6223 Coulisses | Le Biplan

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Le Biplan
Bisexualité : actualité, culture et réflexions diverses
Coulisses | 15.01.2013 - 00 h 34 | 3 COMMENTAIRES
« Plus gay sans mariage » : le nuage de fumée de Xavier Bongibault

Bon, pas besoin de vous redonner le contexte… Je voudrais simplement poser une question urgente.

Voilà : Xavier Bongibault, la « caution gay » des militants anti-mariage pour tous, se présente partout comme le « président de l’association Plus gay sans mariage ».

Ma question est : cette association existe-t-elle ? Si elle existe, a-t-elle une existence autre qu’administrative ? Combien d’adhérents compte-t-elle ? En dehors du fait d’avoir des adhérents, que fait-elle (en dehors de servir de caution à Bongibaut) ? Et surtout, que représente-t-elle réellement ?

Pour le moment, en tapant « Plus gay sans mariage » dans un moteur de recherche, on tombe sur un blog WordPress qui ne compte qu’un seul billet, posté en juillet 2012, qui consiste lui-même en une image contre le mariage pour tous. Si vous cliquez sur « A propos », il n’y a rien. Voilà tout ce que je peux trouver pour le moment. Les annonces d’associations parues au Journal officiel ? Rien. Le chiffre de 250 membres qu’on trouve dans deux ou trois articles sur le Web ? Je ne trouve aucune source. Tout le reste, ce sont des articles, soit sur des sites d’extrême-droite (la fachosphère, quoi), soit dans les médias.

Vous pardonnerez mon caractère terriblement sceptique. Je ne crois pas à la réalité de cette association. Je crois déjà à peine à Xavier Bongibault (à peine davantage à Frigide Barjot, d’ailleurs).

Je pense que tout le pays, y compris les médias généralistes, est actuellement victime d’une campagne de comm’ adroitement ficelée menée par une minorité d’opposants farouches et bien organisés au projet de loi, qui, en vrais petits terroristes de l’information, sont occupés depuis quelques mois à se faire passer pour beaucoup, beaucoup plus représentatifs qu’ils ne sont de la réalité du pays, et qui en profitent pour embringuer les hésitants en agitant leurs pires fantasmes, par désinformation interposée (vous savez, « parent 1, parent 2 » et autres mensonges).

Un nuage de fumée qui essaie d’allumer le feu.

Mais au bout d’un moment, il faut arrêter de tousser et dissiper la fumée.

Bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas vraiment d’opposants à cette loi dans l’opinion ; je dis qu’une petite minorité farouche déploie en ce moment une comm’ monstre pour donner à ses idées réacs beaucoup plus d’importance qu’elle n’en ont réellement dans le pays en 2012-2013.

Si, comme je le pense, cette association n’a pas vraiment d’existence, alors, à quel titre ce monsieur Bongibault se répand-il dans les médias depuis des semaines ? À quel titre est-il interviewé par tous, plutôt que… n’importe qui d’autre, en fait ? À quel titre, à part celui d’avoir été littéralement inventé en quelques semaines grâce aux efforts d’une poignée de militants et une série de soutiens ponctuels opportunistes, bien contents de compter une nouvelle faction, fût-elle fictive, parmi leurs rangs qu’ils grossissent déjà par toutes sortes de procédés douteux ?

Parce que bon, moi je fais partie d’au moins trois ou quatre associations et je peux m’arranger pour entrer au bureau d’une ou deux, si je sais que ça va me permettre d’être partout dans les journaux et à la télé du jour au lendemain…

Alors, quelqu’un a plus d’informations ? (Des vraies, je veux dire.)

Parce que bon, en l’absence d’autre chose, pour moi, Bongibault n’est rien du tout.

Il pourra être roi à la prochaine galette, s’il veut. Et encore. Il faudra qu’il trouve la fève. Sinon, nada.

Il est plus que temps que cette mauvaise farce, dont les médias qu’on croyait les plus sérieux finissent par être aussi les dupes, se termine enfin.

EDIT le 22 mars 2013 : le site du journal Le  Monde publie aujourd’hui une enquête de Samuel Laurent : « Derrière la grande illusion de la « Manif pour tous » ». Le journaliste y montre notamment qu’un tiers des associations composant la « Manif pour tous » sont des coquilles vides. Pourquoi a-t-il fallu attendre des mois pour qu’un travail journalistique sérieux soit effectué en profondeur sur ce mouvement, alors que les médias LGBT et des gens comme moi (je n’étais pas le seul, loin de là) avaient dénoncé depuis longtemps ce nuage de fumée organisé ? Enfin, mieux vaut tard que jamais…

DucDeWestminster(Illustration : De Cape et de crocs, d’Ayroles et Masbou, tome 4, page 10.)

Coulisses | 07.09.2012 - 00 h 41 | 1 COMMENTAIRES
Une page de liens et une adresse mail pour le Biplan

Étiquettes : , , , ,

J’ai ajouté une page de liens

Je dis ça parce que ça ne saute sans doute pas aux yeux dans la barre de menu ci-dessus, mais elle est bel et bien apparue à côté de « Accueil » et de « À propos ». Allez, je vous donne même un lien vers la page de liens directement ici, si vous avez la flemme de hisser le curseur de la souris jusque là haut. Il y a une bonne trentaine de liens vers des blogs et des sites, sur la bisexualité et sur des thèmes LGBTIQ+++, le féminisme et le genre. Dans l’idéal, je posterais bien des billets détaillés pour les présenter, mais je n’ai pas encore eu le temps : ça viendra sûrement, au moins pour une partie d’entre eux, j’espère.

Naturellement, le tout est éminemment complétable à l’aide des indispensables que vous vous scandaliserez de ne pas y avoir trouvé (même si je dois en rester à un nombre raisonnable de liens pour que le tout ne devienne pas illisible).

Le Biplan a désormais sa propre adresse mail

Bon, c’est une adresse hotmail, mais c’est mieux que rien et ça peut être plus pratique que le réseau Yagg parfois. C’est

silvius-biplanBIDULEhotmail.fr

(où BIDULE est à remplacer par @). Si vous avez envie de me signaler une actualité, un site, un bouquin, un film, un jeu, etc. en rapport avec la bisexualité, et que vous ne pouvez ou ne voulez pas passer par les commentaires ou les messages Yagg, c’est par là.

Cette adresse est aussi destinée aux associations bisexuelles et LGBTIQ+++ qui auraient besoin de me contacter régulièrement : allez-y, c’est fait pour !

(Et je croise les doigts pour que tout marche bien.)

Voilà, c’était le mini-billet technique du mois.

Coulisses | Réflexions de fond | 30.01.2012 - 20 h 28 | 16 COMMENTAIRES
Dans la peau d’un bi (1 de 2)

Étiquettes : , , , ,

Aujourd’hui, je vais essayer de vous éclairer sur une question à la fois toute bête et assez complexe : à quoi ça ressemble, d’être bi ? En quoi ça consiste, concrètement, dans la vie de tous les jours ? Et comme je n’ai pas énormément d’exemples à ma disposition, je vais prendre le seul cobaye volontaire que j’aie sous la main, c’est-à-dire moi. Rien de très croustillant en vue : je n’ai pas spécialement l’intention d’étaler les détails de ma vie dans ce billet (je vois d’ici la déception tordre de coupables lèvres…). Mais je vais tout de même parler un peu de moi en tant que bi, en essayant de m’élever à l’universel – manœuvre tout sauf évidente – et de me concentrer sur tout ce qui rejoint des ressentis courants et des problèmes généraux rencontrés par les bi, pour autant que je sois au courant.

C’est un article de fond sur une question complexe, donc ça va être un peu long ; pour éviter que ce ne soit vraiment trop long, j’ai divisé l’article en deux parties. Dans cette première partie, je vais parler de ce que signifie « se dire bi », et de mon vécu quotidien en tant que bi. Dans la seconde partie, j’aborderai les craintes, les problèmes et les perspectives de vie au long terme des bi.

Bi : l’être ou le devenir ?

J’avais déjà un peu parlé l’an dernier de ce que la notion d’orientation sexuelle a d’excessif et de potentiellement dangereux : poussée à son comble, elle conduit à réduire les gens à une supposée « nature » homo ou hétéro qu’ils auraient toujours eue et qui permettrait de comprendre en un clin d’oeil le fonctionnement intime de leurs neurones et du reste. Vous ne serez par surpris si je montre la même méfiance envers cet essentialisme des orientations sexuelles : elles ne doivent rester pour moi qu’un classement, pratique mais limité et qui ne doit pas nous empêcher de penser dans la nuance. Le simple fait qu’il soit si terrible pour certains d’admettre l’existence même d’une troisième « case » possible entre l’homosexualité et l’hétérosexualité montre le mal que peuvent causer les classements quand on les prend pour des réalités naturelles intemporelles.

Rien de surprenant, donc, si je vous dis que j’ai la même méfiance envers cette « troisième case » qu’est la bisexualité. Est-on bisexuel ou le devient-on ? Je n’ai pas de réponse tranchée sur le sujet. En réalité, tout dépend de ce qu’on comprend par « être » ou « devenir ». Sans entrer ici dans une argumentation philosophique détaillée (ce serait un peu long), disons simplement que je suis toujours agacé par les gens persuadés que l’orientation sexuelle est quelque chose de gravé dans le marbre, qu’on ne ferait que découvrir et qui ne bougerait pas du tout au cours de la vie. Cela m’agace d’abord parce que je suis persuadé que, tout comme un humain évolue énormément dans sa gestion de ses instincts, de ses pulsions ou de ses peurs, dans sa perception du temps qui passe, dans son maniement des concepts abstraits, etc. etc., de même il est plus que probable que sa conception des plaisirs, ses désirs et ses goûts sont susceptibles d’évoluer au cours de la vie. Je ne dis pas que l’orientation sexuelle est quelque chose de purement acquis, je n’ai absolument pas les moyens de le savoir ; mais je suis sûr qu’on se tromperait en y voyant quelque chose d’inné, d’entièrement déterminé dès le départ.

Thorgal dans La Forteresse invisible

Le destin de Thorgal, lui, est gravé dans le marbre, mais tout le monde n'est pas Thorgal...

La seconde raison pour laquelle ce genre d’affirmations péremptoires m’agace, c’est qu’avec des raisonnements pareils, on en vient un peu vite à mettre du refoulement partout, donc à se prétendre capable de décider de l’orientation sexuelle des gens à leur place. Je conçois avant tout l’orientation sexuelle comme la rencontre entre des désirs plus ou moins conscients et la façon – consciente et raisonnée, elle – dont quelqu’un choisit d’y réagir, dans son for intérieur et dans sa vie sociale. Pour moi, l’orientation sexuelle est une façon de se construire une identité personnelle, et pas seulement une sorte de verdict inévitable venu tout droit des sombres eaux du Ça freudien (imaginer ici le Ça freudien sous la forme d’une abomination indicible à la façon du Ça de Stephen King). Un homosexuel qui refoule complètement ses désirs, couche avec des femmes, se croit hétéro, se veut hétéro et se pense hétéro, est peut-être homosexuel pour un regard extérieur, mais il ne l’est pas pour lui-même, et c’est quelque chose qu’il faut prendre en compte, parce qu’il y a tout de même une différence abyssale entre un tel homme et un homme homosexuel qui se vit et se dit tel. Vivre en homosexuel refoulé, c’est pénible, cela relève du masochisme, mais c’est possible, et si quelqu’un veut le faire, c’est son droit (même si je pense bien sûr qu’il serait plus heureux en s’y prenant autrement).

Et en dehors même de la question du refoulement (qu’on sert peut-être un peu trop à toutes les sauces), on peut tout simplement ne pas s’être posé la question, ne pas avoir eu d’occasion, ne pas être tombé sur une personne aimable ou désirable au point de vous faire comprendre qu’il y a un truc. Et puis il y a le moment où l’on se rend compte de quelque chose (« tiens, j’aime les gens du même sexe que moi », ou « tiens, mais on dirait que je peux aimer les deux ! »). Et il vient ensuite (plus ou moins rapidement, et parfois pas du tout) le moment où l’on se dit homo ou bi, où l’on revendique telle ou telle étiquette, où l’on va se ranger dans telle ou telle catégorie, parce qu’on en a besoin pour savoir où l’on est et pour dire aux autres où l’on est.

Bref, voilà pourquoi je dis d’habitude que je suis devenu bi et non pas que je l’ai toujours été. Certes, en y réfléchissant, un certain nombre d’éléments remontant avant avant mes premières questions là-dessus montrent que j’ai probablement été ému par des gens des deux sexes quelques années plus tôt. Mais jusqu’au moment où je me suis accolé le mot « bisexuel », je ne concevais pas d’être autre chose qu’hétérosexuel. Je n’avais entendu parler que de deux possibilités, homo ou hétéro ; j’étais attiré par les filles, donc j’étais hétéro. Dans mes fantasmes, il m’arrivait d’imaginer des choses avec d’autres garçons que moi, mais je ne faisais pas la connexion avec le reste de ma vie (1). Ce n’est qu’à un moment où je suis tombé amoureux d’un gay que quelque chose a sérieusement coincé. Surtout lorsque je me suis rendu compte, très vite, que ça ne m’empêchait pas le moins du monde d’aimer et de désirer toujours quelqu’un de l’autre sexe. Il a bien fallu se documenter ! Je me documentai donc, et trouvai sur Internet (merci Internet), je ne sais plus trop comment, quelque chose sur la bisexualité. Ça me ressemblait, mieux en tout cas qu’homo ou hétéro. J’ai décidé d’utiliser cette étiquette-là et de voir à la longue si elle me conviendrait ou non. Quelques années plus tard, après l’avoir testée et interrogée pas mal de fois, elle me convient toujours très bien.

J’ai sans doute désiré des gens des deux sexes avant de me rendre compte que je le faisais, mais, dans l’histoire de ma vie, il y a une période où je suis devenu bisexuel, celle où j’ai pris à bras le corps la question de ces désirs et de ces sentiments qui n’avaient pas de nom, et où je leur ai appliqué le concept de bisexualité, qui m’a beaucoup aidé à y voir plus clair. Réciproquement, le fait de me penser bisexuel, de « m’autoriser officiellement » (en quelque sorte) à explorer les deux, m’a conduit à remodeler mes goûts et mes désirs plus librement, grâce à ce cadre plus ouvert. En tombant amoureux de cet ami, j’ai eu l’impression qu’un troisième œil s’était ouvert sur mon front, ou alors que je me découvrais un deuxième cœur : c’étaient des émotions et des désirs que je connaissais pour les avoir éprouvés envers des filles, mais dont je n’avais jamais imaginé pouvoir les éprouver pour quelqu’un de mon sexe.

Du coup, par la suite, je me suis autorisé, dans la rue, à regarder les gens en me disant : « Bon, mais si je ne me limite pas aux filles, qui est-ce qui est beau ? » Et ça a été la découverte de l’Amérique. J’ai rarement été aussi troublé et exalté qu’à ce moment-là. Peu importe à la limite que j’aie pu avoir je ne sais quel instinct ou non avant ça : je ne m’en étais pas rendu compte avant. On aurait beau jeu de venir, de l’extérieur, me dire « Mais en fait, tu l’étais ». C’est comme si je vous expliquais que vous avez un troisième bras dans le dos, alors que vous n’arrivez ni à le voir, ni à le sentir, ni à vous en servir. Ce qui compte, c’est le moment où on prend conscience de cela, où on se l’approprie dans la construction de son identité. Enfin, c’est mon avis là-dessus : à chacun de se faire le sien 🙂

Voilà pour l’histoire des origines du machin. Mais alors, être bi dans la vie de tous les jours, à quoi cela ressemble-t-il ?

La romance ordinaire

Eh bien… Je suppose que c’est à ce moment que j’essaie de vous décrire « le ressenti d’un bi ». J’insiste particulièrement ici sur le « UN », car, même si je pense que beaucoup de bi, tous sexes et genres confondus, ressentent probablement quelque chose d’approchant, mes conversations avec d’autres bi m’ont déjà montré qu’il y a tout un éventail de nuances dans les ressentis intimes, et je ne prétends certainement pas être plus représentatif de l’ensemble qu’un ou une autre.

Ce qui fait que je me sens bi dans la vie de tous les jours, c’est – pour reprendre le « test de la rue » – le fait que dans la rue, dans les transports en commun, dans mes contacts avec les autres humains en général, je croise tous les jours des gens des deux sexes qui me paraissent beaux. Pas au sens purement plastique du terme, mais « beaux-attirants ». Comment est-ce que je fais la différence ? C’est difficile à expliquer, mais je le sais – ou plutôt ça me saute aux yeux. Je peux être secrètement ravi du beau visage d’une jeune fille dans le bus, et être tout aussi ravi (tout aussi secrètement) du beau visage d’un jeune homme à l’arrêt d’après. Je peux croiser un couple d’amoureux de sexes différents et trouver la fille plus belle que le garçon, ou le garçon plus beau que la fille, ou les trouver vraiment très mignons tous les deux, au sens fort de l’expression. C’est la romance ordinaire, les beautés fugaces qui ne mènent à rien, mais qui me rappellent que je suis bi (même les jours de déprime où je trouve tout ça trop compliqué et où je regrette ma sacro-sainte normalité perdue – ne me blâmez pas, je suis sûr que ça vous est arrivé aussi !).

Certains bi présentent leur double attirance comme un désir unique, qui serait aveugle aux différences entre les sexes : « j’aime une personne, pas un sexe ». D’autres se disent sensibles aux différences qui existent entre la beauté masculine et la beauté féminine. Personnellement… je ne sais pas trop. Ça dépend. Ce qui m’a frappé dans les premiers temps, quand j’ai commencé à regarder tout le monde et non plus seulement les femmes, ça a été de me rendre compte à quel point il existe des composantes de beauté communes aux deux sexes, qu’on peut adorer et désirer de la même façon : la beauté du regard d’un homme n’est pas si différente de celle des yeux d’une femme, et idem pour la finesse des traits, le volume des joues, l’abondance de la chevelure… À côté de ça, il y a bien sûr des choses nettement distinctes : les poitrines masculines et les poitrines féminines sont évidemment très différentes, et chacune a son charme, de même que la barbe ajoute au visage d’un homme quelque chose de particulier et rend possible une mise en valeur (ou une non mise en valeur) différente de son visage. Bref, il y a des traits de beauté similaires et d’autres plus différenciés (2).

Je parle du regard, parce que c’est ce qui va le plus vite, mais la même chose vaut dans mes relations humaines au quotidien, sur le plan sentimental. J’ai certes une sociabilité plus tournée vers les femmes, et j’ai tendance à être plus exigeant avec les hommes, mais je risque autant de tomber amoureux d’un ami que d’une amie… la principale limite venant du fait que la majorité de mes fréquentations sont tacitement hétéros, ce qui rend souvent vain ou compliqué de m’intéresser à quelqu’un de mon sexe hors milieu LGBT (même si la vie peut réserver des surprises).

David Tennant dans Doctor Who

Doctor Who a deux cœurs et il le vit très bien. Mais c'est un Seigneur du Temps, et ça demande un peu d'entraînement...

En dehors des gens que je vois dans la vraie vie, je retrouve cette façon d’être dans mes lectures, dans les films, séries, etc. Il m’arrive de trouver un charme fou à un acteur ou à une actrice ou aux deux dans un même film ou épisode de série (merci Les Chansons d’amour, merci à n’importe quel film avec Johnny Depp de façon générale, merci Doctor Who pour David Tennant et Billie Piper, et merci aux Tudors où absolument tout le monde est ridiculement sexy… entre beaucoup d’autres). Il m’arrive de craquer complètement pour des personnages de fiction de tous les sexes (oui, il est possible d’avoir le béguin pour Nausicaä dans l’anime éponyme *et* pour Hauru dans Le Château ambulant… et côté lecture, il y a bien entendu le Fou de L’Assassin royal, dont je suis très loin d’avoir été le seul fan, toutes orientations sexuelles confondues).

Préférences et fluctuations

Maintenant que le plus simple et le plus général est dit, affinons un peu…

Désirs et sentiments Une personne bisexuelle est, de façon générale, « intéressée » par les deux sexes. Mais les formes que prend cet intérêt varient selon les gens. Typiquement, certaines personnes bisexuelles peuvent ressentir une attirance sexuelle et sentimentale pour l’un des deux sexes, mais seulement sexuelle (ou principalement sexuelle) pour l’autre, tandis que d’autres bi peuvent ressentir une attirance à la fois sexuelle et sentimentale pour les deux sexes. Ce joli classement bien tranché supposant bien sûr que chacun puisse tracer une limite claire entre le pur désir et les sentiments, ce qui n’est pas si évident dans la vraie vie… De mon côté, j’ai l’impression que je suis plus facilement séduit par les femmes sur le plan sentimental, même si j’ai déjà été plusieurs fois amoureux d’un homme. Effet de ma sensibilité ou de mes goûts ? Influence de mon « passé hétéro » ? Bien malin qui saurait le dire, mais on ne m’ôtera pas de l’idée que la société est une « école de l’amour » encore trop hétérocentrée, qui ne parvient jamais à réfréner les désirs sexuels, mais tend à influencer la « fabrique des sentiments ». Je rêve à ce qu’auraient été mes débuts sentimentaux si j’avais lu et regardé autant d’histoires d’amour entre héros du même sexe qu’entre des couples de sexe différent…

Les fluctuations au sein de la double attirance. Il y a des périodes où je ressens davantage d’attirance pour un sexe et d’autres où j’en ressens davantage pour l’autre, et cela alors même que je reste constamment attiré par les deux. Des fluctuations de ce genre peuvent se faire sentir toutes les quelques semaines, ou tous les quelques mois (le tout à la louche, j’avoue ne pas avoir cherché à mesurer ça précisément !). À quoi cela est-il dû, pulsions, hormones, besoins affectifs, goûts, je n’en ai pas la moindre idée ; mais ça existe, et pour en avoir parlé avec d’autres bi j’en ai trouvé plusieurs pour se retrouver dans cette description, donc je suppose que je ne suis pas seul à ressentir ce genre de chose. Qu’on ne se méprenne pas : je ne sais pas du tout si toutes les personnes bisexuelles ressentent ce genre de variations. Mais c’est assez intéressant à constater. C’est peut-être compliqué à imaginer quand on ne le ressent pas, mais c’est tout simple. Notez aussi que ces fluctuations n’ont rien de systématique, ni rien de cyclique : il m’arrive de ne pas me sentir de penchant particulier pendant de longues périodes, et de me sentir simplement attiré par les deux, dans une sorte de mélange équilibré des désirs.

Voilà pour les désirs et les sentiments. Dans la seconde partie, je passerai à la façon dont un bi mène sa barque dans la vie : vous verrez que les problèmes sont un peu différents de ceux que rencontreraient des personnes hétéro ou homo.

À suivre, donc !

EDIT : La deuxième partie de cette réflexion est à présent en ligne ici.

Notes :

(1) D’ailleurs, on peut tout aussi bien avoir du mal, au début d’une vie sexuelle de garçon, à faire le lien entre ce qu’on peut faire tout seul au lit et la façon dont on va pouvoir faire le même genre de chose avec une fille, dans le cadre d’une relation avec un autre humain, chose toujours beaucoup plus compliquée…

(2) Ajoutons que bien souvent, si on commence à chercher chez une femme des traits de beauté spécifiquement masculins… on en trouve, de même qu’on trouve tout aussi souvent chez beaucoup d’hommes des traits de beauté habituellement pensés comme féminins. Est-ce la preuve que tout le monde est androgyne ? Pas vraiment… C’est surtout, à mon avis, la preuve que notre regard est influencé par des conventions de genre : on n’est pas assez habitué à regarder la douceur ou la délicatesse sur les visages des hommes et les formes carrées sur les visages des femmes…

Coulisses | 16.12.2011 - 21 h 40 | 4 COMMENTAIRES
Décollage

Étiquettes : ,

Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Silvius, et ceci est le Biplan, un blog où je vais tâcher de publier (régulièrement, si possible) des actualités en rapport avec la bisexualité, des billets sur la culture bi, ainsi que des réflexions personnelles sur la bisexualité (et probablement quelques domaines voisins).

Photographie en noir et blanc d'un homme qui s'envole accroché à un planeur biplan.

Planeur biplan dans les années 1920, Philadelphie, États-Unis.

Pourquoi la bisexualité ? Parce que je suis un bi, un jeune homme bi pour être un peu plus précis, et qu’il m’a semblé qu’il n’y avait pas assez de blogs spécifiquement consacrés aux bi sur Yagg. Je connais l’excellent blog de Prose, et il y en a certainement d’autres, mais je pense qu’à l’heure actuelle les bi en tout genre ne sont pas assez vus, et il est temps qu’on les voie – et qu’on les écoute. Or donc, les bi existent, la preuve, en voici encore un (de là à dire qu’ils « poussent de partout, comme des pâquerettes »…). L’avantage de ce blog, c’est que, moi qui me contentais jusqu’à présent de relayer à la rédaction de Yagg des actus bi qui n’étaient pas publiées, je vais pouvoir les relayer ici, moi-même, ce qui ne m’empêchera pas non plus de râler contre la place largement insuffisante consacrée aux bi dans les médias LGBT généralistes que sont Yagg et Tetu.com (je ne connais pas assez les autres pour en parler). La part d’actualité bi que contiendra ce blog viendra combler une absence coupable, mais qui doit cesser. (Rassurez-vous : je critique déjà, mais Yagg a aussi des qualités à mes yeux… sinon, je n’y ouvrirais pas un blog !)

Un deuxième élément m’a incité à lancer ce blog : pouvoir parler au titre d’homme bi, par distinction avec les femmes bi. Non que j’attache une importance démesurée à mon genre (je me soucie beaucoup plus d’être humain que d’être un homme), mais il faut croire que cette sorte de chose compte aussi pour se situer, se construire une identité. L’association Bi’cause a été créée par un groupe de femmes (même si j’y ai aussi croisé des hommes et des transgenres). Sur le forum du site Bisexualite.info, il y a beaucoup de femmes (même s’il y a aussi des hommes). A un moment donné, j’ai ressenti – de façon purement subjective, donc, car je n’ai aucune donnée rigoureuse pour étayer cette impression – un manque d’une parole d’hommes bi. Ou alors, c’est peut-être tout simplement un besoin de réfléchir un peu sur ce que c’est qu’être un homme bi de nos jours, par rapport à la vision de la masculinité que renvoient la culture dominante hétérosexuelle d’un côté et la culture gay de l’autre. Dans la mesure où je ne me reconnais complètement dans aucune des deux, il ne sera pas mauvais de se demander un peu ensemble ce que c’est qu’UN bi.

La troisième chose qui m’a incité à lancer ce blog, c’est l’envie de partager ce que je connais de la culture bi, et de contribuer à en construire une. Elle existe déjà (le titre du documentaire d’Arte La bisexualité, tout un art ? est très parlant là-dessus, même si les bi sont loin d’être tous artistes, bien sûr) mais elle peine encore à prendre conscience d’elle-même comme telle et à être employée par les bi comme moyen de se construire une identité et de s’y retrouver dans la vie. Il y a plusieurs raisons à cela, dont la moindre n’est pas (encore une fois) l’occultation aussi tenace qu’agaçante de la part de la bisexualité dans la culture, tant par l’hétérocentrisme que par la culture gay et lesbienne (eh oui, hélas). Verlaine ? Bisexuel, et pas seulement par vitrine comme on pourrait le croire (ses poèmes pornographiques, qui ne recherchent pas exactement le consensus au sens décent du terme, ont beau s’intituler Hombres, ils contiennent pas mal de mujeres aussi). Les personnages principaux des Chansons d’amour de Christophe Honoré ? Bisexuels, mais le mot a rarement été prononcé. Jack Harkness, de Doctor Who et Torchwood ? Pansexuel (il vous aime même alien) mais j’en ai lu parler comme d’un personnage gay, par confusion facile avec l’acteur qui l’incarne, John Barrowman. En dehors de ces références communes, sur lesquels un regard bi supplémentaire ne peut pas faire de mal, je vais parler aussi tout simplement de livres, de films, de sites web, etc. proprement bi, pour autant que je les connaisse assez pour ça.

Le tout nécessairement dans le désordre et posté dans le temps que me laissera le reste de ma vie, c’est-à-dire dans une sacrée pagaille. D’où le nom de « biplan » donné à l’appareil : pas seulement un plan bi (qui soit autre chose qu’un plan B, pour une fois) mais plus techniquement un appareil encore neuf, bricolé, pas encore très sûr, quasiment occupé à s’inventer en même temps qu’il vole, avec tous les cahots, les trous d’air et les frayeurs que ça peut occasionner. Lunettes steampunk recommandées.

Et enfin « biplan », aussi, parce qu’en devenant bi (ou en me découvrant bi, comme vous voudrez) j’ai eu l’impression de déployer une deuxième paire d’ailes que je ne me connaissais pas, et de m’envoler d’un coup. Effrayant, exaltant, intimidant… il se trouve que le militantisme bi en France n’est pas beaucoup plus vieux, à son échelle, que moi à la mienne. En tout cas, le vol ne fait que commencer. Donc, bi’envenue, comme ils diraient à Bi’cause !