6223 juin | 2012 | Le Biplan

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Le Biplan
Bisexualité : actualité, culture et réflexions diverses
Annonces d'événements | 27.06.2012 - 23 h 17 | 0 COMMENTAIRES
Bi’cause le 30 juin : Marche des fiertés de Paris et appel à volontaires

Étiquettes : , , , , ,

Drapeau de la fierté bisexuelle. Source : Wikimedia Commons.

(Source de l’image : Wikimedia Commons.)

La Marche des fiertés de Paris aura lieu ce samedi 30 juin : le départ aura lieu à 14h, place du Montparnasse. Voyez son parcours et le programme des animations prévues. Le cortège de Bi’cause sera en sixième position dans l’ordre de marche.

Je relaie ici l’appel de Bi’cause à des volontaires, bi ou « bi-philes », pour donner des coups de main au cortège de Bi’cause lors de la Marche des fiertés parisienne de samedi :

Nous avons besoin de beaucoup d’aides : pas pour conduire la camionnette, ça roule… mais pour tout le reste : porter la banderole, tenir le cordon de sécurité devant la camionnette, distribuer les flyers, assurer la buvette (que du soft !), mais aussi parader, et relayer les un-e-s et les autres pour que chacun-e puisse aussi vaquer et prendre du bon temps.

Enfin prévoir d’aider à la réalisation du pique-nique du soir.

Les lève-tôt pourront aussi nous donner un coup de main pour la déco de la camionnette dès 11h30, repas « sur le pouce » fourni… Nous nous retrouverons d’ailleurs à un endroit prévis, devant le 58 boulevard du Montparnasse.

Nous serons, normalement, le 7e cortège après le carré de tête, et défilerons donc sans doute dans le premier quart de la Marche, ce qui nous ferait arriver vers les 16h30 à Bastille.

Si un créneau vous est possible, faites-le-nous savoir par courriel : association_bicauseAROBASEyahoo.fr, merci.

En espérant vous voir en nombre.
À bientôt,

L’équipe de Bi’Cause.

On me dira : Mais que n’y vas-tu point ? Si fait, j’y serai ! Mais il faut être plusieurs pour faire un cortège, et même en étant très schizophrène je peux difficilement être plus de trois à la fois. Et même si vous n’avez pas envie d’aider, rappelez-vous que ce qui fait la force d’un cortège, c’est d’abord le nombre de gens derrière les banderolles ! Alors, que vous soyez bi ou simples bi-philes, venez marcher avec nous pour soutenir le cortège des bi samedi !

EDIT : Et donc j’y suis allé : voilà quelques impressions.

Militantisme | Réflexions de fond | 23.06.2012 - 23 h 35 | 13 COMMENTAIRES
« Dessine-moi un bi » : mettre la bisexualité en images

Étiquettes : , , , , , , , ,

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser aux différentes manières dont on peut représenter la bisexualité en images, en voyant de quels symboles disposent les bi pour se faire reconnaître, quels problèmes cela pose d’essayer de visualiser la bisexualité, et de quelles façons on peut surmonter ces problèmes. Bref, c’est une petite réflexion sur les images, qui débouche sur un atelier dessin.

Un symbole bi international

En lisant l’excellent livre de Catherine Deschamps Le miroir bisexuel, je suis tombé, p. 187-189, sur un passage où elle aborde les problèmes des symboles communautaires qui manquent aux bi, ou du moins qui leur manquaient à l’époque de la publication du livre (en 2002, donc il y a dix ans). En voici quelques extraits :

Dans une culture occidentale où la place laissée à l’image gagne du terrain [NdS : je n’en suis pas convaincu mais on va dire que oui], on comprend que le recours au visuel comme raccourci du politique prenne une grande importance dans les « communications » et théâtralisations communautaires. Un collectif sans visuel est tronqué d’une partie de son efficience : ses chances de retenir l’attention des médias se trouvent considérablement limitées, et, de là, ses possibilités de communiquer des messages vers l’extérieur diminuent.

Je saute un passage. Catherine Deschamps parle ensuite de l’exemple des drag queens, qui retiennent toujours l’attention des médias au moment de la Gay Pride, phénomène à double tranchant puisqu’il confère plus de visibilité à la communauté mais peut alimenter les clichés à son sujet. Elle poursuit ensuite :

Or la bisexualité, de même qu’elle ne dispose pas de recours définitionnels verbaux succincts, ne connaît pas non plus d’images symboliques fortes faisant culturellement consensus. A cet endroit, le cas de Bi’cause n’est pas isolé : dans les autres pays occidentaux où le militantisme bisexuel est un tant soit peu structuré, je ne connais pas de figure symbolique systématique. La multiplication des types de logos et des visuels d’approche est un autre signe encore de cette dispersion problématique : alors que les homosexuels et les lesbiennes disposent à un niveau international du triangle rose ou du rainbow flag pour indiquer leurs lieux de convivialité ou de politique, les bisexuels identitaires ne se sont pas encore déterminés sur un symbole commun ayant une portée internationale.

Ce passage appelle à mon avis plusieurs nuances. D’abord sur le drapeau arc-en-ciel, qui, pour autant que j’aie pu m’en rendre compte, est surtout employé comme un symbole global de la communauté LGBTIQQA+++, c’est-à-dire de l’ensemble des minorités d’identité et d’orientation sexuelle (bi, trans, intersexués, queer, en questionnement, asexuels, etc.) et pas seulement des homosexuels. Ensuite sur l’existence d’un symbole international commun des communautés bisexuelles. S’il y a un symbole bisexuel que vous connaissez, que vous avez pu voir sur des articles en rapport avec la bisexualité ou même à une Marche des fiertés, c’est le drapeau de la fierté bisexuelle, qui ressemble à ceci :

Ce drapeau a été créé en 1998 par Michel Page (voyez l’article de Wikipédia sur le sujet). À l’époque de la parution du livre de Deschamps, il semble qu’il n’ait pas été plus répandu que d’autres symboles parmi les bi. Mais je l’ai croisé très vite quand je me suis intéressé à la bisexualité, et j’ai bien l’impression qu’il s’est imposé, ou est en voie de s’imposer, comme ce symbole international qui manquait encore aux bi. Ce qui est plutôt une bonne chose.

Le couple bi introuvable ?

Lisons encore un peu Catherine Deschamps, parce qu’elle parle d’un autre problème plus compliqué à résoudre dans ce domaine :

Mais le recours au manque d’expérience [des militants bi, dont le mouvement est plus récent que les mouvements gay et lesbien] ne peut suffire à comprendre la difficulté à rendre perceptible et médiatique la bisexualité. Une toute autre raison s’oppose à une meilleure visibilisation des bisexuels, à rapprocher des modalités mêmes de la sexualité et de l’affectivité bisexuelles. Alors que pour signifier l’homosexualité, une photo qui montre deux femmes ou deux hommes enlacés fait très bien l’affaire, et alors que pour signifier l’hétérosexualité, une image où une femme et un homme s’embrassent convient, rien ne permet de montrer la bisexualité en un seul visuel sans provoquer un appauvrissement caricatural du contenu. Que l’on montre un homme et deux femmes, et le cliché d’une sexualité entre femmes censée répondre uniquement à un fantasme masculin et dépossédé d’une valeur intrinsèque a matière à se développer ; que l’on photographie une femme et deux hommes dans des postures équivoques, et on pourra dire que la femme est seulement l’alibi social d’un des deux hommes ou des deux. Dans tous les cas, la position égalitaire paraît un leurre : le trio semble toujours provoquer le jugement négatif d’un de ses participants au moins, et signifier au delà de la volonté initiale. À l’inverse, selon le choix des poses, deux personnes de même sexe ensemble ou un homme et une femme peuvent ne rien « donner à voir » de plus qu’un couple homosexuel ou un couple hétérosexuel, et placer à chaque fois les deux membres du duo sur un pied d’égalité apparent.

En d’autres termes, il semble impossible de représenter la bisexualité en se contentant de montrer des gens appariés d’une manière qui rendrait visible au premier coup d’œil la bisexualité des personnes représentées. Si on montre deux personnes du même sexe, les spectateurs croiront avoir affaire à un couple de personnes homosexuelles. Si on montre deux personnes de sexe différent, ils croiront avoir affaire à des hétérosexuels. Et si on montre trois personnes, on fera penser aussitôt à la pratique du triolisme, voire aux clichés associés à l’univers du porno et à la logique du placard dont parle Deschamps.

Inutile de vous arracher les cheveux en désespérant de voir un jour un couple bi « correctement représenté » : ce problème, autant le dire tout de suite, est un faux problème. Ou plutôt, c’est un problème beaucoup plus large. Reprenons la question : quand on voit des gens en couple, peut-on immédiatement en conclure quelque chose sur leur orientation sexuelle ? Réponse : non ! On peut seulement en déduire, au mieux, quelque chose sur leurs désirs et leurs sentiments du moment. Si deux personnes sont enlacées ou s’embrassent fougueusement (voire plus), on peut en conclure sans risque qu’elles se sentent très attirées l’une par l’autre. Si elles se tiennent la main ou la taille, on peut supposer qu’elles sont en couple, donc qu’elles ont probablement des sentiments l’une pour l’autre (quoique ce ne soit déjà plus si évident). Mais on ne peut pas du tout en conclure quoi que ce soit sur leur orientation sexuelle ou sentimentale.

Vous allez me dire : mettons, mais on le fait tout le temps. Bien sûr ! mais pas seulement pour les bisexuels. C’est une tendance générale à généraliser sur la sexualité et/ou la vie sentimentale d’une personne à partir de sa pratique du moment. Autrement dit, c’est une tendance à l’essentialisme en matière de sexualité et de sentiments, au détriment des pratiques et de l’évolution personnelle. C’est même littéralement le mal du siècle, et on y a déjà eu affaire sur ce blog. Généralement, il prend la forme d’un hétérocentrisme qui rend les gays invisibles : tout le monde est supposé hétéro par défaut. Pire : dès qu’on voit un homme et une femme ensemble, on a tendance à en faire un couple. Les hétéros eux-mêmes en sont souvent gênés. Qui ne s’est pas retrouvé à devoir préciser : « Mais non, c’est mon frère/ma sœur », voire (encore plus sympathique) « ma mère/mon père/mon fils/etc. » à un interlocuteur mal avisé ? Au sein de la communauté LGBT, on constate la tendance inverse qui est un certain homocentrisme : quand on arrive dans un bar ou au local d’une association, on est supposé par défaut gay ou lesbienne, pas bi.

Bref, il y a un problème, mais il n’est pas dans les couples bi : il est dans les têtes des spectateurs. Quand on voit deux hommes ensemble, on ne devrait pas en conclure qu’il s’agit de deux homosexuels, et, techniquement, un logo ou une photo montrant deux hommes ensemble ne dit rien sur leur sexualité, en dehors du fait qu’à l’instant T représenté par l’image, chacun des deux n’a rien contre quelques galipettes avec un autre homme. Il peut certes s’agir de deux homosexuels, mais aussi d’un gay et d’un bi, ou de deux bi, ou de deux hétérosexuels occupés à découvrir quelque chose… et je n’aborde même pas la question des multiples manières dont ils peuvent chacun concevoir leur sexualité, ou même leur identité de genre : les possibilités sont innombrables, le monde est compliqué (c’est-à-dire foisonnant et passionnant). Donc, au lieu de se lamenter sur le fait qu’avec les clichés existants on n’arrive pas à représenter un couple de bi, mieux vaut cerner le vrai problème dont la question des images de couples bi n’est qu’un symptôme parmi d’autres : un problème de représentations contre lequel il faut lutter. Un couple d’hommes n’est pas forcément un couple de gays. Un couple de femmes n’est pas forcément un couple de lesbiennes. Un couple du même sexe n’est pas forcément un couple homosexuel (c’est l’une des raisons pour lesquelles l’expression « mariage gay » est fausse et nuisible aux LGBT, et devrait être abandonnée au, surtout par les médias qui se prétendent LGBT).

Autrement dit, arrêtons de généraliser sur la sexualité des gens à partir de la situation où nous les voyons à un instant T.

Tout cela déplace le problème, mais ne le résout pas, me direz-vous : en attendant, les gens ont quand même ça dans la tête, et ça ne va pas être simple de le leur ôter. Eh bien, justement ! S’il y a de la communication à faire, c’est d’abord là-dessus. Et pour le coup, c’est un thème commun sur lequel les bi et les homos peuvent se retrouver. Ce serait l’occasion de lutter contre ce mythe nocif qu’est le « gaydar », encore trop toléré au sein de la communauté LGBT elle-même. Non, il n’y a pas de « physique gay » (pas plus qu’il n’y a un « nez juif », une « apparence musulmane » ou une « bosse des maths »). Ce qu’il y a, ce sont des codes sociaux, et bien sûr dans ce cadre il y a des codes vestimentaires, des coupes de cheveux etc. qui sont typiques de la communauté gay ; mais il n’y a aucun moyen infaillible d’identifier un gay. Là encore, les hétéros aussi en souffrent : toute personne peut être agressée par des homophobes au motif qu’elle est coupable d’avoir l’air homosexuelle, même si elle ne l’est pas. Bref, il faudrait plus d’images cherchant à démonter ce genre de clichés : les bi en bénéficieraient… et tous les autres aussi.

On pourrait par exemple penser à quelque chose du genre ça :

avec écrit autour « Ce ne sont pas (forcément) deux homosexuels. Ce sont deux personnes qui s’embrassent. Si vous voulez connaître leur identité sexuelle, posez-leur plutôt la question… ou alors laissez-les vivre sans les ranger trop vite dans des cases. » Notez que, comme ces silhouettes sont assez asexuées, on pourrait faire une autre version avec le même message mais « hétérosexuels » à la place de « homosexuels ». Bon, il faudrait travailler là-dessus et surtout mieux dessiner les bonshommes, mais ce serait faisable (ça a peut-être même déjà été fait quelque part, d’ailleurs).

Pour en revenir maintenant à la façon dont on peut représenter un ou des bisexuels en couple, il n’y a donc pas d’autre moyen que de recourir à un langage explicitement symbolique :

– soit en photographiant des gens arborant des symboles bi (un T-shirt avec le drapeau bi, par exemple) pour symboliser leur identité sexuelle-sentimentale. C’est un symbole, car un hétéro ou un homo peuvent très bien avoir envie d’arborer des symboles bi par soutien (par exemple à leur petit-e ami-e bi).

– soit en utilisant directement des symboles ou des couleurs bi non anthropomorphes (on va voir comment).

Bref, l’orientation sexuelle-sentimentale d’une personne ne peut pas être écrite sur son corps, pas dans le monde réel en tout cas. Il n’y a pas de physique homo ou bi, il n’y a pas d’essence homo ou bi, il y a seulement d’un côté des pratiques (impossibles à figer sur une image prise à un instant T, puisqu’elles sont indissociables de la chronologie de la vie d’une personne, de son évolution) et de l’autre des revendications identitaires (qui, elles peuvent être représentées sur des images). Donc on ne peut pas représenter uniquement des corps, il faut leur ajouter des symboles qui montrent les identités que ces personnes revendiquent. Ça n’est quand même pas si compliqué !

Et là, vous les voyez, les bi ? (National Equality March, Washington, États-Unis, 2009. Source : Wikimedia Commons.)

Bricolons des symboles

Et donc, en dehors des photos et autres images de couples, comment représenter visuellement la bisexualité en symboles ? Il y a plusieurs moyens qu’on peut utiliser seuls ou (plus souvent) combiner pour fabriquer une imagerie symbolique bi.

Il y a d’abord les couleurs.

– Celles du drapeau bi, d’abord : rose, violet et bleu. On peut les employer sur pas mal d’autres supports : badges, pin’s, médaillons, T-shirts, habillages graphiques pour des brochures, des sites web, etc. Voyez par exemple le logo du American Institute of Bisexuality sur son site, ou celui du magazine britannique Bi Community News.

– Plus généralement et plus simplement, la couleur violette (qui figure au centre du drapeau bi) tend à être pas mal utilisée par les sites bi, en complément aux trois couleurs du drapeau. Le site de Bi’cause, dans son habillage actuel, a un fond mauve-violet. Le site de France Bisexualité Info emploie une police violette sur un fond rose pâle. Le site Bisexualite.info emploie un fond violet sombre.

– Et si on n’aime pas le violet ? Non, non, ne râlez pas contre les gens qui n’aiment pas le violet, tout le monde doit pouvoir être représenté après tout… Eh bien, en dehors des couleurs particulières choisies par Michael Page pour le drapeau, il y a une logique chromatique globale qui lui a permis d’élaborer ce symbole. Le drapeau bi insiste sur le fait que la bisexualité est un mélange et un intermédiaire entre les deux monosexualités (attirances pour un seul sexe) que sont l’hétérosexualité et l’homosexualité. Parmi les trois bandes horizontales, celle du haut, la rose, représente l’homosexualité, tandis que celle du bas, la bleue, figure l’hétérosexualité. La bande mauve, située au milieu, au point de rencontre des deux, est la bisexualité, représentée par le violet, qui est un « mélange » de rose (de rouge, en fait) et de bleu. Même s’il est plus visible et plus simple de reprendre les couleurs les plus utilisées par les communautés bi, rien n’empêche d’en utiliser d’autres pour faire la même démonstration symbolique : le jaune et le bleu donnant du vert, par exemple.

Exemple d’une autre représentation chromatique de la bisexualité : le vert, point de rencontre entre le jaune et le bleu. Avantage : ça épargne le cliché sur les homosexuels roses. Inconvénient : c’est moins immédiatement reconnaissable que les couleurs les plus utilisées de fait.

Ensuite, il y a les formes, qui permettent d’exprimer d’autres caractéristiques de la bisexualité. Outre son caractère d’hybride et d’intermédiaire entre homo- et hétérosexualité, la bisexualité se distingue de ces deux autres sexualités par le fait qu’elle est une attirance double, pour les deux sexes (elle s’oppose en cela aux monosexualités). Ce caractère double peut donner lieu à toutes sortes de symboles et de représentations. Je ne me suis pas privé de le faire sur ce blog, rien que par son nom : le biplan, qui désigne un type d’avion possédant deux paires d’ailes (tout simplement parce que quand je me suis découvert une attirance pour le même sexe après m’être longtemps identifié comme hétéro, j’ai eu l’impression de sentir s’ouvrir une deuxième paire d’ailes, dont j’ai besoin pour voler depuis autant que de la première). Même chose pour l’image de la chouette guitare double de Jimmy Page que j’avais utilisée sur ce billet il y a quelque temps. C’est le moyen de montrer concrètement l’attirance double que l’on ressent et le fait qu’on en a besoin pour exister, qu’on s’en sert pour se définir et se construire une identité.

Naturellement on peut combiner plusieurs éléments, par exemple en dessinant un biplan aux couleurs du drapeau bi :

Voilà, il est chouette, non ?

Enfin, parmi les formes possibles, il y a les symboles conventionnels de genres. Voyez une page qui les regroupe sur la Wikipédia anglophone (avec les codes Unicode pour les taper à l’ordinateur). Vous savez, ce genre de choses :

♂ ♀ ⚥ ⚧

De gauche à droite : mâle, femelle, transgenre, un autre symbole pouvant désigner les intersexués ou les transgenres, et enfin un symbole combinant les trois.

Ces symboles peuvent permettre de représenter visuellement la bisexualité, mais ils nous font souvent retomber dans la même ambiguïté que pour les représentations de couples et de trios, avec un risque supplémentaire de confusion en ce qui concerne les symboles fusionnant plusieurs genres. Ainsi, j’ai parfois vu ce symbole :

employé pour symboliser la bisexualité. Le problème, c’est que de telles fusions entre plusieurs symboles de genres peuvent être utilisées soit pour représenter une identité transgenre ou intersexuée (dont une identité de genre trans), soit pour signifier un désir pour plusieurs genres (une orientation sexuelle non monosexuelle, donc bisexuelle ou pansexuelle). Du coup, le sens de ce symbole varie, ce qui ne le rend pas fiable : je ne conseille donc pas de l’utiliser tout seul.

Pour résoudre le problème, il suffit de n’employer ces symboles que combinés avec des couleurs et/ou des formes qui rendent le sens général plus clair. Voici un exemple avec un dessin représentant le désir d’un homme bi :

Ça ne résout pas toute ambiguïté, mais ça peut être une idée.

Et enfin un autre essai avec un symbole fusionnant tous les symboles de genre et employant les couleurs du drapeau bi, parce que j’ai toujours été favorable à une définition large de la bisexualité proche de la pansexualité :

Voilà, je m’arrête là pour cet « atelier dessin ». Ce n’est qu’un aperçu des problèmes de l’imagerie militante bi et des moyens qu’on peut mettre en œuvre pour l’alimenter et l’enrichir, mais si cela vous donne des idées et nous permet de résoudre les problèmes dont parlait Catherie Deschamps en 2002, c’est que ce billet aura rempli son rôle !

Annonces d'événements | 10.06.2012 - 13 h 02 | 0 COMMENTAIRES
Bi’cause le 11 juin : discussion sur les discriminations au travail, avec Homosfère

Étiquettes : , , , , , ,

Comme d’habitude, je relaie ici (très en retard, désolé ! J’étais persuadé que ce n’était pas si tôt) l’annonce de la prochaine réunion de l’association parisienne Bi’cause. Si vous voulez me transmettre une annonce d’événement en rapport avec la bisexualité, vous pouvez me contacter par MP sur Yagg ou laisser un commentaire à un article du blog.

BI’CAUSERIE
« DROITS ET DISCRIMINATIONS DES LGBT DANS LE MONDE DU TRAVAIL »
AVEC L’ASSOCIATION HOMOSFÈRE

11 JUIN 2012 – 20 H – CENTRE LGBT

la défense de l’égalité des droits pour les personnes lgbt au sein de l’entreprise
la lutte contre les lgbt-phobies au travail
Ces thèmes vous intéressent, vous parlent ? Qu’en est-il de la situation des LGBT, qu’en est-il de la situation des bi(e)s dans ce domaine aujourd’hui ?
Pour en discuter, nous avons souhaité inviter Sylvie Fondacci, présidente de l’association HomoSFèRe, l’association LGBT du groupe SFR et membre du collectif Homoboulot.

Pour aller plus loin, venez nombreux nourrir ces échanges sur un sujet encore trop peu approfondi et qui nous touche au quotidien.
Pour en savoir plus avant la Bi’causerie:
http://www.homosfere.org
http://www.homoboulot.org

Extrait de la déclaration de fondation de l’association HomoSFèRe par Sylvie Fondacci :
« L’idée de créer une association des personnels LGBT de SFR m’est venue il y a déjà quelques années. (…) en 2009, je me suis sentie prête pour cette aventure, prête à soutenir et à défendre une cause trop souvent mise au placard en entreprise, à encourager ceux qui hésitent encore à exister librement au sein de leur entreprise (…), c’est lutter contre toutes les discriminations, c’est oeuvrer pour la diversité qui est une richesse pour tous. »

Extrait de la présentation des objectifs du Collectif Homoboulot :
– Lutter contre les LGBTphobies, violences, harcèlements ou discriminations basés sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre et l’homophobie intériorisée (honte de soi, autocensure) ;
– Obtenir l’égalité des droits totale (dans les conventions collectives, statuts, règlements, et droit du travail) indispensable pour atteindre l’égalité réelle

Entrée libre
Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris
Après 20 h, sonnez.
Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet – Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Actualités | Militantisme | 05.06.2012 - 23 h 16 | 5 COMMENTAIRES
Rapport sur l’homophobie 2012 : complément

Étiquettes : , , , , , , , , ,

Dans un billet du 17 mai, à l’occasion de la publication du Rapport sur l’homophobie 2012 de SOS Homophobie, j’avais passé à la loupe l’ensemble des Rapports sur l’homophobie pour voir ce qu’ils disaient sur les bisexuel-le-s et la biphobie. J’en concluais que l’intégration des bi en tant que groupe à part entière dans ces rapports restait trop aléatoire, que les bi n’avaient pas encore la visibilité à laquelle ils ont droit et dont ils ont besoin, et que la biphobie n’était pas encore prise en compte en tant que forme de discrimination spécifique, malgré la volonté manifeste d’inclure les bi et la biphobie dans les formules globales regroupant les minorités qui se cachent dans l’acronyme « LGBT ».

Ce billet semble avoir été très lu : merci beaucoup à toutes les personnes qui l’ont lu et ont pris le temps de le commenter ! La discussion qui en est sortie était au moins aussi intéressante que le billet lui-même. Sans vraiment ajouter moi-même grand-chose à mon propos de départ, je voudrais simplement clarifier ma démarche pour éviter tout malentendu, et ensuite poster ici certains commentaires postés par des membres de SOS Homophobie et de Bi’cause afin de leur donner plus de visibilité, parce que je pense qu’ils peuvent intéresser du monde.

Le Biplan : il n’y a pas de troll dans l’avion

Mais si, Bombastus, ils ont écouté, ne prenez pas la mouche... (Case extraite de la BD "De Cape et de Crocs", t.4, scénario Ayroles, dessin Masbou. Lisez-la, elle est bien !)

Petit éclaircissement sur ma démarche, d’abord. Même si j’espère que le contenu du billet ne prêtait pas à confusion là-dessus, je tiens à redire que mon intention n’était pas de faire passer SOS Homophobie pour un infâme repaire de sales biphobes, ni de remettre en cause leurs compétences.

D’une part parce que ce n’était pas l’impression que j’avais sur le travail de cette association, que je suis depuis un bon moment par Internet et par rapports sur l’homophobie interposés, et qui abat une masse de travail impressionnante (d’ailleurs je le disais dans le billet).

D’autre part parce que je me suis rendu compte assez vite que l’auto-victimisation et le complexe obisidional galopant sont le Charybde et la Scylla entre lesquels toute personne qui entreprend de militer pour une cause très personnelle doit s’entraîner à naviguer afin de ne pas céder aux sirènes de la facilité et d’abandonner toute rigueur intellectuelle. J’étais d’autant plus prudent que je ne connaissais pas les conditions précises dans lesquelles sont rédigés les rapports, et que je me doutais que la partie « synthèse de témoignages » du travail devait influencer le résultat final (et, oui, je me doutais bien qu’il ne devait pas y avoir encore beaucoup de bi déclaré-e-s pour envoyer des témoignages). Tout cela me conduisait à prendre toutes sortes de précautions dans la présentation de mon analyse.

J’avoue avoir un peu hésité à publier le billet fini une fois que j’ai eu balayé tous les documents et tiré les conclusions qui allaient avec. Le rapport 2012 vient juste d’être publié, il a demandé un travail énorme à l’association et il rend, comme chaque année, un énorme service aux minorités LGBT. En mettant en évidence une lacune, j’aurais l’air de jeter un pavé dans la mare, voire de cracher dans la soupe. De plus, il y a peu de choses plus rageantes, quand on vient de terminer un gros travail, de voir débarquer un inconnu qui pointe le doigt vers un coin du bidule et s’exclame : « Hé ! Il manque ça ! Franchement vous faites pas d’efforts ! » Je comprends donc tout à fait que mon article ait pu être soupçonné de simple billet d’humeur déguisé en analyse. Il n’en était pas un, et j’espère que la lecture complète de l’article le montrait suffisamment. Mais au cas où, autant clarifier définitivement la façon dont je le concevais : il ne s’agissait pas de râler pour le plaisir de râler, mais d’apporter ma pierre en essayant, pour chaque manque que je repérais, de donner des pistes sur la façon dont on pourrait améliorer les choses.

Je le faisais avec d’autant plus de confiance que j’étais en contact depuis quelques mois avec l’équipe de l’association Bi’cause, qui m’avait parlé d’un projet de partenariat entre Bi’cause et SOS Homophobie pour la rédaction du prochain rapport (ce qui me fait applaudir des quatre mains et des trois oreilles, évidemment !). Si mon article peut apporter sa petite contribution à ce travail commun, je serai un bi heureux.

Une dernière chose : plusieurs membres de SOS Homophobie m’ont répondu à très juste titre : « Venez donc nous aider ! » En fait, c’est justement ce que j’essayais de faire (c’est aussi pour ça que je leur ai envoyé le lien vers l’article tout de suite : le but n’était pas de critiquer les gens dans leur dos). Mais pour ce qui est de mon activité personnelle, j’ai un mini coming out de militant à faire ici : au moment où j’ai publié le billet, je venais d’adhérer à Bi’cause. Même que ça n’était pas trop tôt. Donc, oui, pour ceux qui ne connaissaient pas encore ce blog : ce blog a un aspect militant, il se veut entre autres un outil de réflexion militante, pour faire avancer les droits des bi et leur visibilité générale et pour contribuer à l’émergence d’une communauté bi. Il se trouve que pour le moment, ma Vie Autre (cette hydre passionnante et chronophage en diable) fait que ce blog est à peu près la seule façon dont je puisse donner mon coup de main en tant que militant (débutant, en plus). C’est limité, et c’est autre chose qu’être présent « sur le terrain » (quoique Internet soit aussi un terrain), mais j’espère que ça aidera quand même un peu ! Peut-être pourrai-je m’investir davantage par la suite, mais, pour le moment, je préfère faire ce que je sais que je peux arriver à faire bien, plutôt que de me disperser trop ou de faire plein de promesses sans avoir la moindre idée de ma capacité à les tenir.

Donc, si vous vous intéressez à la cause bi, lisez le Biplan, commentez le Biplan, n’hésitez pas à m’envoyer des infos, des liens et des annonces d’événements en rapport avec la bisexualité et les enquêtes sur les LGBTphobies pour que je les diffuse, et je le ferai avec plaisir ! Et dites aussi merci à la rédaction de Yagg qui relaie régulièrement les billets de blogs de bi (au pluriel : il y a Prose qui était là bien avant moi) en page d’accueil et affiche une vraie volonté de donner plus de visibilité aux « minorités dans la minorité » comme les bi et les trans.

Quelques précisions par des membres de SOS Homophobie et de Bi’cause

Je voudrais aussi mettre ici quelques (pas tous – aïe aïe aïe j’espère qu’on ne va pas me taper sur les doigts : l’ensemble des commentaire sont là sous le premier billet, hein !) messages laissés en commentaires par des gens de ces deux associations. Il y a des précisions sur la façon dont les rapports sont réalisés et sur les travaux en cours, et aussi des appels à bonnes volontés… parce que oui, sous leurs airs très pro ce sont de petites structures, qui ont toujours besoin de gens et d’argent, et de coups de main… et de témoignages !

Premier commentaire de gejir :

Je comprends très bien ce sentiment de frustration de se sentir oublié, ignoré.

Cependant, il faut savoir que le rapport est écrit à partir de témoignages de victimes d’homophobie, biphobie et transphobie. Malheureusement (est-ce le bon terme), le nombre de personnes se désignant comme bi, ou se disant victime de biphobie est extrêmement faible. Il est donc difficile de pouvoir consacrer un chapitre dirons-nous sur l’aversion envers les bi.

Il faut savoir également que SOS homophobie a lancé un groupe de travail avec une autre assoce, il me semble, sur la bisexualité il y a quelque mois. Je t’engage donc peut-être à te rapprocher de l’association si tu souhaites t’impliquer dans la visibilité beaucoup plus accrue de la biphobie. Je pense que tu pourrais y apporter beaucoup de choses.

D’ailleurs, chaque année SOS homophobie cherche des rédacteurs pour son rapport, je pense que cela pourrait aussi t’intéresser de participer à l’association en tant que rédacteur, notamment sur cette question.

Love, Love, Love.

Comme gejir le suppose dans un de ses commentaires suivants, je pense qu’on peut essayer de s’adresser plus spécifiquement à la population bi. Mais c’est terriblement compliqué de bien le faire (les gens de Bi’cause en parlent dans les commentaires ci-dessous).

Commentaire de Fred, que je transmets parce que l’appel à témoignages qu’il m’adresse vaut aussi pour tout le monde (et notamment les bi qui lisent ce blog !) :

Je suis militant au sein de SOS depuis de nombreuses années (plus de 6 ans) et je trouve cette article intéressant, et relativement constructif. De même que les commentaires.

Je réagis à titre perso (et non associatif)

Comme l’a indiqué « Rédacteur », la meilleur façon de nous faire évoluer c’est d’intégrer l’association :-) L’association est vraiment très ouverte à la discussion, et pour l’avoir vécu, il est vraiment possible de faire évoluer les choses. En fait on attend même que ça !

Je précise que l’association est aujourd’hui quasiment uniquement bénévole. Nous sommes une moyenne structure, et nous avons besoin de bras et de talents.

J’ai bien conscience que tous le monde n’a pas le temps de devenir bénévole. Il existe beaucoup d’autres moyen de nous aider. Le premier étant de parler de nous et surtout d’inviter les bi (mais aussi tous les autres ;-) à témoigner.

Le formulaire de témoignage en ligne est ici : http://www.sos-homophobie.org/temoigner

Sylvius je t’invite vraiment à témoigner. A chaque fois que tu trouves un exemple, n’hésite pas à le signaler ! N’hésite pas non plus à relayer l’information. Notre formulaire de témoignage en ligne existe, la ligne aussi ( 0810 108 135 )

Si tu n’as pas le temps de nous rejoindre je n’aurais qu’un message : parle du formulaire de témoignage de SOS et utilise le ! En tant que blogueur tu as largement les moyens de relayer cette info ;-) Fais le pour nous, pour Bi’Cause : c’est le meilleur moyen de faire évoluer les choses.

Fred

Commentaires de nevermind, autre membre de SOS Homophobie, qui donne des précisions sur le fonctionnement de SOS Homophobie  :

Salut,

félicitations pour ton article qui est une critique très construite et constructive, perso en tant que militant de SOS homophobie (mais je n’appartiens pas à la commission Rapport annuel), j’essaie de faire attention à toujours parler de la biphobie dans les interventions en milieu scolaire, et j’insiste toujours, avec d’autres pour qu’elle soit nommée dans la com de l’association. Ensuite, je vais certainement répéter ce qu’ont déjà dit les autres, mais le travail d’une association repose toujours en fin de compte sur l’implication des gens ; et, même si tu as l’impression de ne pas avoir le temps ou de ne pas être qualifié, tes articles montrent de manière évidente tout l’intérêt de ce que tu pourrais apporter.

SOS homophobie compte à présent une fille au bureau chargée spécifiquement d’intégrer plus étroitement la biphobie, la transphobie et la lesbophobie au sein du travail et de la com de l’association ; par ailleurs je souhaite que le rapprochement entre Bi’cause et SOS se poursuive !

Le problème, c’est que j’ai l’impression que beaucoup de gens ont l’air de considérer que SOS homophobie est une énorme association, voire une sorte d’institution para-étatique, alors qu’en fait, nous sommes une petite structure, comme l’immense majorité des associations soit dit en passant…Une petite structure qui repose qui plus est quasi totalement sur le travail de bénévoles, c’est-à-dire de personnes non rémunérées et sans horaires fixes. Par ailleurs le rapport, on le répète souvent, est imparfait, puisqu’il repose avant tout sur des témoignages : or nous savons tous que peu de personnes, en définitive, témoignent…

Et une réaction détaillée de Nelly, présidente de Bi’cause, qui donne pas mal de précisions utiles sur son expérience de militante bisexuelle, sur Bi’cause et sur la façon dont on peut faire bouger les choses :

Hello tous

merci à Silvius pour ce gros travail d’analyse que je signalerai à la personne d’SOS Homophobie qui a décidé de s’emparer spécifiquement de la question bi…. car ça y est, depuis peu, il y a quelqu’un impliqué sur ce chantier, ce qui va changer les choses.

Il y a un constat surprenant. Au sein des associations LGBT qui se sont donné pour mission de défendre les droits des L et des G, et des B, et des T, on a pu se rendre compte avec étonnement qu’il y a des bi, mais… qu’ils ne s’occupent pas particulièrement de la question bi. C’était le cas à SOS par exemple, il y avait bien des bis mais aucun semble-t-il n’avait eu jusqu’ici l’envie ? le cran ? autre hypothèse explicative ? (mais peut importe, c’est ainsi) de consacrer sa connaissance intime ou sa fraternité de bi à une étude spécifique consacrée à la question bi et à la façon dont les bis sont traités.
Non, dans les assoces le plus souvent les bis s’oublient au bénéfice d’une cause générale, qui prend souvent l’intitulé d’ »homo quelque chose ».
Alors, aujourd’hui, à SOS c’est une femme, qui n’est « même » pas bi (et qui semble seule pour l’instant) qui a décidé de prendre en main la question bi. C’est quand même, je n’ose pas dire « un comble » mais, disons, surprenant. C’est aussi plutôt sympathique, néanmoins je trouve un peu logique à priori que des non bis ne s’investissent naturellement et spontanément dans la défense des bis, alors que les bis eux-mêmes ne le font pas…
Lorsque que nous avons souhaité ce rapprochement avec SOS homophobie lors de la Journée Internationale de la Bisexualité (JIB) 2011, nous avons aussi incité les bis militants à s’impliquer dans des associations comme SOS Homophobie pour y porter la défense des bi. Visiblement cela n’a pas eu d’écho.

Ensuite, d’après SOS homophobie lors de notre échange le 23 septembre à la JIB, les bis qui appellent n’osent pas forcément dire qu’ils sont bis (angoisse de biphobie y compris au sein de cet espace d’accueil ?). Alors certes, le protocole de questions n’est peut-être pas bien adapté aux bis (enfin, ça se module), mais il faut bien avouer que notre propre appel à témoignages pour établir une étude statistique sur les bis et la biphobie, ici à Bi’Cause, n’a pas eu non plus de retours…

Bref, sans vouloir non plus être accusatrice de quoi ou qui que ce soit, il serait souhaitable, si les bis veulent que les choses bougent pour les bis, hé bien que les bis osent ou fassent l’effort de s’impliquer davantage.
Il n’y a aucune raison que ça se fasse tout seul et il faut d’abord compter sur soi avant d’attendre quoi que ce soit des autres.

Notre expérience à Bi’Cause, c’est que si on ose agir dans le monde LGBT, et bien on parvient à faire évoluer les choses. Au conseil de mars 2012 de l’Inter-LGBT Ile de France, quand Bi’Cause a demandé à ce que la « biphobie » soit rajoutée dans le corpus revendicatif au chapitre intitulé « lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie », cette demande a été validée sans problème à l’unanimité.
Ni les autres associations, ni les structures de l’Inter, ne font obstruction à l’identité bisexuelle. Simplement, comme pour les lesbiennes à un certain moment, comme pour les trans, il faut que les bis fassent connaître qu’il existe une biphobie spécifique et un caractère spécifique de la bisexualité.

Et on ne peut pas non plus reprocher aux non bis d’avoir du mal à appréhender la bisexualité, alors que la définition de la bisexualité n’est pas toujours évidente pour les bis non plus. C’est la raison pour laquelle Bi’Cause a élaboré sur des témoignages recueillis sur plusieurs années le Manifeste français des bisexuel(e)s.
Mais on arrive à approfondir encore et tendre à encore plus d’exactitude dans la définition synthétique en s’inspirant des études anglosaxonnes. Et chaque bi a un peu son idée là-dessus. Certaines définitions (par exemple : « la bisexualité c’est l’attirance pour plus d’un genre ou plus d’un sexe », ce qui paraît assez ouvert et synthétique comme définition) font dire à certains interlocuteur « ah c’est la pansexualité alors ». Parfois franchement on a l’impression que les neurones vont faire des noeuds.

Mais j’ai une très bonne nouvelle : les choses changent et vont continuer à changer (dans le bon sens) si on le veut. Car même si des études récentes ont bien révélé que la réalité du « placard bi » sévit encore au sein des associations et musèle les bis qui ont intériorisé la culpabilité qu’on fait peser sur eux, il nous semble qu’un frisson de « révolte » commence à se sentir. Les bis des assoces généralistes LGBT commencent à prendre en compte davantage la défense des bis. C’est enthousiasmant et encourageant.
Et, pour ce qui est de la biphobie, quand je vous dis que ça bouge, un groupe s’est constitué non seulement avec SOS Homophobie mais aussi le MAG (et Bi’Cause, donc), et quelques personnes physiques. Deux réunions de travail ont déjà eu lieu. Notre ambition est d’aboutir à la fin de ce travail à un document du genre du rapport anglosaxon. C’est un gros chantier. Vous en aurez bientôt des nouvelles, puisque cela commencera par des questionnaires.

Par ailleurs, la représentante d’SOS homophobie nous a confié des feuilles de recueil de témoignages d’SOS que nous pouvons faire remplir aux bis qui auraient été victimes de manifestations biphobes. C’était trop tard pour la publication 2012 mais c’est ouvert pour 2013. Venez à l’occasion des réunions de Bi’Cause laisser votre témoignage. Nous transmettrons ces feuilles à SOS pour nourrir le prochain rapport.

Voilà : il reste beaucoup de murs à déplacer, mais nous nous rendons compte à Bi’Cause que si on s’y colle, avec constance et détermination, les murs bougent et même plus facilement qu’on ne l’aurait cru.
Ce qui est utile, ce n’est pas de regarder vers le passé et de regretter ce qui n’existe pas, ou de s’étendre en reproches, ce qui est utile c’est de regarder vers l’avenir, sur la base de ce qui manque, pour le faire exister. L’énergie est à concentrer vers l’avant, et la solidarité aussi.
Et dans cette démarche, plus on sera à s’impliquer dans l’associatif et l’interassociatif, plus loin et plus vite on ira. Donc, si vous le pouvez, rejoignez Bi’Cause (nous avons besoin de militants actifs pour pousser nos actions), rejoignez SOS-H, rejoignez l’assoce LGBT de votre choix sur une thématique qui vous parle pour y défendre la cause bisexuelle.

Bi’amicalement à tous, et de l’optimisme :-)
Nelly, présidente d Bi’Cause

Et une seconde mise au point, qui lance notamment un appel aux bi et aux « bi-alliés » prêts à s’investir (même un peu) :

@ Red : je pense qu’il y a quand même eu du progrès dans l’acceptation des bis au sein de la communauté LGBT mais avec des variables : Paris-Province / associations-individus par exemple. Il serait intéressant d’analyser ces variables pour affiner les constats.
Pour quelques remarques à la louche, il me semble qu’à Paris on constate un moindre rejet des bi dans les structures LGBT qu’en Province.
De même, les associations mixtes (LGBT) de plus en plus prennent en compte la dimension « bi » dans leurs missions, par contre au sein de leurs adhérents, on rencontre encore des manifestations biphobes. Ces manifestations biphobes enracinent le phénomène du « placard bi », les bi qui n’osent pas faire savoir qu’ils sont bis car ils ont peur de la stigmatisation et ont même parfois intériorisé, sous forme de culpabilité de groupe, les remarques biphobes.
Et comme les bis n’osent pas non plus toujours encore taper à la porte de ces associations, même si celles-ci se veulent bi-friendly dans leurs structures, du coup tout ce qui entoure la bisexualité : sa nature, ses spécificités, ses difficultés propres… sont mal connues (d’où des remarques telles que celles de Phoebius)

Mon sentiment de militante bi, c’est que la bisexualité, comme tout ce qui est étranger aux personnes qui appréhendent une réalité différente de la leur, provoque une certaine méfiance spontanée et n’éveille pas une fraternité naturelle chez les non bis. Cependant, il suffit de discuter, de partager des choses, des moments, des actions, des manifestations, des bières, d’être présents aux actions du monde LGBT, pour que cette défiance initiale disparaisse. Tout ça est finalement assez humain.
C’est ce que nous vivons à Bi’Cause au sein de l’Inter-LGBT, aux côtés des autres associations LGBT.
Je ne vais pas redire ce que j’ai déjà écrit dans mon précédent commentaire.
Les choses se passent bien et avancent petit à petit et petit à petit les autres apprennent à mieux nous connaître, à accepter certaines différences tout en trouvant la fraternité. Il faut « juste » (je sais, il y a une peur à dépasser) oser s’affirmer et puis montrer qui nous sommes vraiment (à savoir des personnes comme les autres, avec pas plus de défauts et pas plus de qualités, avec des modes de vie divers, au-delà de notre identité bi).

Fred a raison : il faut oser s’investir en tant que bi.
Pour deux raisons :
D’abord si les LGT côtoient les bis en les trouvant sympa sans savoir qu’ils sont bis, ça n’aide pas à contrebalancer les mauvais fantasmes et clichés sur les bis. Les gens continueront de trouver untel ou untel (bi du placard) sympa, fiable, engagé, etc, tout en restant persuadés que les bis sont je ne sais pas, traîtres, inconstants, pas fiables, etc..
Et ensuite pour faire connaître activement la réalité de la bisexualité et lutter contre les clichés de façon militante.

Et j’abonde dans le sens de ce que dit Fred : on ne peut pas déplorer une réalité si on ne fait rien pour la changer.
Il ne faut pas attendre que cela vienne des autres. La réalité associative c’est ça : une association n’est pas une entité, c’est un ensemble de personnes qui donnent du temps pour ce qu’ils croient juste et ce qui leur parle.
Si la défense de la bisexualité vous parle, venez apporter vos forces vives pour la défendre et construire des actions.

Pour ce qui est des fiches de témoignage d’SOS-Homophobie, comme je le disais, nous en avons aussi (Léa nous en a données). Reste plus que les personnes viennent y déposer leur témoignage.
Et encore merci à Silvius pour ses relais
@ Silvius : il faut que je t’envoie quelques documents qui vont t’intéresser et nourrir ta réflexion

bi’amicalement
Nelly Présidente de Bi’Cause

De fait, les gens de Bi’cause m’ont envoyé plein de documentation, ce qui m’a donné pas mal d’idées pour de futurs billets sur ce blog. À suivre, donc ! 🙂