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Le Biplan
Bisexualité : actualité, culture et réflexions diverses
Actualités | Militantisme | 27.11.2013 - 19 h 16 | 2 COMMENTAIRES
« Je suis bi-furieuse », billet de Léna sur son blog « Un cas IT »

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J’ai peu de temps libre en ce moment, d’où l’absence d’articles ces dernières semaines (même si j’en prépare quelques-uns, petit à petit…). Mais j’ai encore le temps de naviguer sur quelques pages, et j’aimerais relayer ici le billet publié par Léna sur son blog « Un cas IT » et intitulé « Je suis bi-furieuse ». C’est une tribune contre le rejet subi par les bi-e-s, tant dans la société en général que dans les milieux LGBTIQ+++. Non seulement elle est bourrée d’arguments et bien écrite, mais elle a une qualité que je n’ai souvent pas : la concision. Bonne lecture et à bientôt !

Actualités | English trucs | Militantisme | 28.08.2013 - 13 h 45 | 3 COMMENTAIRES
Quelques actualités bi

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Cela fait un moment que je n’ai pas relayé quelques actualités des communautés bi dans le monde, en particulier les communautés américaine ou britannique (dans ma catégorie « English trucs »), alors voici quelques infos rapides, puisque je ne les croise pas dans les médias LGBT français :

La pudibonderie d’Apple, énième épisode

Il y a un peu plus d’un mois, fin juillet 2013, les membres d’un projet pédagogique portant sur l’histoire des LGBT ont lancé sur la plate-forme d’applications d’Apple une application pédagogique pour smartphones appelée Quist. Le 12 août, l’une des développeuses de l’application, Sarah Prager, était occupée à mettre à jour le descriptif de l’application sur la plate-forme iTunes Connect lorsqu’elle a vu s’afficher un message d’avertissement indiquant que le mot « bisexuality » n’était pas recommandé dans une description d’application pédagogique, et que l’application était susceptible d’être refusée par Apple si le mot y était inclus. Autrement dit, « bisexuality » faisait partie de la liste des mots considérés comme vulgaires au même titre que des insultes ou du spam, par exemple. Une liste qui ne correspondait pas vraiment aux déclarations fréquentes d’Apple prompt à se présenter comme une firme LGBT-alliée. Indignés, les concepteurs de Quist ont donc lancé une pétition sur Change.org pour réclamer le retrait du mot « bisexuality » de la liste des termes prohibés sur l’Apple Store. La nouvelle a été relayée sur les sites LGBT anglophones, dont BiMedia. Après plus de 1100 signatures en moins de vingt-quatre heures, Apple a rétropédalé et résolu le problème (article sur BiMedia).

Voyez aussi les articles à ce sujet sur le site LGBT britannique Pink News et sur Queerty.

Le « problème bi » de Google toujours pas résolu aux Etats-Unis

Souvenez-vous : c’était il y a un an, en août 2012, et j’en parlais ici. Faith Cheltenham, présidente de l’association bi américaine BiNetUSA, publiait dans le Huffington Post américain une tribune dénonçant le fait que les fonctionnalités d’auto-complétion et de recherche instantanée, habituellement actives pour n’importe quel terme qu’on entre dans le moteur de recherche Google, ne fonctionnaient pas avec certains mots à thème LGBT, dont « bisexual » et « bisexuality ». Google avait botté en touche en déclarant qu’il s’agissait d’un simple bug dû aux mécanismes de précaution inclus dans le moteur pour éviter les termes souvent associés à des contenus pornographiques. Un argument moyennement convaincant puisque Google a visiblement su résoudre des « problèmes techniques » autrement plus compliqués. Et indéfendable, puisque ces mots ne sont pas des insultes ou des mots vulgaires en eux-mêmes et n’ont donc pas à être systématiquement bloqués. Google avait en tout cas promis de résoudre le problème. Un premier pas avait été fait en septembre 2012, mais seulement pour les internautes américains (article sur le site bi britannique Bimedia.org). Les internautes britanniques rencontraient toujours le même problème.

Un an plus tard, il s’avère que rien n’a changé. Les membres du projet d’histoire LGBT Quist dénoncent le laxisme et la discrimination persistants de Google dans une nouvelle pétition lancée sur Change.org. La nouvelle a été relayée notamment par Bimedia. Le moins qu’on puisse dire est que quelques signatures en plus ne feront pas de mal, alors n’hésitez pas à aller y jeter un œil !

Bientôt le 23 septembre : la journée de la bisexualité partout dans le monde

DrapeauJourneeBiPetitComme chaque année, la fin du mois de septembre sera marqué par la Journée de la bisexualité (en anglais : Bi Visibility Day, « Journée de la visibilité bi ») qui aura lieu le 23 septembre et sera marqué par divers événements organisés partout dans le monde par les communautés bi. Un site web international en anglais est déjà actif. Pour les accros des réseaux sociaux, il y a aussi une page Facebook et un compte Twitter.Le site se donne pour but, comme chaque année, de lister tous les événements prévus dans le monde à cette occasion. La militante bi britannique Jen Yockney a élaboré et posté sur son blog quelques bannières en anglais pour les pages web (ce serait bien qu’on en fasse encore d’autres en français, d’ailleurs).

Aux États-Unis, c’est l’administration Obama qui se fera remarquer par un acte particulièrement bi-friendly, puisque la Maison blanche a prévu de recevoir des représentants de plusieurs associations bisexuelles nationales ou régionales à l’occasion du 23 septembre. Les discussions porteront notamment sur « les problèmes de santé, le HIV et le sida, la violence au sein des couples, la santé mentale et le harcèlement. » (Sources : Amy Andre sur le Huffington Post anglophone et Aamer Madhani sur USA Today.)

MàJ le 01/09/2013 : En France, l’association parisienne Bi’cause organisera une Bi’causerie (réunion-débat) à l’occasion de la journée. Elle aura lieu le soir à 20h au Centre LGBT Paris-Île-de-France, au 61-63 rue Beaubourg, dans le 3e arrondissement (voyez le site du Centre pour les informations pratiques). La réunion devrait durer jusqu’à 22h environ (mais on part quand on veut). Si vous arrivez après 20h, sonnez pour qu’on vous ouvre !

Annonces d'événements | 12.05.2013 - 14 h 59 | 0 COMMENTAIRES
[Événements] La fin mai sera riche en débats et rencontres bi, à Paris, Strasbourg, Amiens

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La mi-mai sera active, entre la Bi’causerie de Bi’cause demain lundi 13 et le débat interassociatif sur la biphobie mercredi 15 au soir, où seront notamment présentés les résultats de l’enquête sur la bisexualité. Et à la fin du mois, à Strasbourg, ce sera la nouvelle assemblée constitutive de l’association des bi de l’Est, Bi’loulous. Plus de détails ci-dessous :

Lundi 13 mai 2013, Paris : Bi’causerie (je sais, je préviens super tard, désolé…)

Où ? Quand ? Lundi 13 mai, de 20h à 22h, au Centre LGBT Paris Ile-de-France, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.

Quoi ? Communiqué de Bi’cause :

Lundi 13 mai a lieu une Bi’Causerie « à ne pas rater », avec l’intervention du centre de santé Au Maire Volta.

Cet organisme, situé à toute proximité du centre lgbt, inséré dans une politique active de santé de la Mairie de Paris, mène une activité généraliste et spécialisée dans pas moins de 8 domaines.
Il s’adresse tout particulièrement aux personnes lgbt en difficulté, peut notamment prendre en charge plusieurs aspects de santé des personnes trans’, et possède un solide réseau pour aiguiller et aider les personnes en souffrance psychologique..
Y a-t-il des questions/problématiques de santé spécifique à la bisexualité ? Des approches particulières du corps médical par rapport aux personnes bi ? Ce peut être un thème abordé lors de la réunion.
Enfin Bi’Cause a déjà développé les contacts avec ce centre en mettant à disposition des manuels de prévention, dont nos interlocutrices diront leur mode d’utilisation. Plus globalement, nous souhaitons développer le travail en commun.
La Bi ’Causerie de lundi prochain s’intègre dans cette perspective.

Mercredi 15 mai 2013, Paris : débat interassociatif sur la biphobie et présentation des résultats de l’enquête sur la bisexualité

Où ? Quand ? Mercredi 15 mai 2013, de 20h à 23h, à La Mutinerie, 176-178 rue Saint-Martin 75003 Paris.

Quoi ? Je relaie l’annonce faite sur le site de SOS Homophobie :

Débat biphobie à la mutinerie

A l’occasion de la sortie des premiers résultats de l’Enquête nationale sur la bisexualité menée par SOS homophobie, Le MAG Jeunes LGBT, Bi’Cause et Act-Up Paris, présentation/débat + soirée à la Mutinerie.

L’évènement sur FB: https://www.facebook.com/events/152871094885729/

Tous les évènements SOS homophobie dans le cadre de la journée IDAHO: http://www.sos-homophobie.org/journee-contre-l-homophobie

Vous voulez plus de détails sur le programme ? Ça tombe bien, il y en a sur l’événement Facebook, mais comme tout le monde n’a pas à être sur Facebook, je relaie les détails ici aussi :

Le 23 septembre dernier, à l’occasion de la Journée Internationale de la Bisexualité (JIB) a débuté la première grande enquête nationale sur la bisexualité. Portée par le MAG jeunes LGBT, SOS homophobie, Bi’Cause et Act Up, elle a pour but de dégager les représentations supposées et/ou réelles de la population française ou habitant en France sur cette orientation sexuelle longtemps laissée à la marge des études statistiques. C’est donc pour pallier un manque flagrant d’informations, que les quatre associations se sont donné pour mission de faire paraître un rapport sur le sujet.L’étude s’appuie sur un questionnaire en ligne et en version papier traversant en 10 questions des thématiques variées : visibilité des bisexuel-le-s dans l’espace médiatique et dans l’entourage, discriminations, relations amoureuses/sexuelles, stéréotypes…
Le questionnaire a été renseigné par plus de 6000 répondant-e-s durant deux mois et a fait l’objet d’un micro-trottoir à Besançon, Marseille, Montpellier, Nantes, Paris, Strasbourg.Le MAG jeunes LGBT, SOS homophobie, Bi’Cause et Act Up-Paris vous donnent rendez-vous à la Mutinerie le 15 mai prochain pour les premiers résultats de l’enquête et vous invitent à prendre part à une présentation/débat autour de ces résultats, synthétisés dans une brochure qui sera distribuée lors de la soirée. [En attendant le rapport qui sortira à la rentrée prochaine]
La présentation aura lieu vers 19h et sera suivie de deux dj sets :
• Jennox [Barbi(e)turix]
*** www.barbieturix.com ***
• Jasmin de Nimbocatin [LaMainCollectif]
*** www.lamaincollectif.wordpress.com ***

Vendredi 24 mai 2013, Amiens : Conférence-débat : « Ni homo, ni hétéro : Bisexuel-le-s », par la délégation régionale SOS Homophobie Picardie

Où ? Quand ? Vendredi 24 mai 2013, de 18h30 à 20h30, à l’Amphitéâtre Jean Cavaillès – Cloître Dewailly 12, rue Frédéric Petit 80000 AMIENS.
Quoi ? Cette conférence-débat est organisée par la délégation régionale SOS Homophobie de Picardie, sur laquelle vous trouverez plus d’informations sur le site de SOS Homophobie. Je relaie la description de l’événement trouvée ici dans leur programme :

Conférence-débat : « Ni homo, ni hétéro : Bisexuel-le-s »

Ni hétéro, ni homo, ils sont bi ! Souvent mis de coté, ils sont eux aussi victime de discrimination. Venez en débattre autour des résultats de la première enquête sur la biphobie en France. Débat en présence de l’association « Bi’Cause » Tous les évènements SOS homophobie dans le cadre de la journée IDAHO: http://www.sos-homophobie.org/journee-contre-l-homophobie

Lundi 27 mai 2013, Strasbourg : assemblée constituante de l’association des bi de l’Est, Bi’Loulous

Où ? Quand ? Lundi 27 mai 2013de 20h30 à 22h30 au Centre Lgbti Alsace, 7 Rue des Écrivains, 67000 Strasbourg.

Quoi ? J’avais relayé à la mi mars l’annonce de la création de Bi’Loulous, association basée à Strasbourg et destinée aux bi de l’Est de la France. Une première assemblée constituante n’avait malheureusement pas attiré assez de monde pour que l’association puisse être fondée juridiquement (selon les lois locales, il faut un minimum de 7 personnes pour créer une association). Mais nos Bi’Loulous ne se découragent pas et ont d’ores et déjà prévu une nouvelle tentative. Son succès dépendra de la bonne diffusion de cette annonce d’événement, alors n’hésitez surtout pas à la relayer autour de vous, de vive voix, par mail et sur les réseaux sociaux, forums, etc. !

Je relaie le communiqué de Bi’Loulous :

Venez nombreux à l’assemblée générale constitutive de l’association.

Objets de la réunion :
1) Adoption des statuts discutés
2) Signature des statuts par au moins sept membres fondateurs
3) Vote du bureau directeur
4) Lancement de l’association (discussion et adoption de la charte des bi et pan, brainstorming des activités envisageables sur l’année, etc.)

=> N’hésitez pas à remplir le questionnaire prévu à cet effet !
https://docs.google.com/forms/d/1snp8jsQQYEcb9JOjOxVIVYwm_eGrJSsRhfCi66iYDag/viewform

6) On bouffe ! N’hésitez pas à ramener un petit quelque chose 🙂

L’événement dispose d’un événement Facebook.

Voyez aussi le site de l’association Bi’loulous et sa page Facebook.

Lundi 27 mai 2013, à Paris : Bi’causerie au Centre LGBT (thème à venir)

Où ? Quand ? Lundi 27 mai 2013, au Centre LGBT Paris Ile-de-France 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.

Quoi ? La Bi’causerie de fin de mois, dont le thème exact est encore à préciser.

Jeudi 30 mai 2013, à Paris : Bi’envenue de Bi’cause

Où ? Quand ? Jeudi 30 mai 2013, au Banana café, 13 rue de la Ferronnerie, 75003 Paris. Rendez-vous au piano bar en sous-sol.

Quoi ? La Bi’envenue mensuelle de l’association Bi’cause est une rencontre conviviale destinée à permettre aux nouvelles et nouveaux venus de découvrir l’association et de discuter de la bisexualité. Si vous n’avez jamais osé venir à une réunion de Bi’cause avant, c’est fait pour vous !

Un mois de mai riche en événements pour les bi, donc !

Et au fait, si vous êtes une femme et que vous avez (ou avez eu) des relations sexuelles/sentimentales avec des femmes, que vous vous sentiez bi, lesbienne ou autre, n’oubliez pas de remplir l’enquête de SOS Homophobie qui vous est destinée !

EDIT : Et en plus de ça, vous avez de la lecture, puisque, pour la première fois cette année, le Rapport sur l’homophobie de SOS Homophobie inclut une section à part entière consacrée à la biphobie, à sa définition et au recensement de ses différentes formes. Avec en plus des explications très claires de Nelly Ambert en encadré. Nous devons un double merci à SOS Homophobie : merci pour votre travail annuel toujours aussi précieux, et merci pour les bi !

Actualités | 06.04.2013 - 13 h 32 | 5 COMMENTAIRES
Une enquête de SOS Homophobie pour toutes les femmes ayant des relations avec des femmes

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L’association SOS Homophobie vient de lancer un questionnaire en ligne destiné à étudier la visibilité et les discriminations dont sont victimes les femmes ayant des relations avec des femmes. L’enquête concerne donc à la fois les lesbiennes, les femmes bi ou pansexuelles, et plus généralement toute femme ayant (ou ayant eu) une relation avec une femme, quelle que soit la façon dont elle se définit.

Le questionnaire, qui se remplit de façon anonyme, prend environ 15 minutes à compléter et restera en ligne jusqu’au 20 juillet, date de la clôture de l’enquête. Il cherche à déterminer dans quelle mesure les femmes interrogées se sentent à l’aise pour montrer leur attirance et vivre au grand jour leurs relations avec des partenaires de même sexe, et dans quelle mesure elles sont victimes de discriminations (la lesbophobie ou la biphobie orientée contre des femmes bi – si, ça existe, c’est même ça qui a conduit à la création de Bi’cause…).

Pour répondre à cette enquête, c’est par ici, sur le site de SOS Homophobie.

Notons que si les questions elles-mêmes sont très bien pensées et prennent en compte énormément de cas de figure possibles, le titre de l’enquête et les intitulés de quelques questions donnent trop l’impression de ne s’adresser qu’aux lesbiennes à l’exclusion des femmes non monosexuelles. Il est un peu dommage, après avoir déployé un tel travail de réflexion sur le questionnaire lui-même, de l’intituler seulement « Enquête s’adressant aux lesbiennes » alors que ça n’aurait pas fait exploser l’espace disque du site d’allonger un peu le titre en disant « toutes les femmes ayant des relations avec des femmes » ou quelque chose de ce genre. C’est aussi un peu étrange de demander soigneusement leur orientation sexuelle aux personnes interrogées, en laissant une grande liberté, pour ensuite intituler la question suivante « Votre visibilité en tant que lesbienne ». Et si on n’est pas lesbienne, on sent le pâté ?

Bon, d’accord, « femmes ayant des relations avec des femmes » ça peut parfois être un peu long à reprendre dans le cours du questionnaire. Mais dans la masse de bouquins et d’articles écrits sur le genre et/ou la théorie queer, il doit bien exister des abréviations pour ça quelque part, non ? A la limite, définir une abréviation puis l’utiliser dans la suite peut être une solution. Un truc comme « FrF » (« femme ayant des relations avec des femmes ») ou « FraF » (« femme ayant des rapports avec des femmes »). Il me semble avoir croisé quelque part une expression et une abréviation équivalentes à propos des hommes ayant des rapports avec des hommes.

Enfin, quitte à râler un peu à ce sujet dans un champ « Autre (précisez) » quelconque, ce questionnaire reste bien fait et sera de toute façon précieux pour connaître les modes de vie des femmes qui aiment des femmes et les discriminations dont elles sont l’objet.

Annonces d'événements | Réflexions de fond | 09.03.2013 - 13 h 23 | 28 COMMENTAIRES
La bisexualité, grande oubliée du débat sur le mariage

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Comme beaucoup d’entre vous, j’ai été choqué par la déferlante d’homophobie décomplexée qui a inondé les médias et Internet à l’occasion de la présentation du projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, puis de sa discussion à l’Assemblée nationale. J’ai eu de la chance dans la vie et je ne peux pas prétendre avoir été souvent confronté à de l’homophobie directe et violente : la campagne de désinformation pure menée par les opposants au projet de loi a été la première fois où je me suis senti profondément rejeté et détesté à cause de mes attirances et de mes sentiments.

 

Mais, en tant que bisexuel, une violence supplémentaire, plus insidieuse, a été l’absence totale de la moindre mention des personnes bisexuelles dans ce débat. D’emblée, et cela même dans les propos des meilleurs défenseurs du projet (tu quoque Taubira), la loi a été présentée en termes d’ouverture du mariage à une catégorie prédéfinie de personnes qui serait « les homosexuel-le-s ». C’est comme si même les partisans du projet les plus progressistes s’étaient avérés incapables de le porter dans toute son ampleur, dans toute sa grandeur aussi : le fait qu’il ne recourt nulle part à la notion d’orientation sexuelle ou sentimentale, et raisonne uniquement en fonction du sexe des personnes à marier.

 

Je ne répèterai jamais assez à quel point cette approche est une bonne chose, et à quel point les mots sont importants : c’est bel et bien de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe qu’il s’agit, et non d’un quelconque « mariage gay ». Le droit de se marier à une personne du même sexe que soi est un droit que tout le monde va acquérir (même Christine Boutin et André Vingt-Trois, ne leur en déplaise) : ça, ça a été dit, mais personne ne semble avoir osé en tirer les (excellentes) conséquences, à savoir que toutes les citoyennes et tous les citoyens français, sans distinction d’orientation sexuelle/sentimentale, vont avoir désormais la liberté de se marier avec un autre adulte consentant sans distinction de sexe.

 

Le changement principal, le bouleversement, l’incroyable progrès est ici : la loi, techniquement, ignorera désormais le sexe de la personne avec laquelle vous voulez vous marier. Homme ou femme, ce sera le même mariage et (presque : espérons que la suite viendra) les mêmes droits.

 

Il suffit de réfléchir deux secondes pour comprendre à quel point cette loi est incroyablement favorable aux bi et favorable aussi à une conception plus fluide de la vie sexuelle et amoureuse en France. Désormais, non seulement il sera légal d’envisager un amour-toujours avec quelqu’un du même sexe dans le cadre du mariage, tout comme c’était possible jusque là avec une personne de l’autre sexe, mais il sera aussi légal de mener une vie de couple successivement avec un mari puis avec une épouse ou inversement. De plus, la progression déjà nette (même si encore très perfectible) des droits accordés aux couples de même sexe diminue le gouffre qui existait jusque là entre les deux types de couples, ce qui confère une légitimité déjà plus égale à ces deux types de vie de couple : cela réduit en partie la désagréable schizophrénie que j’évoquais parmi les difficultés rencontrés par les bi dans leurs perspectives de vie dans un précédent billet.

 

Alors, pourquoi ne pas avoir parlé ici plus tôt du mariage pour tous ? Je dois dire que j’ai l’impression de m’être fait avoir. D’avoir cédé à la pression imbécile des homophobes (lesquels sont évidemment biphobes sans le savoir puisque leur vision du monde n’inclut même pas la possibilité d’une bisexualité : je suppose qu’on doit être des espèces d’aliens pour eux), et d’avoir laissé les opposants influer sur les termes du débat, nous ramener par leurs propos à une simple défense de l’homosexualité comme on ne devrait plus avoir à en faire, contre des critiques dont l’archaïsme donnait régulièrement dans l’anachronisme.

 

Atterré par ce nivellement du débat, je me suis laissé aller à penser parfois qu’au fond on avait déjà assez de mal à parler des homos sans se faire taper sur la gueule, alors je n’allais pas « en plus » parler des bi. J’ai craint qu’une mise en avant du caractère admirablement progressiste et « bi-friendly » de cette loi ne la rende encore plus compliquée à défendre et ne fasse que donner aux opposants matière à davantage de désinformation et de propagation de clichés.

 

Il est déjà difficile d’être une minorité dans la minorité, de devoir toujours faire l’effort supplémentaire de signaler aux minorités qu’on existe aussi et qu’on aimerait bien avoir pignon sur rue, être inclus nous aussi dans la prise en compte scrupuleuse des différentes sensibilités, des différents modes de vie possibles autres qu’hétéronormés.

 

Mais pendant tout ce débat, je me suis senti littéralement nié dans ce que j’étais. Pas un mot sur la bisexualité, sur l’éventualité même de vivre une vie où l’on peut ressentir du désir et des sentiments aussi bien pour des gens de l’autre sexe que pour des gens du même sexe. Ce n’était même pas qu’on en parlait sur le mode de la critique ou de l’insulte plus ou moins déguisée, comme c’était le cas pour l’homosexualité : on n’en parlait même pas. Ce n’était pas dans les termes du débat. On ne posait même pas la question. Ni les députés, ni les sociologues ou autres universitaires que j’ai pu lire, ni les journalistes n’ont jamais inclus la bisexualité dans cette loi qui concerne pourtant les bi au premier chef… et qui concerne tous les Français dans leurs libertés.

 

Au fond, ce projet de loi accorde à tous une liberté dont personne ne veut prendre vraiment la mesure. Chacun a continué à penser avec des catégories contestables et dépassées, cette bipartitition homo/hétéro si confortable pour la majorité qui se croit hétéro, si utile pour rejeter toute attirance vers le même sexe dans une altérité radicale, un autre monde. Le projet de loi, heureusement, est plus évolué que cela.

 

Cette absence complète de la bisexualité et des bi dans le débat est le dernier exemple en date, et le plus criant, de ce qu’on appelle « l’invisibilisation de la bisexualité », et que j’appelle souvent ici « invisiBIlité ». La bisexualité est là, elle concerne des millions de gens en France, même si tous ne s’en revendiquent pas comme d’une étiquette communautaire et/ou militante – ce qui ne change rien à la nécessité de prendre en compte leur sensibilité et leurs problèmes. La possibilité et même la réalité de la bisexualité, dans ses multiples nuances, est connue au moins depuis les rapports Kinsey, mais tout se passe comme si la société française ne se décidait toujours pas à la digérer.

 

Il le faudra bien, et je pense que cette loi y aidera beaucoup. On peut espérer que d’ici une ou deux générations, les catégories homo/hétéro seront enfin nuancées, au moins par ce troisième terme commode qu’est « bisexuel », voire par une palette encore plus riche. Mais comme d’habitude, rien ne changera si on ne se bouge pas, que ce soit dans les discours médiatiques et savants ou tout simplement dans la vie quotidienne.

 

Si on ne prend pas la parole au nom des idées progressistes, il y aura toujours des conservateurs, voire des réactionnaires, pour emprisonner la discussion dans des termes complètement archaïques, en décalage complet avec la réalité des vies.

 

Bref, j’ai eu tort de me taire si longtemps sur ce sujet, et j’en ai un peu honte… mais mieux vaut tard que jamais.

 

C’est pourquoi je suis d’autant plus heureux d’annoncer le sujet de la prochaine Bi’causerie à Paris, qui aura lieu ce lundi 11 mars, et qui portera précisément sur « Bisexualité et mariage pour tous » :
Cher(e)s ami(e)s, Bi’causien(ne)s,
Nous vous invitons à la prochaine Bi’causerie qui aura lieu le lundi 11 mars, à 20 h. Le thème en est le suivant :
 
La loi sur le mariage bientôt votée ? Sa place dans le mouvement général pour l’égalité des droits… Et qu’en pensent les bi-e-s ? L’adoption, la filiation, comment ? La PMA quand ? Et les trans’ ? Vastes sujets que nous aborderons lors de la Bi’Causerie du 11 mars.
 
Au Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris
Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014
 
à bientôt !
L’équipe de Bi’Cause

 

Association Bi’Cause
« Parce que l’amour est un droit… »
Site internet :http://bicause.webou.net (nouveau site)
Infoline et répondeur : 06 44 22 20 62 (nouveau numéro)
Page Facebook : www.facebook.com/Bi.Cause
Compte Twitter : www.twitter.com/Bi_Cause
Adresse postale :  c/o Centre LGBT,61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris.
Venez en nombre !
Militantisme | Rencontre avec... | 19.11.2012 - 17 h 13 | 6 COMMENTAIRES
Rencontre avec… Nelly Ambert, présidente de l’association Bi’cause

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Bi’cause est la première et la plus importante association de personnes bisexuelles en France. Née en 1995 sous le nom de « Groupe bi » avant de devenir Bi’cause en 1997, elle a son siège à Paris, au Centre LGBT Paris-Île-de-France. En dix-sept ans d’existence, Bi’cause n’a eu de cesse de faire entendre la voix des bi, tant auprès du grand public que dans les milieux LGBT.  À titre personnel, j’ai rapidement croisé Bi’cause sur mon chemin de jeune bi en pleine découverte, et je suis adhérent de l’association depuis quelques mois. Mais, finalement, je ne la connaissais pas si bien, et les interviews souvent courtes publiées dans la presse LGBT laissaient beaucoup de mes questions sans réponses.

D’où une idée un peu téméraire : et si j’interviewais des gens de Bi’cause ? C’est ainsi que la présidente actuelle de Bi’cause, Nelly Ambert, a très gentiment accepté de répondre à une interview par mail, où je l’interroge à la fois sur l’association en général et sur son parcours personnel de militante bi.

Commençons par séduire nos lecteurs : que dirais-tu aux internautes qui ne sont pas bisexuels pour les convaincre de lire cet article ?

Je leur dirais qu’ils ont des chances d’être surpris car la bisexualité est un territoire encore très méconnu. Et ils seront sans doute surpris également de découvrir que ce territoire présente des paysages assez semblables au leur.

Si tu veux bien nous en dire deux mots, quel a été ton parcours personnel en tant que bi ? Comment en es-tu venue à t’engager dans Bi’cause, puis à en devenir présidente ?

J’ai compris que j’étais bi quand j’ai découvert le mot. Je savais que je n’étais pas hétéro car j’étais un jour tombée amoureuse d’une femme. Je savais que je n’étais pas lesbienne car mes attirances allaient généralement vers les hommes. En fait je ne m’étais pas vraiment posé la question d’un positionnement dans ce domaine. Par contre j’avais résolu mon positionnement identitaire : la société vous case dans un genre : masculin ou féminin. Or, si j’acceptais mon corps tel qu’il était, mentalement j’avais grandi avec un idéal du moi masculin. A l’adolescence il m’a fallu négocier avec moi-même. Il y a eu un moment compliqué et, diplomatiquement, l’arrangement que j’ai pris avec moi-même fut de me dire que j’étais un être humain avant tout, point barre. Alors quand je suis tombée amoureuse d’une femme j’étais simplement un être humain qui tombait amoureux d’un autre être humain. C’était limpide.

C’est cette personne qui m’a fait découvrir Bi’Cause. En arrivant dans cette association, j’y ai ressenti une vraie fraternité, fait de belles rencontres qui ont compté énormément dans ma vie. L’engagement militant consiste à rendre un peu de ce qu’on a reçu, et à mettre sa petite pierre là où on voit qu’il y a encore à bâtir pour abriter les gens des intempéries. Les bisexuels sont encore bien mal perçus (mal dans les deux sens du terme). Je pense que Bi’Cause est une association qui a beaucoup à apporter pour aider à une meilleure connaissance et reconnaissance de la bisexualité. C’est aussi une association qui a un bel esprit et une déontologie. Sans militants, une association meurt, et ce serait dommage.

Comment présenterais-tu brièvement la raison d’être et les activités de Bi’cause, pour les gens qui ne connaissent pas du tout l’association ?

Bi’Cause se donne pour missions, dès son origine, plusieurs domaines d’intervention qui sont listés dans les statuts : favoriser l’émergence d’une identité bisexuelle, développer les rencontres entre bisexuel/les, informer sur la bisexualité, aider et soutenir les bisexuel/les, notamment contre la biphobie, développer la connaissance de la bisexualité, contribuer à la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles.

Pour remplir ces missions, Bi’Cause peut avoir recours à plusieurs modes d’intervention :

1) participations à des évènements (Printemps des associations, UEEH [Universités d’été euroméditerranéennes, NdS], salons Rainbow Attitude, Marches des Fiertés…) ou productions d’évènements (organisation en 2001 du premier Forum des Bisexualités à Paris, depuis 2009 célébration de la Journée Internationale de la  Bisexualité, à venir en décembre 2012 au Centre LGBT une table ronde sur le thème de l’accueil des bi dans les associations LGBT…),

2) production de contenu revendicatif ou de prévention (le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, Fêter le corps et continuer à vivre) ou publication de ressources qu’on lui fait parvenir sur le site internet,

3) intervention dans les structures LGBT dont nous sommes membres et partenariats interassociatifs,

4) organisation d’activités régulières de convivialité et de réflexion.

La création de Bi’cause a révélé un mal être de beaucoup de bi, et l’association a parfois dû leur fournir quasiment une assistance psychologique. J’ai découvert moi-même l’association par l’intermédiaire des « Bi’envenues », les réunions mensuelles où les personnes qui se découvrent bi, qui ont des doutes sur leur sexualité et qui se sentent perdues peuvent venir discuter.

Comment se déroulent ces réunions d’accueil concrètement ? Comment vous y prenez-vous, et quelles autres actions avez-vous entreprises dans ce domaine ?

En effet. L’association dans l’esprit des fondatrices était d’abord revendicative : il s’agissait d’affirmer l’existence de la bisexualité comme une orientation à part entière, pas moins légitime et respectable que les autres. Mais la fondation du groupe, puis de l’association, a révélé la situation de détresse dans laquelle se trouvaient un grand nombre de bisexuels, niés ou rejetés et désorientés dans un monde très binaire dans ses structures et n’acceptant pas la possibilité d’une troisième voie ou plus « entre » l’hétérosexualité et l’homosexualité. Bi c’est une orientation sexuelle voire une identité mais ce n’est pas un mode de vie. Il y a 36 000 façons de vivre en étant bisexuel. Les moments d’accueil et de convivialité que propose Bi’Cause sont importants car ils permettent les échanges de témoignages et de se rendre compte de cette  réalité. Ces moments de discussions, d’écoute avec d’autres, peuvent aider à mieux se situer, se comprendre, ou à se sortir d’une impasse intérieure. C’est aussi retrouver un espace de fraternité bienvenu dans un monde d’incompréhension parfois brutale.

Nous avons deux temps de convivialité dans le mois dont l’un s’appelle justement la Bi’envenue et l’autre la B.I.P. (Bi Important Person). Nous avons aussi la Bi’envenue de Noël et la galette de janvier, une fois l’an. Plus un ou deux pique-nique aux beaux jours. Certaines années des randonnées mensuelles en Île-de-France ont été proposées le week-end. C’est pas mal de pouvoir varier les occasions et lieux de convivialité car la parole se libère différemment selon les contextes. Nous répondons aux propositions lancées par les adhérents. Nous avons en ce moment des demandes et idées de sorties culturelles. Par ailleurs un certain nombre d’adhérents qui habitent en Île-de-France ou même en province nous ont exprimé leur souhait d’activités de convivialité en journée pour pouvoir y participer plus facilement.

Parlons de la biphobie. C’est une forme de discrimination encore très mal connue, non seulement auprès du grand public, mais même dans les milieux LGBT. Quel est l’intérêt d’avoir un mot spécifique pour la cerner ? En quoi consiste-t-elle et quelles formes prend-elle ?

L’intérêt d’un mot spécifique c’est d’abord la non occultation de l’orientation de la victime, quel que soit le fait de discrimination. Car certains faits peuvent s’apparenter à une réaction de nature homophobe, il n’en demeure pas moins que l’orientation exacte de la victime est la bisexualité, pas l’homosexualité. Ensuite l’intérêt de mettre un mot sur une chose, est d’en poser clairement l’existence et à partir de là d’en étudier les contours. Il y a quelques années les lesbiennes ont tenu à montrer qu’il y avait une spécificité de la lesbophobie par rapport à l’homophobie et l’utilité d’un mot pour le marquer, de la même façon il y a une spécificité de la biphobie et l’utilité de ce mot pour le marquer.

La spécificité la plus importante de la biphobie consiste en la négation même de son objet : c’est d’affirmer que la bisexualité n’existe pas, qu’elle n’est qu’une phase, une aberration temporaire et en aucun cas une orientation réelle et stable. Cela se traduit, au plan identitaire, par une négation de la personne finalement, qui est en soi très violente et perturbante.

Ensuite, il y a divers clichés peu flatteurs et sources de rejets tels que « un bi sera forcément infidèle en amour, inconstant dans ses attachements, un bi n’est pas fiable, un bi est instable etc. ». Un autre aspect c’est la sursexualisation de la personne bisexuelle qui peut entrainer, selon les cas, du rejet ou une projection sexuelle agressive de la part d’autrui, réactions qui sont tout autant génératrices d’atteintes à l’intégrité de la personne.

Ces clichés sont bâtis sur des raisonnements pseudo-logiques qui paraissent évidents à ceux qui les pensent alors qu’ils sont en réalité totalement spécieux et ne tiennent pas la route. Mais ils ont la vie dure, et font la vie dure aux personnes bisexuelles.

En dehors de la biphobie, quels problèmes rencontrent les personnes qui s’identifient comme bi dans la vie ?

En dehors de la biphobie directe et immédiate ce sont les personnes qui ont nié une partie d’eux-mêmes, influencées par un entourage ou une société qui leur a martelé qu’on est soit homosexuel soit hétérosexuel et qui ont fini par s’engager dans un chemin de vie qui ne leur correspondait pas réellement – en se trompant donc sur elles-mêmes et en trompant involontairement aussi leurs relations ou conjoints – qui éprouvent un jour ou l’autre des difficultés dans leur existence. Parce que tout ce qu’on refoule au lieu de le vivre en son temps et naturellement, resurgit un jour avec une violence décuplée qui peut avoir les mêmes effets sur la vie qu’on a commencé à construire que l’ouragan sur la Nouvelle Orléans. C’est parfois lumineux et libérateur pour la personne, mais cela peut s’accompagner également de souffrance, et ce n’est pas non plus sans dommages ni dégâts collatéraux.  C’est pourquoi il est absolument essentiel que la bisexualité, dès l’adolescence, soit présentée comme un possible. La société et le système éducatif ont une responsabilité à prendre là-dedans car il y a des enjeux humains à court, moyen et long terme. Un bi contrarié cela a des implications plus dramatiques qu’un gaucher contrarié.

Quels sont les principaux obstacles et difficultés que rencontre Bi’cause pour mener son action ?

la principale difficulté que rencontre Bi’Cause pour mener son action réside à mon sens dans les bis eux-mêmes. Nous nous sommes rendu compte avec surprise qu’il y a beaucoup de personnes bisexuelles qui s’investissent dans les associations LGBT mais qu’elles n’osent pas s’y exprimer pour y faire progresser la cause bi. Beaucoup ont intériorisé les clichés et la mauvaise appréciation dont font l’objet les bisexuels et taisent leur bisexualité voire essaient de s’en démarquer plutôt que de l’assumer. De peur d’être directement stigmatisées et rejetées, elles se retranchent dans ce qu’une récente étude a nommé « le placard bi ». Cela n’aide malheureusement pas à développer une fierté identitaire et leur isolement contribue à maintenir cette situation au lieu d’aider à améliorer la condition des bis en travaillant tous en commun à changer la façon de voir des gens.

Par ailleurs le panel des personnalités et des modes de vie des personnes bisexuelles est multiple et cette diversité est clairement ressentie par les personnes bi qui n’aiment pas les cases. Certaines contestent le terme de bisexuel, qui leur paraît trop « sexualisé », préférant « bigenre », d’autres voudraient lutter pour leur affirmation en dehors de toute catégorisation : être humain avant tout.

Or, si l’on veut avoir réellement une force d’information, de conviction et de revendication, il faut se regrouper, et la forme associative est par ailleurs la plus efficace pour cela. Bi’Cause est une association qui a accueilli dès le départ un ensemble de personnes très bigarré et c’est ce qui lui a permis de mettre au point un texte revendicatif, le Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels, qui rend compte de la multiplicité bisexuelle tout en dégageant une racine identitaire commune et fière d’elle-même.

Le manque d’investissements militants pour la cause bisexuelle gêne énormément l’action de Bi’Cause d’un point de vue logistique : moins il y a de soldats, moins on peut être présents sur les fronts. Nous recevons à la fois des témoignages d’encouragement et de remerciements pour les actions que nous parvenons à mener, mais parfois aussi des témoignages de déception sur celles que nous n’avons pas faites. Bi’Cause est une association dont la portée historique et les missions sont grandes et pour laquelle l’attente des gens est grande mais qui reste petite par le nombre de ses membres actifs. Et actuellement nous sommes trop peu pour être présents partout où il le faudrait dans l’idéal. Nous avons besoin d’adhérents et de militants.

Bi’cause ne s’occupe pas uniquement des intérêts des personnes bisexuelles. Vous prenez aussi part à l’Existrans (manifestation annuelle contre la transphobie et pour les droits des trans, chaque premier week-end d’octobre). Et vous vous engagez régulièrement dans la prévention et la lutte contre les IST : Bi’cause a notamment publié en 2004 un guide de prévention très complet, « Fêter le corps et continuer à vivre », qui peut être utile à tous, puisqu’il aborde un grand nombre de pratiques.

Peux-tu nous en dire plus sur cette volonté de s’associer à d’autres actions ?

Cette volonté a été présente dès le début. La prévention et la lutte contre les MST figure dans nos statuts. Nous avons une grande fraternité avec les personnes trans car la bisexualité est aussi préoccupée par les questions relatives au genre. En novembre nous défilons aussi pour soutenir la Marche contre les violences faites aux femmes. Il se trouve que c’est aussi dans les gènes de Bi’Cause qui a été fondée par des féministes. Nous nous associons aux actions menées par la communauté LGBT, notamment en ce moment celles qui concernent les droits au mariage et à la parentalité, car elles sont également les nôtres, dans la mesure où les personnes bisexuelles peuvent être appelées à connaître des situations de vie non hétérosexuelles et donc être victimes de la même privation de droits que les personnes non hétérosexuelles. Mais au-delà d’intérêts communs, dans tous ces domaines évoqués, il s’agit pour nous avant toute chose de revendiquer une société égalitaire et juste avec tous, point, et de lutter contre les abus engendrés par une culture hétérosexuelle machiste dominante et discriminante. C’est quelque chose de tout simplement fondamental.

Bi’cause est basée à Paris, et jusqu’à récemment il n’y avait aucune association spécifiquement bisexuelle en France hors de Paris (cette année est apparue France Bisexualité Info, à Lyon, et il y a un groupe bi à Strasbourg, Ambivalence, mais il n’est pas constitué en association). Que penses-tu de cette situation et comment vous y prenez-vous pour faire bouger les choses ?

Il est très important que les personnes bisexuelles osent passer le pas de la visibilité, et se regroupent. L’étude menée sur l’orientation sexuelle des français par l’IFOP et Têtu en 2011 a tout de même montré une proportion presque équivalente de personnes bisexuelles et de personnes homosexuelles (3% et 3,5%) dans la population. Or les bi sont très isolés et très invisibles, ce qui ne favorise pas la mise en place d’une solidarité. La province en plus pâtit du phénomène de microcosme social qui stigmatise toute personne qui ne serait pas dans la norme. C’est difficile.

Il nous est arrivé d’être en contact avec des personnes souhaitant créer un groupe bi en se mettant sous le parrainage de Bi’Cause. Nous ne poussons pas à la création « d’antennes de Bi’Cause », car nous sommes plus dans une logique de fraternité, quand celle-ci peut avoir lieu, que dans une logique de parrainage mais nous sommes néanmoins ouverts à ce genre de demandes, pourvu que ces personnes soient dans la même voie éthique que Bi’Cause. Jusqu’à présent aucun de ces projets n’a malheureusement été poursuivi par leurs initiateurs, tant il se révélait difficile de fédérer un mouvement auprès des bi de leur région.

Faire bouger les choses n’est pas évident. En pratique nous ne pouvons rien initier, nous pouvons juste accompagner de loin. Il est indéniable que Bi’Cause a derrière elle quinze ans d’approfondissement de la question bisexuelle et que ce qui est sorti de ce travail peut aider, notamment le Manifeste français des Bisexuelles et des Bisexuels. Mais, pourvu qu’on respecte la propriété intellectuelle de Bi’Cause sur les documents qu’elle a produit, nous les avons mis à disposition en format pdf afin qu’ils puissent servir à un plus large public.

Par ailleurs, nos actions envers les bis de province sont limitées par nos moyens logistiques qui, en l’état actuel des adhérents, ne sont pas à leur maximum et nous le regrettons. Il ne faut surtout jamais perdre de vue que les groupes ou les associations ne sont pas des entités mais des personnes. Il y a quelques mois nous avons été contactés par le groupe de Strasbourg pour renouveler une Bi’Causerie organisée par une de nos membres mais c’était compliqué matériellement, pour elle comme pour nous, et nous n’avons pu donner suite.

Par contre deux des membres du C.A. ont pu se rendre à la Marche des Fiertés à Auxerre le 23 juin pour représenter la visibilité bisexuelle au-delà de Paris et dans un contexte politique délicat. Et le fait que nous soyons là a eu un impact positif puisque du coup le président de la Coordination Interpride a consacré une partie de son discours de fin de marche aux personnes bisexuelles.

Dans la même idée, nous espérons des actions que nous menons au sein des structures LGBT et auprès des associations LGBT qui, elles, ont des relais en province, qu’elles améliorent la connaissance, la considération et la prise en compte des personnes bisexuelles au-delà de l’Ile de France. Car s’il n’existe pas de groupe ou d’association bi en province, il existe des Centres LGBT, il existe des antennes SOS-Homophobie, il existe la Fédération LGBT [qui coordine notamment les Centres LGBT, NdS], la Coordination Interpride, qui sont susceptibles de relayer en province les initiatives et réflexions pour la défense et la connaissance de la bisexualité.

Quels sont les réussites de l’association à ton avis ? A l’inverse, vous est-il arrivé de tenter quelque chose qui s’est révélé ne pas fonctionner ou n’aboutir à rien ?

La première réussite de Bi’Cause c’est sa longévité. Ce n’est pas évident de faire vivre une association. Il y a des reliefs, des années plus difficiles, d’autres plus porteuses. Le secret de la réussite est de continuer à être présent et puis parvenir à rebondir et saisir les opportunités au bon moment. Il y a eu des années où Bi’Cause a tourné avec seulement deux ou trois personnes à la manœuvre. Il est certain que nos actions ont été moins nombreuses mais nous avons maintenu toutes nos activités régulières. Actuellement l’équipe n’est pas grosse mais extrêmement active, et il y a un contexte favorable au niveau LGBT qu’il faut absolument saisir. Nous répondons aux sollicitations des autres associations pour intervenir sur la question bi ou nous allons vers elles. Nous nous investissons encore davantage dans les structures LGBT. Nous venons d’être élus au C.A. du Centre LGBT.

Au plan des actions, il y en a pas mal à mettre à l’actif de Bi’Cause, sur quinze ans, des petites ou de plus grandes, il ne faut pas négliger le travail de fourmi, moins spectaculaire mais essentiel aux grandes constructions. La plus grande réussite de Bi’Cause c’est peut-être le fameux Manifeste français des bisexuelles et bisexuels. C’est un texte fondamental pour l’affirmation et la dignité de l’identité bisexuelle. Et nous avons régulièrement des retours positifs sur ce texte. Les personnes bisexuelles s’y reconnaissent et il a une vertu de réassurance.

Une autre réussite de Bi’Cause c’est la reconnaissance des bisexuel-le-s qu’elle a obtenue, et obtient par un travail continu, auprès des institutions LGBT.

Il y a des choses que nous avons lancées qui n’ont pas marché, oui. Par exemple nous avions lancé auprès de nos adhérents un questionnaire sur les mots, images, symboles qui pour eux correspondraient à la bisexualité, pour renouveler notre logo. Nous avons dû recevoir six réponses. Nous avons aussi lancé pour le calendrier bisex’style 2012, dont l’idée venait d’un de nos adhérents, un appel à photos. Encore moins de retours. Mais nous avons néanmoins édité notre calendrier bisex’style avec une superbe phrase de Simone de Beauvoir. Et peut-être que dans quatre ans le calendrier photos aura plus de succès.

Nous avons parfois du mal à mobiliser l’envie des gens. Nous ne sommes pas assez marketing et fun sur notre évènementiel, je pense.

Pour en revenir à une question plus personnelle : quel impact a eu ton activité associative dans ta vie ? Je suppose que cela prend beaucoup de temps. Qu’as-tu l’impression d’avoir retiré de cette expérience ?

L’impact dans ma vie a été notamment de faire mon coming out auprès de mes parents, parce qu’à force de leur dire que j’étais indisponible à cause de mes obligations associatives et de faire des circonvolutions verbales pour en parler sans rien en révéler, j’en ai eu assez et j’ai abattu les cartes. Ca été une très bonne chose car ils l’ont très bien accepté et maintenant me soutiennent dans cette cause. C’est un plus pour mon harmonie personnelle.

Cela prend beaucoup de temps, oui, et il y a forcément des sacrifices. J’ai mis de côté ma vie artistique par exemple, et la fatigue est là. Il en est de même pour les autres membres de l’équipe de Bi’Cause actuellement et il faut leur rendre hommage. Il y a tellement de choses qui se mettent en place en ce moment et qui sont très importantes. Il faut être sur beaucoup de fronts. Il est certain qu’on ne peut pas maintenir ce rythme dans une vie sur beaucoup d’années, c’est pourquoi il est très important d’être plus nombreux pour que chacun ait une moindre charge, et qu’il y ait une relève régulière, que chacun sacrifie un peu de temps, comme il peut. Car la cause vaut le coup. Enfin moi je le crois.

Penses-tu que la vision des bi a évolué, dans le milieu LGBT et dans la population en général, depuis que Bi’cause existe ?

Oui, c’est évident pour le milieu LGBT de l’Ile de France dans lequel nous évoluons. Parce que nous pouvons faire de la pédagogie mais aussi, par notre présence, nos échanges, nos collaborations, démystifier ce bi qui reste tout de même globalement invisible à la majorité des associations LGBT.

Nous essayons d’avoir le même impact sur la population, mais le contexte est plus complexe et n’a pas la même dimension. Nous tâchons d’être de bons relais. Nous étudions en ce moment les possibilités de creuser deux champs d’intervention que nous n’avons pas trop approfondis jusqu’ici et où nous avons constaté de gros manques dans la prise en compte voire l’acceptation de la bisexualité : le champ scolaire et celui de la santé (psychologues notamment).

Quels sont les principaux chantiers et projets de Bi’cause en ce moment (pour ceux dont tu peux déjà parler) ?

Le principal chantier en cours, qui va se déployer sur plusieurs mois mais qui n’occulte pas tous les autres, c’est l’enquête bi, que nous menons conjointement avec SOS-Homophobie, Le Mag-Jeunes LGBT et Act Up. L’enquête est consultable sur cette page et a une présentation et un espace commentaires sur le blog dédié et sur la page Yagg.

Qu’est-ce qui manque à Bi’cause aujourd’hui à ton avis ?

Ce qui manque à Bi’Cause : des personnes qui aient envie de s’investir dans l’une ou l’autre des actions que nous avons évoquées, l’éventail est vaste pour que chacun y trouve à employer ses qualités selon ses goûts, ses compétences et sa personnalité : militantisme ou convivialité, réflexion/écriture ou actions de terrain ou encore optimisation de la com’, avec un choix très ouvert de domaines d’intervention possibles : éducation, monde du travail, lutte contre les stéréotypes et la biphobie, santé, culture… Il y a beaucoup à faire.

Pour terminer, que dirais-tu à quelqu’un qui ne connaît pas du tout le milieu LGBT pour le convaincre de venir à une réunion de Bi’cause ? Et que dirais-tu à un non bi pour le convaincre de venir ?

Je dirais ce qu’on m’a dit un jour : viens c’est une association très sympa et ouverte à tous, pas seulement aux personne bisexuelles, dans laquelle il n’y a pas de prosélytisme, pas de sectarisme, pas de jugement, mais du dialogue et beaucoup de personnalités différentes.

Merci beaucoup à Nelly Ambert d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

Annonces d'événements | 07.10.2012 - 20 h 31 | 0 COMMENTAIRES
[Événement] Bi’causerie, Paris, Centre LGBT, lundi 8 octobre : « Bi et fier de l’être »

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(Désolé pour le retard, j’ai été bien occupé ces derniers jours. C’est ce lundi et le thème est important !)

Bi’causerie

Bi et fier de l’être

8 octobre 2012 – 20 h – Centre LGBT

Réaffirmer la fierté bisexuelle

Pourquoi les bi sont-ils tellement invisibles, pourquoi tant de personnes bisexuelles préfèrent-elles se retrancher au « placard », un placard subi et peu épanouissant plutôt  que de révéler leur bisexualité ?

Il n’est pas toujours facile de lutter contre le déni qui entoure la bisexualité ou contre le poids des clichés stigmatisants. Pas toujours facile d’être fier d’affirmer sa bisexualité dans un environnement social dont on craint l’éventuel rejet ou la mésestime.

Et pourtant il y a toutes raisons de ne douter ni de la légitimité, ni de la dignité de notre orientation sexuelle. Reconnue politiquement, riche de personnalités qui font partie du patrimoine culturel français, porteuse de vertus libératrices pour la société entière face à certaines normes sclérosantes, et puis oui, on peut être bi et bien dans sa peau, autant de réalités qu’il ne tient qu’à nous de réaffirmer à nos propres yeux et aux yeux du monde.

Venez évoquer et approfondir avec nous les dimensions de la fierté bisexuelle.

Entrée libre

Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris

Après 20 h, sonnez.

Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Bi’causerie est une rencontre organisée par l’association Bi’Cause, autour d’un thème relevant de la « culture bi » : arts, littérature, société… avec la participation d’une personnalité ou d’une association invitée.

Le 2e et le 4e lundi du mois, la Bi’causerie est ouverte aux adhérents, sympathisants, bi friendly, à tous ceux qui s’intéressent à l’univers de la bisexualité. Entrée libre.

Actualités | Militantisme | 19.08.2012 - 12 h 59 | 16 COMMENTAIRES
Les bi américains dénoncent le « problème bi » de Google

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Tout a commencé le 18 juillet, lorsque Faith Cheltenham, la présidente de l’association bisexuelle américaine BiNet USA, a publié sur le blog « Gay Voices » du Huffington Post un article intitulé « Google’s Bisexual Problem ». Elle s’y étonnait de l’étrange traitement réservé par le moteur de recherche Google aux mots-clés concernant la bisexualité (« bisexuality », « bisexual », mais aussi les mots français).

On n’est pas aidés

Le moteur de recherche de Google, dont on connaît l’ascension fulgurante due à ses performances hors du commun, possède deux outils qui font beaucoup pour sa rapidité et qui ont été repris par pas mal d’autres moteurs. L’un, intitulé « Auto Completion », affiche des suggestions automatiques chaque fois que l’internaute commence à taper un mot dans le formulaire de recherche (par exemple, si vous tapez « lesb », vous devriez avoir droit à des suggestions comme « lesbienne » ou « lesbianisme »). L’autre, plus récent, intitulé « Instant Search », opère sur les systèmes les plus rapides et consiste pour Google à commencer à proposer des résultats avant même que vous n’ayez terminé de taper les mots-clés de votre recherche. (Ce truc doit être un gouffre à énergie terrible, mais ce n’est pas le sujet.)

Or Faith Cheltenham s’est rendue compte d’une chose curieuse : lorsqu’on commence à taper des mots comme « bisexual » ou « bisexuality », aucune suggestion ne s’affiche et Google ne commence pas à faire la recherche. Elle a mis en ligne une vidéo Youtube  montrant la différence. J’ai moi-même fait le test avec les mots français « bisexualité » et « bisexuel » : mêmes absences de suggestions et de résultats instantanés.

Ce détail est moins anodin qu’il n’en a l’air. Lorsque vous cherchez quelque chose sur Google, vous avez l’habitude d’avoir l’impression que plein de gens avant vous ont déjà cherché les mêmes choses, et la recherche automatique vous montre dès le départ qu’il y a bel et bien plein de résultats sur le sujet en question. Mais si vous ne voyez pas la moindre suggestion s’afficher ? Vous aurez l’impression que personne ne cherche ça d’habitude. Idem pour l’absence de résultat : cela donne l’impression qu’il n’y a rien à trouver.

Ces deux impressions sont évidemment fausses. Mais elles ne sont pas dénuées d’impact potentiel sur les utilisateurs. On connaît le contexte actuel, très crispé, aux États-Unis sur la question du suicide chez les jeunes appartenant aux minorités sexuelles. Cheltenham estime (à juste titre, je trouve) qu’une telle différence peut renforcer le malaise des internautes mal dans leur peau et qui tenteraient de chercher des informations sur la bisexualité sur Internet. Elle rappelle en particulier le rapport alarmant publié en mars 2010 par la San Francisco Human Rights Commission, Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations, qui indiquait qu’une femme bi sur deux et un homme bi sur trois auraient envisagé ou tenté de se suicider, soit des taux supérieurs à ceux observés chez les homosexuel-le-s (eux-mêmes supérieurs à ceux observés chez les hétérosexuel-le-s). On sait d’ailleurs que c’est la même chose au Royaume-Uni. (En France, à ma connaissance, il n’y a pas encore eu d’étude à ce sujet…)

L’accès aux sources d’information sur la bisexualité est donc porteur d’enjeux cruciaux, et un « détail » comme celui-ci peut être lourd de conséquences, disons, dérangeantes. Et comme Google n’est pas exactement un petit moteur de recherche obscur que personne n’utilise…

Il y a donc deux choses alarmantes dans le « problème bi de Google ». La première, c’est qu’on s’explique mal l’absence de suggestions automatiques pour l’auto-complétion des mots-clés et pour les résultats de la recherche instantanée. Pourquoi diable cette différence dans les paramètres du moteur de recherche ? La seconde, ce sont les conséquences de cette différences pour les utilisateurs.

En réponse, Google fait des yeux de Bam… bi

Faith Cheltenham indique qu’en 2010, année où Google a commencé ce blocage, le Google Help Desk avait indiqué que cette différence était « un bug » qui « allait être réparé ». Mais au printemps 2012, rien n’avait bougé. D’où nouvelles démarches de Cheltenham, qui a obtenu le 2 juin cette réponse d’un porte-parole de Google :

« As you say, we’re strong LGBT supporters. Sometimes perfectly good search terms can trip up our algorithms that decide whether to show instant results. This can happen when our automatic filters detect a strong correlation on the (unfiltered) Internet between those terms and pornography. The effect varies from term to term, and keep in mind we handle billions of queries each day, 16 percent of which are new to us each day, across 146 languages. But we appreciate your feedback — it’s this kind of case that motivates us to keep working on our algorithms so we can get people the information they need as quickly as possible. » – Google Spokesperson, July 2nd 2012

Je traduis :

« Comme vous le dites, nous sommes fortement engagés en faveur des LGBT. Parfois, des termes de recherche parfaitement valides peuvent faire s’emmêler les pinceaux à nos algorithmes qui décident s’il faut ou non montrer des résultats instantanés. Cela peut arriver lorsque nos filtres automatiques détectent une forte corrélation sur l’Internet (non filtré) entre ces termes et la pornographie. L’effet est variable selon les termes, et gardez en tête que nous gérons des milliards de requêtes chaque jour, dont 16% sont nouvelles pour nous chaque jour, en 146 langues. Mais nous apprécions vos retours : c’est ce genre de cas qui nous motive à poursuivre notre travail sur nos algorithmes afin de pouvoir procurer aux gens les informations dont ils ont besoin aussi rapidement que possible. – Porte-parole de Google, 2 juin 2012

Google sollicite donc notre compassion : il est vrai qu’ils n’ont jamais mis en avant la rapidité et la fiabilité de leurs résultats, ni leur capacité en tant qu’entreprise à être meilleurs que les autres, et que ce n’est pas du tout comme ça qu’ils ont accédé à leur position dominante actuelle sur le marché. Il est vrai aussi qu’ils ont peu de moyens, peu d’employés et que deux ans est un délai bien court pour corriger un « bug ». On imagine les algorithmes animés d’une vie propre, dans les tréfonds des lignes de code, échappant peu à peu au contrôle des informaticiens, tels des raptors à Jurassic Park. Encore quelques messages comme ça et ils vont nous refaire Ghost in the Shell.

Bref, en ce qui me concerne : excuses non acceptées, capitaine Google.

Quant à l’argument de la pornographie, il me laisse plus que sceptique. Expliquez-moi comment le terme « bisexualité », associé à une orientation sexuelle qui commence à peine à faire un peu parler d’elle, pourrait être davantage associé à la pornographie que des mots comme « gay » ou « lesbienne » ou que les contenus pas spécialement labellisés avec des termes LGBT ? Y a-t-il donc une telle quantité de contenu pornographique spécifiquement labellisé comme « bisexuel » sur le Web ? Ou alors c’est ça, la matière noire de l’univers ? Sérieusement…

Mais au fond, ce n’est même pas à moi de chercher d’où peut provenir le problème : c’est aux équipes de Google de le faire. Le fait est qu’il y a un problème et que ce problème entraîne une inégalité de traitement entre les différentes orientations sexuelles sur le moteur de recherche Google.

De quoi écorner l’image impeccablement LGBT-friendly que s’est construite l’entreprise auprès du grand public.

Le coup de grâce ? En 2010, le problème concernait aussi un autre mot : « lesbian ». De plus en plus embêtant. Sauf que, toujours selon Cheltenham, le mot « lesbienne » a été débloqué depuis… mais pas les mots-clés concernant la bisexualité. Décidément, les voies des algorithmes sont impénétrables. De quoi se demander si Google ne se moque pas un peu du monde (et des bi en particulier). Et de quoi donner envie de recourir plutôt à d’autres moteurs de recherche, par exemple ceux qui n’emmagasinent pas les données des utilisateurs, comme Ixquick ou Duckduckgo.

Les bi persistent, et demandent à signer

La communauté bi américaine n’a pas l’intention d’en rester là, et c’est pourquoi une pétition a été lancée sur Change.org : « Google’s Technical Staff: Stop blocking the word « bisexual » from instant search results ».Pas besoin d’être américain pour signer, naturellement !

Je traduis le texte de la pétition si vous ne lisez pas l’anglais :

« Aux équipes techniques de Google : cessez de bloquer le mot « bisexuel » dans les résultats des recherches instantanées

Google a été un partisan de longue date des combats menés pour l’égalité des LGBT. Bloquer ce terme ne dénote pas une volonté d’inclusion et permet à un mythe répandu sur la bisexualité – selon lequel elle n’existerait pas réellement – de persister.

En tant que membre de la communauté bisexuelle, cela me choque personnellement. J’ai été l’objet de beaucoup de préjugés et de stéréotypes. Bloquer l’accès à l’information ne fera que perpétuer la biphobie.

Ou bien imaginez des adolescents et des adultes qui pensent qu’ils pourraient être bisexuels et qui se tournent vers Google pour chercher des informations. Que trouveraient-ils ? Qu’est-ce que cela leur ferait croire ?

 Imaginez aussi : vous êtes un parent dont l’enfant vient juste de faire son coming out en tant que bisexuel. Vous vous tournez vers Google pour chercher des informations sur la meilleure manière de soutenir votre fils ou votre fille. Néanmoins vous vous heurtez à des barrages routiers qui limitent ce que vous trouvez. Qu’éprouveriez-vous dans une pareille situation ?

 Je pense que Google a la responsabilité de refléter pleinement son soutien à la communauté LGBT et de faire avancer notre égalité avec les autres. Avec ce blocage toujours en place, ce n’est qu’une égalité partiale qui est reflétée.

 En signant cette pétition, vous demandez à Google de refléter de façon plus complète son engagement à soutenir la communauté LGBT. »

Notez que la pétition se concentre sur la contradiction entre le discours officiel de Google (qui se présente comme pleinement LGBT-friendly) et la réalité des paramètres de son moteur de recherche.

Affaire à suivre : j’espère que cette affaire fera encore parler d’elle, et que Google sera contraint de réagir. Ces algorithmes qui deviennent incontrôlables même pour les experts de Google, c’est tout de même flippant.

Actualités | 05.08.2012 - 23 h 30 | 33 COMMENTAIRES
« Coming out » de Mika : les étiquettes et la biphobie contre-attaquent

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L’histoire de Mika et des médias dit énormément de choses sur la persistance des discriminations que subissent les minorités sexuelles aujourd’hui encore, les gays comme les bi.

Sa récente déclaration dans une interview à paraître en septembre, où il s’identifie comme gay, a suscité toutes sortes de réactions, pas toutes spécialement fûte-fûte, comme l’explique Xavier Héraud.

Mais il y a autre chose à dire là-dessus. Un point de vue bi sur la question, vous vous en doutez.

Rembobinage

Commençons par un petit rembobinage. En 2008, le magazine Out titre en couverture : « Mika: Gay/Post-Gay/Not Gay? », et l’article vaut au chanteur d’être accusé par certains de ne pas vouloir déclarer ouvertement qu’il (ou s’il) est gay. Dans une interview au même magazine fin janvier 2008, Mika déclare vouloir parler de sa sexualité sans utiliser d’étiquettes (« labels« ).

Le 23 septembre 2009, dans une interview à Bay Windows, Mika réitère presque le même genre de déclarations, à une petite nuance près : il accepte un peu une étiquette… celle de bisexuel. « I’ve never ever labelled myself. But having said that; I’ve never limited my life, I’ve never limited who I sleep with… Call me whatever you want. Call me bisexual, if you need a term for me… » (Source : Wikipédia anglophone, section « Early life » et note 17.)

Même discours quasiment dans une interview au Standard Evening le 11 mars 2010. Je cite deux passages de l’article, parce que je voudrais en profiter pour vous montrer quelque chose :

True to his policy of maintaining ambiguity about his sexuality, he won’t tell me if his last lover was a man or a woman, just that he had to leave them because they were ‘undermining’.

(…)

His name was chosen because it was ambiguous; it could belong to someone of any gender, from any country. Perhaps his studiedly ambiguous sexuality is also a clever PR choice. Is he simply being careful not to alienate his teenage girl fan base, in the tradition of our finest boyband members? Those were my cynical thoughts until I met him and heard him talk about love, about which he seems genuinely confused. He is single and claims to be going through something of a drought. ‘Love? I don’t know if it’s an option for me, really. I consider myself label-less because I could fall in love with anybody –literally – any type, any body. I’m not picky.’ That makes you sound easy, I say. ‘Ha!’ he laughs. ‘It’s not proving easy, it’s proving very hard. I’m a very bad flirt, I just don’t know how. And if I do like somebody, it almost never works. I don’t get hit on very often at all. Maybe it’s because I look like a bit of a bastard. But I’m too much in the moment to be arrogant. I hate people who rest on their laurels.’

Besoin d’une traduction ? Mika affirme : « Je me considère hors labels parce que je pourrais tomber amoureux de n’importe qui, littéralement, n’importe quel type, n’importe quel corps. Je ne suis pas difficile ». Réponse du journaliste : « Tu as l’air d’un mec facile quand tu dis ça ».

On est en plein cliché du bisexuel comme… ben, comme type facile, justement. Le fait de POUVOIR sortir avec une plus grande variété de gens est confondu avec le fait de VOULOIR sortir avec plus de gens tout court. Un peu comme si vous me disiez que vous savez parler dix langues différentes et que je vous répondais : « Wouah, tu dois être horriblement bavard! » Vous trouveriez ça logique ?

(Appréciez « accessoirement » le soigneux mélange de réprobation et d’humour pour faire passer la pique sur le mode « maaaaaaisaaaah on rigoleuuuh ». Oui mais non.)

Bref, et nous en arrivons donc au 3 août dernier, où une avant-première d’une interview à paraître en septembre dans le magazine Instinct révèle la dernière déclaration de Mika : « Yeah, I’m gay« .

Tout le monde titre donc : « Mika fait son coming out« .

Et c’est là que je dis non.

Mika avait DÉJÀ fait son coming out

Pourquoi non ? Parce que Mika avait déjà fait son coming out. Et cela dès 2008, en déclarant puis en répétant publiquement, dans ses interviews, qu’il ne voulait pas utiliser d’étiquette et qu’il se sentait capable de tomber amoureux et de coucher avec n’importe qui, façon très ferme de montrer qu’il ne s’enfermait pas dans la catégorie « hétéro ».

Si vous ou un de vos amis publiait ce genre de déclarations dans un magazine, je ne sais pas comment vous appelleriez ça. Moi, j’appellerais ça un coming out.

Et c’est là – encore une fois, en reprenant toute l’affaire au ralenti et en réfléchissant aux détails – qu’on voit à l’œuvre toutes sortes de mécanismes d’oppression. De la part des hétéros… et de la part de la communauté gay. Avec un jeune chanteur au milieu qui est supposé coupable de toutes sortes de mensonges, simplement parce qu’il est un personnage public et qu’il ne gagne pas trop mal sa vie (à ce que j’ai cru comprendre).

Les choses sont compliquées, mais c’est normal : tous nos vieux ennemis favoris sont là ! Regardez :

L’homophobie. Je ne vous la présente plus. Patente, gluante, sournoise. Le contexte général, c’est ça. Un personnage public, dans le monde du show-biz, qui fait des déclarations louches sur sa vie intime, ça n’est pas si facile que ça. Moins en 2008 qu’en 2012, d’ailleurs, je pense (l’ouragan Gaga était encore très loin d’avoir pris son essor). Donc, Mika ne peut probablement pas se permettre de raconter n’importe quoi publiquement le cœur léger. En revanche, il en parle dans ses chansons, mais ça ne dit rien sur sa vie privé.

Le problème, c’est que ça se retourne aussitôt contre lui. Deux spectres – non, attendez, trois spectres – entrent en scène :

Le spectre de l’homo refoulé, qui avance main dans la main avec notre plus cher ennemi le gaydar, grand renforceur de clichés. Mika est mignon ? Il est gay ! (C’est vrai que tous les gays sont mignons, c’est connu. Et puis, à 26 ans, on est supposé être moche et pas sexy, c’est connu aussi.) Il s’habille avec des couleurs vives ? Over gay ! (Les gays en costard cravate, ça n’existe pas, et d’ailleurs dans le show-biz on ne s’habille jamais avec des couleurs vives.) Il chante avec une voix aiguë ? Super gay ! (Tous les gays ont des voix de fillettes, connu aussi : revoyez La Cage aux folles, ce documentaire neutre et pertinent sur l’homosexualité contemporaine.) Il fait des gestes affectés avec les mains dans ses clips ? Hyperhyper gay ! (Et les hétéros,  vous avez vérifié ? Vous devriez : ils en font aussi…) Il s’entend super bien avec les filles ? Hypra gay ! (Hein, quoi ? si si, ne niez pas, vous avez déjà tenu ce genre de raisonnement…) Conclusion de ces analyses à la rigueur intellectuelle inattaquable : Mika est sûrement un homo refoulé. S’il ne dit pas la vérité sur sa sexualité, c’est qu’il a honte, qu’il a peur, qu’il est victime d’homophobie intériorisé, etc. C’est vrai, il a publiquement dit des trucs qui font que tout le monde sait qu’il n’est pas hétéro, mais à part ça c’est un lâche.

Le soupçon du « bisexuel chic ». Et plus précisément le spectre du bisexuel marketing, qui arrive dans une odeur de soufre, des billets pleins les poches, avec ses petites cornes en plastique et sa barBIche postiche. Il est là pour se faire des sous en se faisant passer pour un Rebelz à bon compte. Bouh, pas bien. D’accord, je ne dis pas que ça n’est jamais fait, bien au contraire. Il faudrait se demander si c’est si horrible pour la cause des gays et des bi, mais c’est une question complexe et ça nous éloignerait du sujet. Mika, chanteur encore à ses débuts, avait-il vraiment intérêt à mettre en place une stratégie pareille pour se faire connaître ? A-t-il pu le faire avec l’aval de sa maison de disques ? Je n’en serais pas si certain… Mais une chose est certaine : dès lors qu’on pense en ces termes, Mika n’a tout simplement plus de vie personnelle. Il devient aux yeux de la communauté LGBT une pure créature du capitalisme rampant, ce qui empêche complètement de garder les yeux ouverts aux trucs autres que l’argent qui pourraient le motiver ou le retenir aussi.

Et j’ai gardé pour la fin les deux dernières hydres du lot, qui vont main dans la main aussi :

La biphobie et sa compagne omniprésente l’invisibilisation des bi (et plus généralement de tout ce qui n’est pas monosexuel). La biphobie franche et crasse, on en a vu un puant exemple ci-dessus avec l’interview du Standard Evening. Mais c’est avant tout sa forme la plus sournoise, à savoir la négation pure et simple d’identités autres que les sacro-saintes catégories hétéro/homo, qui est à l’œuvre dans cette affaire.

Dans toute cette histoire, c’est comme si on n’avait jamais pris Mika au sérieux. Il dit : « je ne veux pas me limiter aux étiquettes », il dit : « si vous voulez me coller une étiquette, appelez-moi bisexuel », on répond : « Il est gay, il ne veut pas le dire ». Peu importe ici qu’il soit gay ou non finalement : ce qui compte, et qui me révolte, ce sont les réactions des gens (notamment mais pas seulement dans les médias, généraux et LGBT). C’est tout simplement scandaleux. Quand quelqu’un parle, peu importe qui, il faut prendre au sérieux ses paroles. La façon dont une personne se définit elle-même est la base de son identité. Tout le monde se tue à le dire, notamment pour les trans, mais toute une partie des gays n’est même pas fichue d’appliquer ça au quotidien. Homo refoulé ? Homophobie intériorisée ? Ce n’est pas votre problème, et ce n’est certainement pas une raison valable pour réagir avec des accusations. On ne colle pas une étiquette aux gens sans prendre en compte ce qu’ils disent sur ce qu’ils sont. C’est ce qu’on nous a fait trop longtemps, qu’on fait encore beaucoup trop, alors ne faisons pas la même chose !

Au fond, ce que montre ce concert d’articles titrés « Mika fait son coming out » et ces réactions narquoises sur le mode « On n’est pas du tout surpris, on le savait déjà », c’est qu’au fond le premier coming out de Mika, qui était un coming out de bi ou de queer qui refusait en bloc les catégories, n’a jamais vraiment été pris au sérieux. C’est de la biphobie, et c’est… de la queerphobie, si vous voulez. C’est la preuve en tout cas que tout ce qui n’est pas monosexuel (homo ou hétéro) est encore largement refusé au sein de la communauté.

Et des gays qui ne supportent pas le queer, c’est grave.

La dernière chose qui me révulse dans les réactions à ces déclarations de Mika, c’est le fait – typique de l’époque actuelle dans ce qu’elle a de débectant – qu’on donne à pleine tête dans l’essentialisme. Personne, absolument personne n’envisage jamais qu’il a pu se passer des choses dans la vie du chanteur entre 2008 et 2012 (quatre ans, quand même !). Le coming out est une révélation de la vérité intime et éternelle de la personne, qui a valeur rétroactive : tout ce qui a été dit auparavant était faux, soit parce qu’il y avait refoulement, soit parce qu’il y avait mensonge ou silence calculé. Mika dit en 2012 qu’il est gay : il en résulte qu’il a toujours été gay devant Dieu, de toute éternité, sans évolution possible.

Eh bien non, non et encore non, c’est une façon de penser stupide, oppressante et primaire. Ce que Mika est, c’est à Mika de le dire, s’il en a envie. Mais par pitié, concevez le fait que Mika a peut-être changé. Les gens changent. Le temps existe. La nature d’une personne n’est pas gravée dans le marbre. Le seul truc qui est en marbre gravé, c’est la pierre tombale (et encore, il faut avoir les moyens).

« Bi et pas sérieux s’abstenir »

Entendons-nous bien : il est tout à fait possible qu’on soit dans le cas d’une personne qui s’est toujours conçue comme homosexuelle, mais qui avait peur des réactions homophobes, et a donc commencé par se déclarer bisexuelle ou sans étiquette, puis a pris confiance et a enfin osé révéler son homosexualité. Cela arrive encore souvent, cela arrivera encore à l’avenir, j’en ai peur.

Ce que je voudrais, c’est que cela arrive de moins en moins. Car cela renforce le cliché collant du « bi maintenant, gay plus tard » qui fait énormément de mal aux gens qui s’identifient comme bi. Si, dans le cas présent, Mika a utilisé l’étiquette bi comme camouflage temporaire, on ne peut pas lui en tenir rigueur – ce n’est pas moi qui le ferai, en tout cas – car le contexte général est assez homophobe pour expliquer ce genre de tactiques. Mais j’aimerais qu’on ne généralise pas ça à tous les bi. « Bi » n’est pas un alibi et ne doit pas être un alibi.

Bien sûr, la lutte contre l’homophobie doit permettre aux gens qui s’identifient comme gays de le faire publiquement en toute confiance.

Mais dans le même temps, il est urgent de perdre les réflexes dualistes qui amènent encore tant de gens à tout réduire aux deux seules catégories « homo » et « hétéro ». Et c’est là-dessus que j’insiste, car c’est cet enjeu-là qui semble encore méconnu de trop de monde. Non, ce ne sont pas les seules étiquettes possibles. L’identité bisexuelle est une identité à part entière. L’identité « je refuse les étiquettes » devrait en être une également, autant prise au sérieux que les autres.

Visiblement, Mika avait raté son premier coming out : toute une partie des gens n’avait pas enregistré qu’il était « hors labels ».

Terminons pas une anecdote. Au moment de la sortie du film Kaboom de Greg Araki, dont le héros est un mignon jeune homme qui a des rapports avec des gens des deux sexes mais dit refuser de se limiter à une étiquette – exactement comme Mika entre 2008 et 2012 -, un chroniqueur radio avait eu le culot de dire que le héros du film était « hétérosexuel ». Si si. Il fallait le faire. J’avais râlé contre. Là, j’observe le cas exactement inverse, mais de la part de la communauté LGBT : quelqu’un dit refuser les étiquettes, et tout le monde prend ça comme une dérobade temporaire de la part d’un gay.

Mais allez, Mika est vraiment gay. Quel soulagement. Tout rentre dans l’ordre. Dormez, braves gens, vous aviez raison.

Pour une personne.

Bienvenue dans le monde des bi et des non monosexuels, l’univers où personne ne vous prend au sérieux…

Actualités | Militantisme | 02.08.2012 - 10 h 56 | 1 COMMENTAIRES
Quand l’Armée du Salut vous vire parce que vous êtes bi

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Danielle Morantez, ancienne employée américaine de l’Armée du Salut à Winooski, dans le Vermont, a été employée par l’organisation pendant deux mois. Tout allait bien et ses employeurs lui témoignaient toute leur satisfaction pour son travail. Le vendredi 20 juillet dernier, elle émet des inquiétudes à propos du contenu du livret de l’Armée du Salut concernant l’orientation sexuelle et les discriminations à l’emploi, et fait son coming out en tant que bisexuelle dans le même temps. Le lundi, l’Armée du Salut la licencie et lui intime l’ordre de quitter les lieux. Motif : « sa position et ses positions personnelles ne s’alignent pas à 100% avec les valeurs de l’Armée du Salut ». Morantez se retrouve avec une petite fille de trois ans qu’elle peut à peine nourrir ; sans emploi, sa situation devient catastrophique.

Ce n’est pas la première fois que l’Armée du Salut se distingue par ses positions et ses propos discriminatoires envers les minorités sexuelles. Il y a un mois, un représentant australien de l’Armée du Salut, employé de longue date par l’organisation, avait déclaré publiquement que l’idée selon laquelle les gays doivent mourir faisait partie de la « doctrine chrétienne » de l’Armée du Salut. L’organisation avait présenté ses excuses à la communauté LGBT.

Danielle Morantez a lancé une pétition sur le site Change.org (elle a déjà recueilli plus de 50 000 signatures ; l’objectif est de 75 000).

Le texte complet de la pétition en anglais :

The Salvation Army fired me for being bisexual. I can barely afford to feed my child because I lost my job. I need your help so this never happens to anyone else ever again.

When most Americans think of the Salvation Army, they think of the group’s ubiquitous holiday red kettles and bell ringers. But there’s a dark side behind the smiles: the Salvation Army has a long history of attacking the civil rights of lesbian, gay, bisexual, and transgender people. Just last month, for example, the Salvation Army in Australia was forced to apologize after an official said that the belief that gays must die is part of the group’s “Christian doctrine.”

And now, this: the Salvation Army fired me from my job – the sole means of support for my husband and and my three-year-old daughter — because of of my sexual orientation.

For the first two months that I worked for the Salvation Army, everything went well. I doubled the number of clients the Salvation Army was able to serve on a daily and weekly basis, and I streamlined the group’s social services programs. My supervisors gave every indication that my work was exemplary.

But last Friday July 20, I raised concerns about sections in the Salvation Army employee handbook relating to sexual orientation and employment discrimination, and came out as bisexual in the process. On Monday, the Salvation Army fired me and ordered me escorted off the premises.

In my exit interview papers they claimed the reason for my termination was because my « personal beliefs and position do not 100% align with the values of the Salvation Army. »

My sexual orientation had absolutely no bearing on the job I did or the quality of my work, yet for the Salvation Army, it was reason enough to fire me. The Salvation Army – an organization that claims to be “Doing the Most Good” – chose to harm me and my family simply because I had the courage to be honest.

Firing someone for their sexual orientation is not “good,” it’s wrong. This needs to stop. Join me by signing this petition asking the Salvation Army to end employment discrimination against lesbian, gay, bisexual, and transgender people now!

After you sign my petition, please read more about my story at Truth Wins Out.

Rappelons qu’en France l’Armée du Salut est considérée par le gouvernement, outre son statut de congrégation religieuse à mission spirituelle (c’est un organisme protestant), comme une fondation à mission sociale reconnue d’utilité publique, et compte plus de 2000 employés. (Voyez son article Wikipédia.)

Le site officiel anglophone de l’organisation indique, sur la page « Mission » : « Its mission is to preach the gospel of Jesus Christ and to meet human needs in his name without discrimination ». Sur le site francophone, la Charte déontologique de la Fondation (ici en pdf) affirme : « La Fondation exerce toute son action sans tenir compte de critères religieux, raciaux, ou autres formes de discrimination. »