, tomber amoureux, se heurter souvent aux refus, aux déceptions, aux échecs, à la frustration, sont bel et bien quelque chose de fatigant à vivre. Au fond, on n’aurait pas beaucoup de mal à soutenir que toute sexualité et toute vie amoureuse sont fatigantes. Ce n’est pas pour rien que, depuis des millénaires, les philosophes, les sages, etc. écrivent des traités entiers sur le meilleur moyen de maîtriser ses désirs et d’atteindre l’ataraxie, l’adiaphoria et autres notions techniques apparentées de près ou de loin à la sérénité.

Mais il semble ici que la bisexualité doive avoir quelque chose de particulier par rapport aux autres orientations sexuelles, qu’elle soit plus fatigante que l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Pourquoi ?

On pourrait dire : « Peut-être parce que les personnes bisexuelles font l’objet de discriminations particulières, qu’elles sont encore trop peu représentées, souvent méprisées, etc. » Mais visiblement ce n’était pas le propos. Il s’agissait de comparer les orientations sexuelles prises en elles-mêmes, sans rapport à un contexte social particulier. Alors pourquoi ?

Qu’est-ce qui différencie la bisexualité de ces deux autres orientations sexuelles que sont l’hétérosexualité et l’homosexualité ? C’est le fait que ces deux-là sont aussi des « monosexualités », c’est-à-dire des attirances éprouvées potentiellement envers les personnes d’un seul sexe, ou plutôt d’un seul genre – grosso modo. Les bi sont les seuls à être attirés potentiellement par des personnes des deux sexes.

Pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout la bisexualité, le premier moyen de la définir consiste donc à réaliser une espèce d’opération d’arithmétique sexuelle : la bisexualité, en gros, ce serait l’hétérosexualité plus l’homosexualité.

Si je pose l’équation : Homo + hétéro = bi, un peu comme 1 + 1 = 2.

Et au fond c’est bien la définition étymologique de la chose : la bisexualité est une sexualité « double », caractérisée par l’attirance pour deux sexes, au lieu d’un seul comme la majorité des gens. Techniquement, donc, c’est vrai.

… surtout quand la norme hétéro s’en mêle

Là où les choses se compliquent, c’est lorsqu’on quitte le domaine de la définition technique, pratique, et qu’on entre dans le domaine des connotations dont le mot et sa définition sont porteurs.

Les connotations, ce sont tous les petits points d’accroche où l’imagination vient se nicher, elle-même la main dans la main avec sa grande amie l’émotion, tandis que leur pote le jugement moral ne se balade jamais très loin. C’est normal, et c’est ce qui fait que nous ne sommes pas des ordinateurs, puisque nous ne nous contentons pas d’enregistrer froidement des « données » ou des « informations » qui seraient purement factuelles, mais que nous réagissons à elles comme deux produits chimiques réagissent ensemble, de façon très complexe, pour le meilleur et le pire.

(Il  y a  ça, et il y a le fait que la définition ci-dessus est tout sauf purement factuelle et objective : le choix des termes de la définition, de l’approche adoptée et du nom même de bisexualité ne sont pas « factuelles » ou « objectives ». Toute définition n’est jamais qu’une approche de quelque chose selon une méthode donnée, et toute définition a ses limites, comme nous le verrons plus loin pour la définition de la bisexualité dont nous sommes partis. C’est pour ça qu’il est rarement mauvais de réfléchir sur les mots qu’on emploie, sur les concepts et les notions qu’on manie, afin de les confronter entre eux et de nuancer leurs limites habituelles.)

Bref, quelles sont donc les connotations courantes qu’éveille une pareille définition d’une orientation sexuelle ?

Eh bien, il y a un côté extraordinaire. Non pas un type d’attirance, mais deux. Une attirance double qui s’oppose à deux attirances qui par contraste ont l’air « simples ». Si nous partons de la norme hétérosexuelle telle qu’elle a régné disons aux XIXe et XXe siècles, avec ses postulats de base qui sont qu’il existerait deux sexes distincts et étanches et deux formes de sexualité distinctes et étanches, la « normale » étant celle qui consiste à désirer les gens du sexe opposé, nous voyons que, aux yeux de quelqu’un qui a endossé cette norme (c’est-à-dire beaucoup de gens, de nos jours),  l’homosexualité déroge à la norme sur le mode du retournement : les homosexuels sont des gens qui désirent non pas l’autre sexe mais le même sexe. La bisexualité, elle, a pour caractéristique principale une idée d’accumulation : non pas l’un ou l’autre, mais les deux. Par rapport à la norme hétérosexuelle, la bisexualité ainsi définie est doublement transgressive. Elle remet en cause non pas seulement l’idée que l’attirance « normale » serait l’attirance pour les gens du sexe opposé, mais aussi le postulat plus fondamental selon lequel il existerait deux sexualités distinctes et étanches.

Autrement dit, pour quelqu’un qui a cette norme en tête (et nous y avons tous eu droit à un moment donné), la personne bisexuelle est davantage transgressive que la personne homosexuelle. La personne homosexuelle ne fait que subvertir, retourner l’attirance présentée comme « normale », mais elle reste dans la norme au sens où elle a le bon goût d’être complètement différente. Elle a un côté symétrique. Les gens du sexe opposé pour l’hétéro, les gens du même sexe pour l’homo. Les deux se complètent tout en restant admirablement séparés. La personne bisexuelle, en revanche, transgresse cette symétrie parfaite. Elle dépasse le cadre qui a instauré cette division.

Mais de ce fait, puisqu’elle est comprise comme ce qui accumule les deux, elle devient ce qui enveloppe tout. Elle a des airs de totalité, tout comme la figure de l’androgyne est parfois conçue comme l’être qui accumule en lui tout l’humain en étant à la fois homme et femme dans un seul corps. La personne bisexuelle, dans cette perspective, semble être, de son côté, celle qui totalise par son attirance toute la sexualité possible. La bisexualité est l’attirance-limite, l’attirance qui se confond avec le cadre de toutes les attirances possibles, l’attirance qu’on ne peut pas dépasser parce qu’elle dépasse tout le reste elle-même. La personne bisexuelle est la personne qui désire non pas telle ou telle partie de l’humanité, mais tout le monde.

Ces airs extraordinaires sont donc liés à l’aspect transgressif de la bisexualité et au fait que, dans la perspective adoptée par la norme hétérosexuelle, elle ne peut qu’être placée sous le signe de l’excès, et même du superlatif, du plus haut degré possible, du désir le plus étendu possible. La bisexualité est alors considérée comme l’hypersexualité, la sexualité « la plus sexuelle » qui soit.

Avec cette idée-là va une autre idée, qui se glisse insidieusement dans la tête à ce moment-là : celle que la bisexualité serait nécessairement plus intense, plus puissante que les autres sexualités.

Mais pourquoi aboutit-on si facilement à un tel glissement ? Faisons une pause et voyons ça.

Reprenez les définitions dont nous sommes partis. Elles définissent les orientations sexuelles en fonction du ou des sexes des gens qu’une personne désire potentiellement. Une personne homosexuelle peut désirer des gens du même sexe qu’elle. Une personne hétérosexuelle peut désirer des gens de l’autre sexe. Une personne bisexuelle peut désirer des gens du même sexe et/ou des personnes de l’autre sexe.

Mais le danger de l’arithmétique sexuelle à laquelle on se livre par commodité pour se représenter la bisexualité quand on ne la vit pas soi-même, c’est qu’elle a vite fait de faire oublier un mot important de la définition (enfin, tous les mots sont importants dans une définition) : l’idée qu’il s’agit des attirances potentielles d’une personne. Il s’agit de définir le champ des possibles. Cela ne veut pas du tout dire qu’une personne bisexuelle désire en permanence et à la fois l’ensemble des personnes qui peuvent l’attirer. D’où l’intérêt du « et/ou » que j’ai casé dans la définition de la bisexualité au paragraphe précédent.

Nous touchons là au nœud du problème, qui est au fond très simple dès lors qu’on l’envisage en termes de logique. Les définitions des orientations sexuelles utilisent pour critère un certain attribut des personnes désirées. L’homosexualité peut se définir comme l’attirance d’une personne envers des sujets appelés êtres humains qui ont pour attribut d’être du même sexe qu’elle. Idem pour l’hétérosexualité, l’attribut des personnes désirées étant d’être de l’autre sexe. La bisexualité consiste alors à désirer des personnes qui peuvent avoir deux attributs possibles (être du même sexe ou être de l’autre sexe). Mais aucune de ces définitions ne dit rien sur la quantité de personnes totales que l’on désire, ni sur l’intensité du désir. Le problème de « l’arithmétique sexuelle » (le « bi = homo + hétéro »), c’est qu’elle amène très facilement à penser en termes de quantité des choses qui devraient être pensées en termes de qualités ou de propriétés attribuées aux gens.

Car ce que dit la définition de la bisexualité, c’est qu’une personne bisexuelle peut désirer des gens ayant deux propriétés différentes possibles (au lieu d’une seule pour l’hétérosexualité et l’homosexualité). Mais l’addition porte sur les propriétés différentes possibles des personnes que l’on peut désirer, pas sur la quantité des personnes qu’on va désirer pour de bon !

Pour prendre un exemple histoire d’enfoncer le clou : voici une personne A dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux de telle sorte. Voici une personne B dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux d’une autre sorte. Voici enfin une personne C dont je vous affirme qu’elle mange des gâteaux des deux sortes. Qu’est-ce que vous pouvez me dire à partir de ça sur l’appétit des trois personnes ? Rien. (Vous pourriez tout au plus me parler de leurs goûts, mais la comparaison s’arrête là, une orientation sexuelle n’étant pas une simple affaire de préférence, contrairement au choix des gâteaux.)

Bref, dès lors qu’on y réfléchit un peu, il n’y a aucune raison de croire qu’une personne bi ressentirait nécessairement du désir envers une plus grande quantité de gens qu’une personne hétéro ou homo. Pas plus qu’il n’y a de raison de croire qu’une personne bi ressentirait nécessairement plus de désir tout court qu’une personne hétéro ou homo.

Seulement, dès lors qu’on oublie cela, on a très vite fait de se focaliser sur le « et », sur le « plus », sur le « à la fois », et d’avoir l’impression que la bisexualité serait nécessairement une hypersexualité, qu’elle supposerait plus de désir ou un désir plus intense que les autres orientations sexuelles.

Or, dans le domaine sexuel, cette idée d’accumulation, outre les transgressions dont je viens de parler par rapport à la norme hétéro, suscite toutes sortes de jugements moraux. En effet, dès lors qu’on invente une catégorie de gens qui ressentiraient davantage de désir sexuel que les autres, tout l’héritage moral visant à contrôler et à réprimer la sexualité se remobilise. Si une personne ressent plus de désir sexuel que les autres, elle est nécessairement anormale, malade par nature (donc à  supprimer ou à soigner) ou bien pervertie, dépravée (donc à contrôler, à remettre dans la limite). De là les préjugés qui font des personnes bisexuelles des gens nécessairement obsédés, qui seraient naturellement destinés à une sorte de prostitution volontaire (ah, le fantasme ! Gratis, mec !). Remarquez qu’on a parfois encore la même réaction envers des personnes homosexuelles ou des trans, lorsqu’on s’explique aussi leur orientation sexuelle ou leur identité de genre par le fait qu’elles seraient en proie à un excès de désir sexuel.

C’est de là que vient, je pense, cette idée bizarre qu’être bi serait nécessairement plus fatigant qu’être homo ou hétéro : elle est due à l’idée qu’une personne bi vivrait nécessairement dans un monde surchargé en désir (et donc en frustrations ou en courbatures post-coitum).

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi il s’agit d’un préjugé crassement faux.

C’est un peu comme cet ami qui, il y a quelques mois, après m’avoir entendu dire que je cherchais indifféremment quelqu’un avec qui sortir, homme ou femme ou trans ou qui que ce soit, en concluait avec un sourire que je cherchais « tous azimuts ». C’était dit sans malveillance, mais apparemment avec l’idée que mon désespoir et/ou ma frustration me poussaient décidément à recourir à des moyens extrêmes pour me débarrasser enfin de mon satané célibat. Je n’ai pas voulu ou pas pu expliquer en quoi c’était faux, mais la remarque, au fond, puisait peut-être bien dans les mêmes malentendus sur la bisexualité que le « ça doit être fatigant ».

Réponse à une objection possible

Il y aura sûrement des petits malins pour venir me dire : « Mais attends, la quantité de personnes totales que tu peux désirer est vraiment deux fois plus grande que la quantité de personnes que tu aurais pu désirer si tu avais été hétéro ou homo. En plus tu as dû le voir, puisque tu as commencé par te définir comme hétéro avant de découvrir ton attirance pour les gens du même sexe. Donc tu as forcément plus de tentations qu’avant ! »

C’est encore négliger l’importance du « potentiellement » dans les définitions du début. La quantité de personnes que je peux désirer est effectivement plus grande que celle que je pouvais désirer auparavant. Mais cela veut-il dire que je désire effectivement plus de gens qu’avant ? Encore une fois, la seule définition de la bisexualité ne permet pas de l’affirmer logiquement, et cette idée reçue résulte d’une « arithmétique sexuelle » assez naïve.

Pour que j’aie effectivement plus de tentations qu’auparavant, cela supposerait qu’on puisse calculer arithmétiquement le nombre de gens que je désire. Il faudrait pouvoir dire : « Au départ je suis un homme hétéro, je désire uniquement les femmes. Soit A l’ensemble des femmes et soit A’ l’ensemble des femmes qui me paraissent attirantes, le second ensemble étant évidemment inclus dans le premier et plus restreint que lui. Maintenant je deviens bi, je me mets à désirer aussi des hommes. Soit B l’ensemble des hommes et, au sein de B, j’appelle B’ l’ensemble des hommes qui m’attirent. Le nombre total d’êtres humains qui me paraissent sexy est donc nécessairement égal à A’ + B’. »

Mais serait-il nécessairement égal à A’ + B’ ? Est-ce que, depuis que je suis bi, je continue à trouver attirantes autant de femmes que quand j’étais hétéro ? Vous voyez que c’est tout sauf évident. Car il ne s’agit pas ici d’une pure accumulation. Mon attention n’est pas tournée en surcroît vers d’autres personnes, elle peut aussi être détournée vers d’autres personnes. Autrement dit, la proportion globale de gens qui m’attirent n’a pas forcément augmenté. Si j’appelle C l’ensemble de l’humanité égal à A+ B, l’ensemble C’ des gens qui m’attirent en tant que bi ne sera pas nécessairement égal à A’+B’. Il sera plutôt… grosso modo égal à ce que seraient A’ ou B’, ou à la moyenne des deux.

Pour terminer de clarifier ça, il peut être utile de faire la comparaison avec les gauchers, les droitiers et les ambidextres. Être ambidextre est parfois un moyen facile de briller en société. « Wouah, la classe, tu peux utiliser n’importe quelle main ! » Un corollaire de la condition d’ambidextre auquel on pense moins est qu’une personne ambidextre, si elle est en effet davantage « polyvalente manuellement » qu’une personne droitière ou gauchère, est comparativement moins douée de sa main gauche qu’une gauchère et moins douée de sa main droite qu’une droitière. Cela pour la raison toute simple qu’une personne donnée, quelle que soit sa ou ses bonnes mains, accomplit toujours à peu près le même nombre de gestes dans la vie, de sorte qu’une personne qui se « spécialise » en utilisant toujours une de ses deux mains sera très douée avec cette main et très peu douée avec l’autre, tandis qu’une ambidextre sera certes douée des deux mains, mais seulement moyennement douée, à moins de se spécialiser en utilisant une main en particulier pour tel ou tel type de geste. Une personne ambidextre n’est donc pas plus douée avec ses mains que les autres, puisqu’elle n’a pas davantage d’occasions de les utiliser que les autres : elle se contente de les utiliser différemment. De même, une personne bisexuelle ne ressent pas plus de désir, ses besoins affectifs et sexuels sont comme ceux des autres, mais ils sont répartis différemment parmi la population des personnes désirables autour d’elle.

Pour en revenir aux orientations sexuelles, ce n’est pas parce que j’ai acquis la capacité de m’intéresser à davantage de types de personnes que je suis devenu instantanément une machine à désirer effrénée. Ce qui tombe bien, parce que, dans mon expérience personnelle, je n’ai pas eu cette impression. Il y a eu une courte période pendant laquelle j’ai prêté davantage d’attention à mes attirances en général, parce que j’avais besoin de m’assurer de leur nature, de vérifier que j’étais bien bi et pas juste un hétéro très ouvert et très enclin à se faire des films pour rien. Mais je n’ai observé aucun tsunami de nymphomanie ébouriffante (heureusement ou malheureusement, comme vous voudrez).

Je dois préciser aussitôt que ce n’est pas du tout une affaire de résistance à la tentation ou je ne sais quelle logique crypto-judéo-chrétienne bizarre. C’est tout bêtement une affaire de méthode. Car encore une fois, cette idée de diviser l’humanité en deux sexes, de penser qu’il existerait deux sexualités distinctes et étanches visant l’une les personnes du sexe opposé et l’autre les personnes du même sexe, c’est une invention récente (du XIXe siècle à peu près) visant à imposer la norme hétérosexuelle et à rendre monstrueuse toute sexualité qui envisagerait les choses différemment. Donc, cette idée de ne concevoir la bisexualité que comme « l’hétérosexualité plus l’homosexualité », c’est une conception des choses parmi beaucoup d’autres possibles. Et c’est aussi un joli artifice rhétorique quand on veut faire passer un bi pour un nymphomane à peu de frais.

D’autres conceptions des désirs, des attirances et des sentiments sont possibles. Longtemps on s’est allègrement passé de la notion même de sexualité et d’orientation sexuelle. Or l’idée d’orientation sexuelle, liée au départ à la notion du « choix d’objet du désir » en psychanalyse, ne va pas de soi et ne trouve aucun ancrage certain dans un quelconque mécanisme physiologique. Mieux, l’idée même d’une distinction biologique bien nette entre deux sexes vacille sur ses bases (merci Anne Fausto-Sterling). Or, si la notion de sexe n’est pas purement biologique mais relève en partie du social, alors la notion d’orientation sexuelle n’est pas « naturelle » non plus. Bref, tout cela ne relève pas d’une Nature immuable, mais bien plutôt des cultures et des usages sociaux.

De sorte qu’il est très simple de concevoir les choses différemment. Les notions de « pansexualité » ou d’ « omnisexualité », par ailleurs proches de celle de bisexualité, s’en distinguent par le choix de ne pas mettre l’accent sur cet aspect double, mais plutôt sur l’idée que l’on peut être attiré par tout le monde. Je préfère ne pas imaginer les réactions que ces mots peuvent provoquer chez les gens qui comprennent les choses de travers en les rapportant à une plus grande intensité du désir (« Hannn, il dit qu’il peut coucher avec tout le monde ! Ça veut dire qu’il a envie de baiser toute la planète » !). Mais ces termes, outre qu’ils ont le bon goût de ne pas donner l’impression d’exclure les trans et les personnes intersexuées, ont l’avantage de concevoir les gens que l’on désire comme un ensemble unique, et non comme une série de sous-ensembles qui seraient complètement déterminés par la distinction de sexe.

Ces termes rappellent donc opportunément que le seul critère auquel on ait vraiment recours dans la vie quotidienne, ce ne sont pas ces opérations d’apothicaire, mais simplement le critère: « Est-ce que cette personne me plaît ou non ? » Cela ne veut pas dire que le sexe ou le genre de la personne n’a aucune importance, mais que les choses ne sont pas aussi déterminées par ça que ce qu’on peut croire quand on manipule trop à la légère la notion de bisexualité.

Réponse à une autre objection possible

Il y aura sûrement d’autres petits malins (ou bien les mêmes) pour venir me dire aussi : « Mais certaines personnes bi admettent volontiers que leur idéal de vie consisterait à avoir non pas une seule relation exclusive, mais deux relations à la fois, l’une avec quelqu’un du même sexe, l’autre avec quelqu’un de l’autre sexe. C’est donc bien qu’elles ressentent davantage de désir et qu’elles ont davantage de besoin que des homos ou des hétéros. Et cela vient du fait que les bi sont attirés à la fois par des gens du même sexe et par des gens du sexe opposé, donc à la fois par des hommes et des femmes, et comme les deux sexes apportent chacun quelque chose de très différent, une personne bi aura besoin des deux pour être satisfaite. »

Ce à quoi je répondrai que je suis d’accord avec le constat, mais non avec les conclusions qu’on prétend en tirer sur les personnes bi en général. Et je répliquerai aussitôt qu’il y a de nombreuses personnes bi qui se contentent très bien d’une relation exclusive… ou bien qui font des infidélités, mais pas avec des personne d’un autre sexe que celui de leur partenaire habituel-le. Et qu’inversement, il y a aussi des homos et des hétéros qui tombent amoureux de deux personnes à la fois (voire plus) et qui ressentent le désir ou le besoin de mener de front deux relations simultanées (ou plus). Alors, comment expliquer cela ? Va-t-on, pour les bi, parler de besoin inévitable, et pour les autres, parler seulement de la toute-puissance de l’amour en général, ou alors condamner la chose comme preuve d’un caractère volage ?

Si toutes les personnes bi ressentaient nécessairement cette frustration, et si elles étaient les seules à la ressentir, alors ce raisonnement sur la prétendue inévitable frustration des bi en couple exclusif, qui prétend déduire savamment une généralité sur tous les bi à partir de ce que vit une partie d’entre eux, serait imparable. Mais l’expérience montre que ce n’est pas du tout le cas. C’est donc que la prétendue différence essentielle entre hommes et femmes n’est pas la seule raison qui peut pousser quelqu’un à rechercher deux relations simultanées. Tous les bi qui le font ne le font donc pas nécessairement pour cette raison, et, à l’inverse, toutes les personnes qui le font ne sont pas bi. Le raisonnement est donc beaucoup moins solide qu’il n’en a l’air.

Certes, en tant que bi, je constate bien qu’il y a une différence entre mes attirances ou sentiments envers des femmes et ceux envers des hommes. Je ne cherche en partie pas la même chose, et je ne trouve en partie pas la même chose. Qu’est-ce qui est essentiel ou non pour moi là-dedans, je n’en sais rien et je n’aurai pas trop de toute ma vie pour y réfléchir. Mais, d’après les témoignages de bi que j’ai pu lire et entendre, je me garderai bien d’étendre mon exemple personnel à l’ensemble des gens qui se reconnaissent comme bi.

Et ce n’est pas étonnant que l’expérience prouve la fausseté d’une telle objection, puisqu’encore une fois elle présuppose que tout ce qui est potentiellement désirable par un bi sera nécessairement désiré… ce qui est faux, comme nous l’avons vu. Cela peut arriver, mais ce n’est pas du tout une conséquence logique du fait d’être bi.

Bref…

Voilà pour cette petite séance de décorticage de préjugés et de chasse aux mythes sur la bisexualité. J’espère qu’elle vous aura permis de vous clarifier les idées, que ce soit pour vous méfier des raisonnements qui n’en sont pas ou pour apprendre à mieux y répondre si vous êtes bi et que vous avez affaire à eux au quotidien.

Et si vous avez lu toute cette page avec attention, vous aurez le droit de dire que vous ressentez de la fatigue, mais que ce n’est pas votre sexualité qui en est la cause. Enfin, pas de la façon qu’on pourrait croire.

Annonces d'événements | 12.05.2013 - 14 h 59 | 0 COMMENTAIRES
[Événements] La fin mai sera riche en débats et rencontres bi, à Paris, Strasbourg, Amiens

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La mi-mai sera active, entre la Bi’causerie de Bi’cause demain lundi 13 et le débat interassociatif sur la biphobie mercredi 15 au soir, où seront notamment présentés les résultats de l’enquête sur la bisexualité. Et à la fin du mois, à Strasbourg, ce sera la nouvelle assemblée constitutive de l’association des bi de l’Est, Bi’loulous. Plus de détails ci-dessous :

Lundi 13 mai 2013, Paris : Bi’causerie (je sais, je préviens super tard, désolé…)

Où ? Quand ? Lundi 13 mai, de 20h à 22h, au Centre LGBT Paris Ile-de-France, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.

Quoi ? Communiqué de Bi’cause :

Lundi 13 mai a lieu une Bi’Causerie « à ne pas rater », avec l’intervention du centre de santé Au Maire Volta.

Cet organisme, situé à toute proximité du centre lgbt, inséré dans une politique active de santé de la Mairie de Paris, mène une activité généraliste et spécialisée dans pas moins de 8 domaines.
Il s’adresse tout particulièrement aux personnes lgbt en difficulté, peut notamment prendre en charge plusieurs aspects de santé des personnes trans’, et possède un solide réseau pour aiguiller et aider les personnes en souffrance psychologique..
Y a-t-il des questions/problématiques de santé spécifique à la bisexualité ? Des approches particulières du corps médical par rapport aux personnes bi ? Ce peut être un thème abordé lors de la réunion.
Enfin Bi’Cause a déjà développé les contacts avec ce centre en mettant à disposition des manuels de prévention, dont nos interlocutrices diront leur mode d’utilisation. Plus globalement, nous souhaitons développer le travail en commun.
La Bi ’Causerie de lundi prochain s’intègre dans cette perspective.

Mercredi 15 mai 2013, Paris : débat interassociatif sur la biphobie et présentation des résultats de l’enquête sur la bisexualité

Où ? Quand ? Mercredi 15 mai 2013, de 20h à 23h, à La Mutinerie, 176-178 rue Saint-Martin 75003 Paris.

Quoi ? Je relaie l’annonce faite sur le site de SOS Homophobie :

Débat biphobie à la mutinerie

A l’occasion de la sortie des premiers résultats de l’Enquête nationale sur la bisexualité menée par SOS homophobie, Le MAG Jeunes LGBT, Bi’Cause et Act-Up Paris, présentation/débat + soirée à la Mutinerie.

L’évènement sur FB: https://www.facebook.com/events/152871094885729/

Tous les évènements SOS homophobie dans le cadre de la journée IDAHO: http://www.sos-homophobie.org/journee-contre-l-homophobie

Vous voulez plus de détails sur le programme ? Ça tombe bien, il y en a sur l’événement Facebook, mais comme tout le monde n’a pas à être sur Facebook, je relaie les détails ici aussi :

Le 23 septembre dernier, à l’occasion de la Journée Internationale de la Bisexualité (JIB) a débuté la première grande enquête nationale sur la bisexualité. Portée par le MAG jeunes LGBT, SOS homophobie, Bi’Cause et Act Up, elle a pour but de dégager les représentations supposées et/ou réelles de la population française ou habitant en France sur cette orientation sexuelle longtemps laissée à la marge des études statistiques. C’est donc pour pallier un manque flagrant d’informations, que les quatre associations se sont donné pour mission de faire paraître un rapport sur le sujet.L’étude s’appuie sur un questionnaire en ligne et en version papier traversant en 10 questions des thématiques variées : visibilité des bisexuel-le-s dans l’espace médiatique et dans l’entourage, discriminations, relations amoureuses/sexuelles, stéréotypes…
Le questionnaire a été renseigné par plus de 6000 répondant-e-s durant deux mois et a fait l’objet d’un micro-trottoir à Besançon, Marseille, Montpellier, Nantes, Paris, Strasbourg.Le MAG jeunes LGBT, SOS homophobie, Bi’Cause et Act Up-Paris vous donnent rendez-vous à la Mutinerie le 15 mai prochain pour les premiers résultats de l’enquête et vous invitent à prendre part à une présentation/débat autour de ces résultats, synthétisés dans une brochure qui sera distribuée lors de la soirée. [En attendant le rapport qui sortira à la rentrée prochaine]
La présentation aura lieu vers 19h et sera suivie de deux dj sets :
• Jennox [Barbi(e)turix]
*** www.barbieturix.com ***
• Jasmin de Nimbocatin [LaMainCollectif]
*** www.lamaincollectif.wordpress.com ***

Vendredi 24 mai 2013, Amiens : Conférence-débat : « Ni homo, ni hétéro : Bisexuel-le-s », par la délégation régionale SOS Homophobie Picardie

Où ? Quand ? Vendredi 24 mai 2013, de 18h30 à 20h30, à l’Amphitéâtre Jean Cavaillès – Cloître Dewailly 12, rue Frédéric Petit 80000 AMIENS.
Quoi ? Cette conférence-débat est organisée par la délégation régionale SOS Homophobie de Picardie, sur laquelle vous trouverez plus d’informations sur le site de SOS Homophobie. Je relaie la description de l’événement trouvée ici dans leur programme :

Conférence-débat : « Ni homo, ni hétéro : Bisexuel-le-s »

Ni hétéro, ni homo, ils sont bi ! Souvent mis de coté, ils sont eux aussi victime de discrimination. Venez en débattre autour des résultats de la première enquête sur la biphobie en France. Débat en présence de l’association « Bi’Cause » Tous les évènements SOS homophobie dans le cadre de la journée IDAHO: http://www.sos-homophobie.org/journee-contre-l-homophobie

Lundi 27 mai 2013, Strasbourg : assemblée constituante de l’association des bi de l’Est, Bi’Loulous

Où ? Quand ? Lundi 27 mai 2013de 20h30 à 22h30 au Centre Lgbti Alsace, 7 Rue des Écrivains, 67000 Strasbourg.

Quoi ? J’avais relayé à la mi mars l’annonce de la création de Bi’Loulous, association basée à Strasbourg et destinée aux bi de l’Est de la France. Une première assemblée constituante n’avait malheureusement pas attiré assez de monde pour que l’association puisse être fondée juridiquement (selon les lois locales, il faut un minimum de 7 personnes pour créer une association). Mais nos Bi’Loulous ne se découragent pas et ont d’ores et déjà prévu une nouvelle tentative. Son succès dépendra de la bonne diffusion de cette annonce d’événement, alors n’hésitez surtout pas à la relayer autour de vous, de vive voix, par mail et sur les réseaux sociaux, forums, etc. !

Je relaie le communiqué de Bi’Loulous :

Venez nombreux à l’assemblée générale constitutive de l’association.

Objets de la réunion :
1) Adoption des statuts discutés
2) Signature des statuts par au moins sept membres fondateurs
3) Vote du bureau directeur
4) Lancement de l’association (discussion et adoption de la charte des bi et pan, brainstorming des activités envisageables sur l’année, etc.)

=> N’hésitez pas à remplir le questionnaire prévu à cet effet !
https://docs.google.com/forms/d/1snp8jsQQYEcb9JOjOxVIVYwm_eGrJSsRhfCi66iYDag/viewform

6) On bouffe ! N’hésitez pas à ramener un petit quelque chose 🙂

L’événement dispose d’un événement Facebook.

Voyez aussi le site de l’association Bi’loulous et sa page Facebook.

Lundi 27 mai 2013, à Paris : Bi’causerie au Centre LGBT (thème à venir)

Où ? Quand ? Lundi 27 mai 2013, au Centre LGBT Paris Ile-de-France 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.

Quoi ? La Bi’causerie de fin de mois, dont le thème exact est encore à préciser.

Jeudi 30 mai 2013, à Paris : Bi’envenue de Bi’cause

Où ? Quand ? Jeudi 30 mai 2013, au Banana café, 13 rue de la Ferronnerie, 75003 Paris. Rendez-vous au piano bar en sous-sol.

Quoi ? La Bi’envenue mensuelle de l’association Bi’cause est une rencontre conviviale destinée à permettre aux nouvelles et nouveaux venus de découvrir l’association et de discuter de la bisexualité. Si vous n’avez jamais osé venir à une réunion de Bi’cause avant, c’est fait pour vous !

Un mois de mai riche en événements pour les bi, donc !

Et au fait, si vous êtes une femme et que vous avez (ou avez eu) des relations sexuelles/sentimentales avec des femmes, que vous vous sentiez bi, lesbienne ou autre, n’oubliez pas de remplir l’enquête de SOS Homophobie qui vous est destinée !

EDIT : Et en plus de ça, vous avez de la lecture, puisque, pour la première fois cette année, le Rapport sur l’homophobie de SOS Homophobie inclut une section à part entière consacrée à la biphobie, à sa définition et au recensement de ses différentes formes. Avec en plus des explications très claires de Nelly Ambert en encadré. Nous devons un double merci à SOS Homophobie : merci pour votre travail annuel toujours aussi précieux, et merci pour les bi !

Annonces d'événements | 21.04.2013 - 17 h 48 | 0 COMMENTAIRES
[Événement] Bi’cause à Paris : Bi’envenue ce jeudi 25 avril 2013

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LogoBicausePetit
Comme d’habitude, je relaie la soirée mensuelle d’accueil de l’association bisexuelle Bi’cause :
Cher(e)s ami(e)s,
Nous vous donnons rendez-vous pour notre soirée « Bi’envenue »  jeudi 25 avril 2013, à partir de 20 h,
au Banana Café,
13, rue de la Ferronnerie,
75001 Paris, RER Châtelet-Les Halles.La Bi’envenue est le rendez-vous mensuel de l’association Bi’Cause, un temps d’accueil, d’échange, d’expression, d’information, sans thème défini à l’avance.
Chaque dernier jeudi de chaque mois, il est ouvert aux adhérents et sympathisants, nouveaux venus et  bi friendly, à ceux qui veulent en savoir plus sur l’association Bi’Cause, tous ceux qui s’intéressent à la bisexualité.
Descendez directement au piano bar en sous-sol, nous serons là pour vous accueillir ! Et soyez les bi’envenus !
Association Bi’Cause
« Parce que l’amour est un droit… »
Site internet :http://bicause.webou.net (nouveau site)
Infoline et répondeur : 06 44 22 20 62 (nouveau numéro)
Page Facebook : www.facebook.com/Bi.Cause
Compte Twitter : www.twitter.com/Bi_Cause
Adresse postale :  c/o Centre LGBT,61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.
Annonces d'événements | Militantisme | 13.03.2013 - 00 h 00 | 4 COMMENTAIRES
[Événement] Une nouvelle association bi : Bi’Loulous, en Alsace

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Il y avait déjà Bi’cause à Paris depuis 1997 et France Bisexualité Info près de Lyon depuis mars 2012*. À Strasbourg existait depuis 2007 le groupe bi Ambivalences, qui en restait volontairement à une simple association de fait (sans statuts). Désormais, on comptera en France une troisième association de statut (en l’occurrence une association de droit local alsacien-mosellan, merci au Maître des bouviers pour la correction) consacrée aux bisexuels et aux pansexuels : c’est avec beaucoup de plaisir que je relaie ici l’annonce de la constitution prochaine de Bi’Loulous, association basée à Strasbourg et destinée aux bi et aux pan de l’Est de la France.

L’assemblée générale constitutive de l’association, précédée d’un apéritif, aura lieu vendredi qui vient, le 15 mars, à 20h, à La Station, qui est le Centre LGBTI de Strasbourg, au 7 rue des écrivains. Pour les informations pratiques, vous pouvez d’ailleurs aller consulter le site Web de La Station. L’assemblée constitutive dispose aussi d’un événement sur Facebook.

L’association dispose d’un forum tout neuf et d’une page Facebook, et a l’intention de à disposition de tous un maximum de documents portant sur les activités de l’association dans une volonté de transparence. Jugez plutôt d’après l’annonce faite sur l’événement Facebook :

Venez nombreux à l’assemblée générale constitutive de l’association Bi’Loulous, la seule association représentant les personnes bisexuelles et pansexuelles à l’Est de la France !

Objets de la réunion :
1) Adoption des statuts discutés
2) Signature des statuts par au moins sept membres fondateurs
3) Vote du bureau directeur

S’en suit une petite réunion des bénévoles de l’association :
1) Discussion et adoption de la charte des bisexuels et pansexuels
2) Brainstorming des activités envisageables sur l’année
3) On bouffe ! N’hésitez pas à ramener un petit quelque chose 🙂

Veuillez noter que les membres fondateurs signataires ont surtout une valeur représentative (la preuve qu’il y a assez de personnes dans l’asso) et qu’il n’y a pas beaucoup plus de responsabilités.
Les documents seront TOUS accessibles au public mais ANONYMISÉS

Pour plus d’informations, reportez-vous au forum de l’association : http://biloulous.xooit.fr/

Les statuts provisoires sont accessibles ici :
https://docs.google.com/document/d/1uLw3PLXohn4qaApK9CJEfqXZHux_shdWNmihdz49Ioo/edit?usp=sharing

Et les autres documents :
http://biloulous.xooit.fr/t4-Documents-de-fonctionnement-de-l-association.htm

J’espère que les bi et les « bi-alliés » seront nombreux au rendez-vous le 15, et je souhaite un bel avenir à cette nouvelle association, dont je tâcherai de relayer ici les activités !

______________

* Malheureusement, je commence à m’inquiéter au sujet de France Bisexualité Info, qui paraît rencontrer quelques problèmes en ce moment. D’après ce que j’ai pu lire, il semble que son président a eu maille à partir avec des homophobes locaux… Le blog de l’association, qui se trouve normalement à l’adresse http://www.france-bisexualite-info.over-blog.com/ (si vous tombez sur http://fbi.france.bisexualite.info.over-blog.fr/, sachez que c’est un ancien blog datant d’avant la création de l’association), n’est plus accessible depuis quelques semaines. J’espère que les membres de l’association redonneront rapidement signe de vie et que le site sera bientôt de retour en ligne : cette association est importante et doit poursuivre ses activités, avec tous les coups de main nécessaires si besoin.

Annonces d'événements | Réflexions de fond | 09.03.2013 - 13 h 23 | 28 COMMENTAIRES
La bisexualité, grande oubliée du débat sur le mariage

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Comme beaucoup d’entre vous, j’ai été choqué par la déferlante d’homophobie décomplexée qui a inondé les médias et Internet à l’occasion de la présentation du projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, puis de sa discussion à l’Assemblée nationale. J’ai eu de la chance dans la vie et je ne peux pas prétendre avoir été souvent confronté à de l’homophobie directe et violente : la campagne de désinformation pure menée par les opposants au projet de loi a été la première fois où je me suis senti profondément rejeté et détesté à cause de mes attirances et de mes sentiments.

 

Mais, en tant que bisexuel, une violence supplémentaire, plus insidieuse, a été l’absence totale de la moindre mention des personnes bisexuelles dans ce débat. D’emblée, et cela même dans les propos des meilleurs défenseurs du projet (tu quoque Taubira), la loi a été présentée en termes d’ouverture du mariage à une catégorie prédéfinie de personnes qui serait « les homosexuel-le-s ». C’est comme si même les partisans du projet les plus progressistes s’étaient avérés incapables de le porter dans toute son ampleur, dans toute sa grandeur aussi : le fait qu’il ne recourt nulle part à la notion d’orientation sexuelle ou sentimentale, et raisonne uniquement en fonction du sexe des personnes à marier.

 

Je ne répèterai jamais assez à quel point cette approche est une bonne chose, et à quel point les mots sont importants : c’est bel et bien de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe qu’il s’agit, et non d’un quelconque « mariage gay ». Le droit de se marier à une personne du même sexe que soi est un droit que tout le monde va acquérir (même Christine Boutin et André Vingt-Trois, ne leur en déplaise) : ça, ça a été dit, mais personne ne semble avoir osé en tirer les (excellentes) conséquences, à savoir que toutes les citoyennes et tous les citoyens français, sans distinction d’orientation sexuelle/sentimentale, vont avoir désormais la liberté de se marier avec un autre adulte consentant sans distinction de sexe.

 

Le changement principal, le bouleversement, l’incroyable progrès est ici : la loi, techniquement, ignorera désormais le sexe de la personne avec laquelle vous voulez vous marier. Homme ou femme, ce sera le même mariage et (presque : espérons que la suite viendra) les mêmes droits.

 

Il suffit de réfléchir deux secondes pour comprendre à quel point cette loi est incroyablement favorable aux bi et favorable aussi à une conception plus fluide de la vie sexuelle et amoureuse en France. Désormais, non seulement il sera légal d’envisager un amour-toujours avec quelqu’un du même sexe dans le cadre du mariage, tout comme c’était possible jusque là avec une personne de l’autre sexe, mais il sera aussi légal de mener une vie de couple successivement avec un mari puis avec une épouse ou inversement. De plus, la progression déjà nette (même si encore très perfectible) des droits accordés aux couples de même sexe diminue le gouffre qui existait jusque là entre les deux types de couples, ce qui confère une légitimité déjà plus égale à ces deux types de vie de couple : cela réduit en partie la désagréable schizophrénie que j’évoquais parmi les difficultés rencontrés par les bi dans leurs perspectives de vie dans un précédent billet.

 

Alors, pourquoi ne pas avoir parlé ici plus tôt du mariage pour tous ? Je dois dire que j’ai l’impression de m’être fait avoir. D’avoir cédé à la pression imbécile des homophobes (lesquels sont évidemment biphobes sans le savoir puisque leur vision du monde n’inclut même pas la possibilité d’une bisexualité : je suppose qu’on doit être des espèces d’aliens pour eux), et d’avoir laissé les opposants influer sur les termes du débat, nous ramener par leurs propos à une simple défense de l’homosexualité comme on ne devrait plus avoir à en faire, contre des critiques dont l’archaïsme donnait régulièrement dans l’anachronisme.

 

Atterré par ce nivellement du débat, je me suis laissé aller à penser parfois qu’au fond on avait déjà assez de mal à parler des homos sans se faire taper sur la gueule, alors je n’allais pas « en plus » parler des bi. J’ai craint qu’une mise en avant du caractère admirablement progressiste et « bi-friendly » de cette loi ne la rende encore plus compliquée à défendre et ne fasse que donner aux opposants matière à davantage de désinformation et de propagation de clichés.

 

Il est déjà difficile d’être une minorité dans la minorité, de devoir toujours faire l’effort supplémentaire de signaler aux minorités qu’on existe aussi et qu’on aimerait bien avoir pignon sur rue, être inclus nous aussi dans la prise en compte scrupuleuse des différentes sensibilités, des différents modes de vie possibles autres qu’hétéronormés.

 

Mais pendant tout ce débat, je me suis senti littéralement nié dans ce que j’étais. Pas un mot sur la bisexualité, sur l’éventualité même de vivre une vie où l’on peut ressentir du désir et des sentiments aussi bien pour des gens de l’autre sexe que pour des gens du même sexe. Ce n’était même pas qu’on en parlait sur le mode de la critique ou de l’insulte plus ou moins déguisée, comme c’était le cas pour l’homosexualité : on n’en parlait même pas. Ce n’était pas dans les termes du débat. On ne posait même pas la question. Ni les députés, ni les sociologues ou autres universitaires que j’ai pu lire, ni les journalistes n’ont jamais inclus la bisexualité dans cette loi qui concerne pourtant les bi au premier chef… et qui concerne tous les Français dans leurs libertés.

 

Au fond, ce projet de loi accorde à tous une liberté dont personne ne veut prendre vraiment la mesure. Chacun a continué à penser avec des catégories contestables et dépassées, cette bipartitition homo/hétéro si confortable pour la majorité qui se croit hétéro, si utile pour rejeter toute attirance vers le même sexe dans une altérité radicale, un autre monde. Le projet de loi, heureusement, est plus évolué que cela.

 

Cette absence complète de la bisexualité et des bi dans le débat est le dernier exemple en date, et le plus criant, de ce qu’on appelle « l’invisibilisation de la bisexualité », et que j’appelle souvent ici « invisiBIlité ». La bisexualité est là, elle concerne des millions de gens en France, même si tous ne s’en revendiquent pas comme d’une étiquette communautaire et/ou militante – ce qui ne change rien à la nécessité de prendre en compte leur sensibilité et leurs problèmes. La possibilité et même la réalité de la bisexualité, dans ses multiples nuances, est connue au moins depuis les rapports Kinsey, mais tout se passe comme si la société française ne se décidait toujours pas à la digérer.

 

Il le faudra bien, et je pense que cette loi y aidera beaucoup. On peut espérer que d’ici une ou deux générations, les catégories homo/hétéro seront enfin nuancées, au moins par ce troisième terme commode qu’est « bisexuel », voire par une palette encore plus riche. Mais comme d’habitude, rien ne changera si on ne se bouge pas, que ce soit dans les discours médiatiques et savants ou tout simplement dans la vie quotidienne.

 

Si on ne prend pas la parole au nom des idées progressistes, il y aura toujours des conservateurs, voire des réactionnaires, pour emprisonner la discussion dans des termes complètement archaïques, en décalage complet avec la réalité des vies.

 

Bref, j’ai eu tort de me taire si longtemps sur ce sujet, et j’en ai un peu honte… mais mieux vaut tard que jamais.

 

C’est pourquoi je suis d’autant plus heureux d’annoncer le sujet de la prochaine Bi’causerie à Paris, qui aura lieu ce lundi 11 mars, et qui portera précisément sur « Bisexualité et mariage pour tous » :
Cher(e)s ami(e)s, Bi’causien(ne)s,
Nous vous invitons à la prochaine Bi’causerie qui aura lieu le lundi 11 mars, à 20 h. Le thème en est le suivant :
 
La loi sur le mariage bientôt votée ? Sa place dans le mouvement général pour l’égalité des droits… Et qu’en pensent les bi-e-s ? L’adoption, la filiation, comment ? La PMA quand ? Et les trans’ ? Vastes sujets que nous aborderons lors de la Bi’Causerie du 11 mars.
 
Au Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris
Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014
 
à bientôt !
L’équipe de Bi’Cause

 

Association Bi’Cause
« Parce que l’amour est un droit… »
Site internet :http://bicause.webou.net (nouveau site)
Infoline et répondeur : 06 44 22 20 62 (nouveau numéro)
Page Facebook : www.facebook.com/Bi.Cause
Compte Twitter : www.twitter.com/Bi_Cause
Adresse postale :  c/o Centre LGBT,61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.
Venez en nombre !
Annonces d'événements | 26.01.2013 - 16 h 03 | 0 COMMENTAIRES
Manifestation du 27 janvier : Bi’cause toujours là !

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2013jan27tract

Demain dimanche 27 janvier  aura lieu un nouveau rassemblement à Paris pour soutenir le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption – et de la PMA – aux couples de même sexe. Comme lors de la précédente manifestation, Bi’cause sera au rendez-vous pour aider à représenter les personnes bisexuelles dans ce cortège, dans un débat où les bi sont complètement oubliés mais luttent eux aussi pour les droits des LGBTIQ+++.

Voici d’abord le communiqué de l’association (il date du 12, d’où l’allusion à la manif des anti le 13) :

Chère amie, cher ami,

 Il faudrait vivre sur une île déserte (sans Internet !) ou dans le blizzard sous un igloo pour ne pas être au courant de la démonstration que les « antis » préparent pour ce week-end.

 De leur côté, l’intolérance, le rejet, le refus, l’inégalité.

 Du nôtre, du côté que nous partageons, celles et ceux qui représentent toute la diversité de la société : le homos, les hétéros, les bis et les autres, les jeunes et les moins jeunes, les parents et les enfants, l’ouverture…

 Oui, Bi’Cause partage les valeurs pour l’égalité des droits, quels qu’ils soient. Oui, Bi’Cause se sent bien dans ce mouvement qui monte et prend de l’ampleur, et ce, quelles que soient les positions personnelles sur « l’institution mariage », sur le fait d’être individuellement attiré par elle ou non.

 Oui, Bi’Cause se sent partie prenante de cette chaleur qui se construit, et qui devrait submerger les rues, de Paris le 27 janvier, de province aussi.

Nous vous invitons, si vous habitez en province, à rechercher une éventuelle manifestation, notamment le 19 janvier, dans votre ville ou dans une ville proche. Et si vous le voulez, belote et rebelote, nous vous accueillerons avec plaisir le 27 dans notre petit cortège(*).

Oui, nous voulons faire entendre la voix des bisexuelles et bisexuels lors de ces journées, cette voix que résume notre conviction :

« Aimer en toute légalité, c’est aimer en toute égalité ».

Et les informations pratiques pour retrouver Bi’cause : le cortège de l’association se trouvera à hauteur du 98, boulevard Arago pour prendre le départ de la manifestation à 14h avec le reste du cortège.

Venez nombreuses et nombreux !

(Au fait, si vous n’avez pas de drapeau bi à apporter, sachez que l’association en vend généralement : de mémoire, c’est 10 euros par défaut, 5 euros pour les adhérents. Sinon, on peut aussi en trouver sur Internet, bien sûr, mais vu le délai de commande c’est plutôt à faire en prévision des prochaines manifs.)

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

Pour la manifestation de demain et pour les prochaines, je rappelle quelques sites précieux pour se tenir au courant des rassemblements dans les différentes régions de France et pour la logistique (covoiturages, logements, préparations de slogans et d’affiches, etc.) :

Pridemap pour les rassemblements en province et la logistique de déplacement.

Agissons pour l’égalité pour l’organisation, les argumentaires et les affiches.

– Si vous êtes sur les réseaux sociaux, prenez le temps de chercher les nombreux événements consacrés au soutien à ce projet de loi, par exemple l’événement Facebook de la manif’ du 27.

– Des petites choses utiles : le tract-argumentaire de l’Inter-LGBT (lien vers le document pdf sur leur site), et une BD pro-mariage avec de vrais arguments dedans sur le blog BD de Silver (merci à lui !).

Enfin et surtout, si jamais vous ne pouvez pas venir vous-même :

– Pensez à manifester votre soutien à vos fenêtres et/ou sur Internet, sur les forums, les réseaux sociaux, etc.

– Parlez-en autour de vous, invitez les gens à venir, et, si vous tombez sur des opposants au projet, argumentez pied à pied !

Bonne manifestation à tous et à bientôt pour la suite !