6223 Le Biplan

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Le Biplan
Bisexualité : actualité, culture et réflexions diverses
Actualités | Annonces d'événements | 22.09.2016 - 20 h 14 | 1 COMMENTAIRES
Journée de la Bisexualité 2016 : le programme

Étiquettes :

Affiche de la Marche "La bisexualité existe, les personnes bies aussi !". Elle montre un point fermé attrapant un bandeau tricolore. La main et le bandeau sont aux couleurs de la bisexualité : rose, violet et bleu.

*han, pfou* En retaaard… pour cause de rentrée affairée. Mais mieux vaut tard que jamais, alors voici comme d’habitude tout ce que je peux relayer sur les événements prévus pour la Journée de la bisexualité cette année !

En France

Nice

Depuis le 18 septembre 2016 a lieu une exposition de peinture par l’artiste Chris Beraet au Centre LGBT Côte d’Azur de Nice, sur le thème du genre et des corps. L’exposition restera visible tout l’automne. Elle est organisée par le Centre et par Bi’Cause, qui, grande nouvelle, dispose depuis cet été d’une antenne locale à Nice !

Paris

Vendredi 23 septembre 2016 : table ronde organisée au Centre LGBT Paris-Île de France à partir de 20h par Bi’Cause et plusieurs autres associations : Act Up-Paris, le CAELIF, la FSGL, Contact, le MAG, le GLUP et le Centre LGBT . Chaque association présente fera une courte intervention sur le thème de la visibilité bi. S’ensuivra un pot convivial. MISE A JOUR : Il y avait du monde, les prises de parole ont été très riches et il y aura un compte-rendu sur le site de Bi’Cause dans les meilleurs délais. L’image ci-contre est un scannage des affichettes disponibles sur le stand Bi’Cause.

Samedi 24 septembre 2016 : 2e Marche de la bisexualité. Rendez-vous dès 13h au sud-est de la place sur le terre-plein du bd de la Villette. Départ à 14h tapantes. Parcours : Colonel Fabien – bd de la Villette – place Stalingrad – rue du fbg St Martin – Porte St Martin – rue St Martin – rue Réaumur – rue Beaubourg (passage devant le Centre LGBT) – rue Rambuteau – rue St Martin – arrivée place Edmond Michelet. Distribution de tracts aux gens prévue sur le trajet. Il y aura des prises de parole et des animations à l’arrivée.

Événements imminents ou proches : dimanche 24 septembre 2016 aura lieu la marche Existrans, à laquelle Bi’Cause participera.

Ailleurs dans le monde

Le site international anglophone Bi Visibility Day recense les événements prévus partout dans le monde. Ils sont plus nombreux chaque année, ce qui me fait très plaisir (mais il devient difficile de tout traduire ici).

Comme d’habitude, cette page sera mise à jour dès que possible et le mieux possible en fonction des infos que j’arrive à glaner et du temps disponible. N’hésitez pas à m’envoyer vos infos par commentaire sous cet article ou à silvius-biplan (arobase) hotmail.fr

Annonces d'événements | Militantisme | 06.09.2015 - 23 h 39 | 4 COMMENTAIRES
La Journée de la bisexualité 2015 : le programme

Étiquettes :

Comme chaque année, la journée internationale de la bisexualité (JIB pour les gens pressés) aura lieu ce 23 septembre. Cette année, le jour tombe un mercredi… et c’est déjà dans à peine deux semaines ! Il est grand temps pour moi de commencer à rassembler les événements prévus. Comme d’habitude, cette page sera mise à jour et augmentée au fur et à mesure que j’apprendrai l’existence de nouveaux événements. (MàJ le 22 à 22h30 : trajet de la Marche à Paris le 23 et ajout d’un plan + précisions sur les événements prévus à Bordeaux.)

En France

Bordeaux

Jeudi 24 septembre, à 19h20 (amphithéâtre Pitres, place de la Victoire) : l’association des psychologues étudiants de Bordeaux (APE) organise une projection du film « la bisexualité tout un art » suivit d’un débat en présence Frédéric Gérard (psychanalyste) et Félix Dusseau (étudiant en sociologie). En cas de besoin vous pouvez contacter l’association via son site Internet. Il y a aussi une page d’événement sur Facebook.

Samedi 26 septembre de 9h à 12h30 à l’université de Bordeaux, place de la Victoire, amphithéâtre Denucé : conférence organisée par le département de sociologie sur la bisexualité. Seront présent Catherine Deschamps, sociologue, auteure du Miroir bisexuel ; Arnaud Alessandrin, sociologue spécialiste du genre et des transidentités ; et Vincent Strobel, président de Bi’cause. Il y a une page d’événement sur Facebook.

Paris

L’événement prend chaque année plus d’ampleur, et c’est pourquoi vous pouvez commencer par consulter librement en ligne le numéro de septembre de Genre (lien vers le pdf), le mensuel du Centre LGBT-Paris-Île-de-France, qui consacre sa couverture à la JIB et détaille en page 9 plusieurs événements prévus à partir du 22 septembre. Voici donc le programme, complété avec mes autres sources :

Samedi 12 septembre au centre LGBT (heure non précisée) : pour les gens intéressés par le « cercle bi » du MAG, il y aura un atelier de préparation de la marche du 23 (banderole, pancartes, etc.). Pour vous inscrire, envoyez un mail à cercleb (arobase) mag-paris.fr (Pour des informations sur le « cercle bi » du MAG, cf. cet article sur le site du MAG.)

Mardi 22 septembre, à 9h, au Centre LGBT : conférence de presse, pour la sortie de L’enquête nationale sur la Bisexualité réalisée par Act Up-Paris, Bi’Cause, Le Mag Jeunes LGBT et SOS homophobie.

Mardi 22 septembre, à 19h45, au Centre LGBT : débat sur la visibilité et la place de bisexuel-le-s dans les luttes LGBT, suivi d’une lecture de poèmes en lien avec la bisexualité par Jann Halexander et de la projection d’un extrait du documentaire La Bisexualité, tout un art de Laure Michel. La soirée se terminera par un pot propice au prolongement plus informel des discussions. Léa du « cercle bi » du MAG Paris indique que des MAGeurs et des MAGeuses pourraient faire un mini-concert en début de soirée. Pour les gens qui sont sur Facelivre, il y a un événement Facebook pour la soirée ici.

Mercredi 23 septembre, à 18h30, au départ de la place de la Nation : marche « Ensemble, comprenons et défendons la bisexualité », co-organisée par l’association Bi’Cause, le Centre LGBT Paris Île-de-France, Contact, FièrEs, HomoSFèRe, l’Inter LGBT, le MAG jeunes LGBT, SOS homophobie (d’autres associations peuvent naturellement se joindre à celles déjà motivées !), avec le soutien d’Act up et de PsyGay. Attention : d’après mes sources, le rassemblement aura lieu à Nation (et non à Bastille comme indiqué dans Genre). Le trajet prévu sera : Nation, Philippe-Auguste, Montreuil, Boulets, Léon Frot, St Maur, Trois Bornes, et l’arrivée se fera à Place de la Fontaine Timbaud (juste avant qu’on arrive à l’avenue de la République). Il y a un événement sur Facebook ici. MàJ le 8 à 19h20 : contacté par courriel, le Glup (Groupe LGBT des universités de Paris), en pleine préparation de la rentrée, pense appeler ses membres à s’associer au rassemblement.

2015sept23 marche Bisexualité Paris

Carte du trajet de la marche de Paris pour la journée de la bisexualité mercredi 23 septembre 2015. Cliquez pour agrandir !

Jeudi 24 septembre, à 18h30 à la Maison des Associations du 10e arrondissement (206 quai de Valmy 75010 Paris) : atelier d’écriture avec Agnès Renaut, ancienne vice-présidente de Bi’Cause.

Samedi 26 septembre à 14h30 au Centre LGBT, en salle Bibliothèque : après-midi littéraire mixte autour de la bisexualité dans le cadre du Vendredi des Femmes, organisée par le centre avec la présence de plusieurs auteur-e-s.

Bannière de la marche pour la visibilité de la bisexualité à Paris le 23 septembre à Nation à 18h30Strasbourg

Mercredi 23 septembre à 18h, à La Station (Centre LBGTI-Alsace) : débat sur la bisexualité autour d’un coktail bi-goût et de cupcakes. Le Centre LGBTI-Alsace se trouve au 7 rue des écrivains, 67000 Strasbourg et son site Internet a une page sur l’événement ici. Pour les gens qui sont sur Facebook, il y a une page sur l’événement là.

Toulouse

À partir du 7 septembre : l’association Bi-Visible  indique que des permanences destinées aux bisexuel-le-s auront lieu tous les 15 jours le lundi de 18 à 20 h à la Maison de la Diversité et de La Laïcité (38 rue d’Aubuisson, Toulouse). (Ce projet ne se limite nullement à la période de la journée de la bisexualité, mais j’en profite pour relayer l’annonce ici.)

Mercredi 23 septembre, de 10h à 17h, esplanade François Mitterrand : l’association Bi-Visible tiendra un stand de sensibilisation sur la bisexualité avec information du public, distribution de tracts et vente d’objets. Pour plus d’informations sur l’association, voyez le site de Bi-Visible. Vous pouvez aussi les contacter par courrier électronique à infos (arobase) bi-visible.com

Ailleurs en France

Plus d’informations à venir rapidement, j’espère. Je vous invite à consulter le site de l’association Bi-Loulous pour l’Est.

Ailleurs dans le monde

Le site international anglophone BiVisibilityDay est en ligne comme chaque année et déjà rempli d’annonces d’événements.

Belgique

Mercredi 23 septembre, à 19h30 à Hasselt, au Regenbooghuis (Meldertstraat 38) : projection d’un documentaire sur la bisexualité organisée par le groupe bi Ertussenin et le groupe de travail sur la bisexualité de l’association nationale Cavaria. Il y a un événement sur Facebook là (en flamand).

Pays-Bas

Du vendredi 25 (à partir de 19h30) au dimanche 27 septembre (à 17h), à Rotterdam : BiCon Pays-Bas, convention sur la bisexualité. Le site de la convention est là (en néerlandais). Il y a aussi un événement sur Facebook.

Suisse

18 septembre à Genève, à 20h, au local du groupe bi de l’association 360 (36 rue de la Navigation) : réunion mensuelle du groupe bi de l’association 360. Voyez la page du groupe bi sur le site de l’association 360 et la page de l’événement avec les coordonnées mail et téléphone et le plan d’accès. Autre page intéressante sur le site : le compte rendu de ce qu’ils ont fait pour la JIB de 2014.

Sur Internet

Appel à créations du blog #Bi, Pan et Visibles : sur son blog, Cordélia vous invite, entre maintenant et le 23 septembre, à écrire des textes, témoignages, fictions, poèmes, ou bien à dessiner, à filmer ou même à composer des musiques, morceaux, chansons, etc. sur le thème de la bisexualité. Elle propose même aux gens motivés mais qui ne disposeraient pas d’un site web de lui envoyer leurs créations afin qu’elle les héberge sur le blog. Qu’attendez-vous donc pour prendre la plume, le crayon, la caméra, l’appareil photo ou votre instrument de musique préféré ?

Sur Wikipédia, plusieurs membres du projet LGBT profitent de l’approche de cette journée pour relire intégralement, corriger et améliorer l’article « Bisexualité » de la Wikipédia francophone. L’idéal ? Lui faire atteindre le label « Bon article ». Ce n’est pas gagné, car le travail est énorme (et hélas faisable surtout par des Wikipédien-ne-s déjà chevronné-e-s, notamment pour tout ce qui est mise en forme des références avec les bons modèles en syntaxe wiki, boulot invisible pour les internautes mais essentiel, entre autres pour l’accessibilité de la page). Mais l’article ne peut qu’en sortir meilleur.

Sur Twitter, l’événement anglophone #BiVisiblityDay est là et vous invite à utiliser ce mot-clé massivement entre maintenant et le 23 septembre, pour rendre le sujet plus visible sur le réseau social.

 Sur Tumblr, le BiVisibilityDay est aussi présent.

Actualités | Militantisme | 27.07.2015 - 21 h 22 | 0 COMMENTAIRES
Bi-Visible, une nouvelle association bi à Toulouse

Étiquettes : ,
Logo de l'association Bi-Visbible : deux coeurs, un rose à gauche et un bleu à droite, se superposent poru former la couleur violette, symbole de la bisexualité. Ils portent l'inscription "Bi-Visible" en blanc.

Logo de l’association Bi-Visible.

C’est avec plaisir qu’après une grosse période de boulot et de soucis de santé je reprends (enfin !) mon activité sur ce blog avec une très bonne nouvelle : la création d’une nouvelle association française consacrée à la bisexualité. Je relaie l’article que j’ai trouvé sur le site du groupement d’associations Arc-en-ciel Toulouse et qui a été publié par Michel Megnin le 7 juillet (l’association semble avoir été active depuis le mois de mai) :

AEC souhaite la bienvenue à « BI-VISIBLE »

 Publiée le 7 juillet 2015 | Par Michel Megnin

 

 BI-VISIBLE est une nouvelle association toulousaine dont le but est notamment l’émergence de la visibilité de la bisexualité au sein de la société.

 

BI-VISIBLE est désormais association membre d’AEC Toulouse.

Pour toutes les informations sur les futures permanences et activités de BI-VISIBLE :Courriel : infos@bi-visible.com

Téléphone : 07.82.75.53.24

Site Internet : http://www.bi-visible.com

BIENVENUE A BIVISIBLE !

Ajoutons que Bi-Visible dispose aussi d’une page Facebook :

https://www.facebook.com/bivisible

L’association est basée à la Maison des associations, 3 place Guy Hersant à Toulouse. On peut y adhérer à titre individuel pour 15 euros par an, et il est aussi possible d’y adhérer en tant qu’association pour 25 euros. Utile pour soutenir les finances de cette toute jeune structure !  Le bulletin d’adhésion est téléchargeable en pdf sur le site de l’association.

Le site de Bi-Visible est par ailleurs déjà bien rempli, avec des explications sur la bisexualité et son histoire, sur la biphobie, sur l’invisiBIlité et sur les autres orientations sexuelles. L’association reprend et approuve le Manifeste des bisexuelles et bisexuels élaboré par l’association Bi’cause (lien vers le Manifeste en pdf). Enfin, l’association recherche des témoignages de bi-e-s à publier sur son site : vous pouvez envoyer le vôtre via ce formulaire.

Il faut rappeler que les associations spécifiquement bi sont encore peu nombreuses en France, où l’association parisienne Bi’cause a longtemps été la seule à représenter les bi-e-s. Après la création de l’association Bi’Loulous en Alsace en 2013 et la création en février 2015 d’un « cercle bi » spécialement consacré à la bisexualité au sein du MAG Jeunes LGBT Paris, la création de cette nouvelle association répond visiblement à un besoin dans le Sud et est très encourageante. Pour autant, les associations bi sont encore de petites structures qui ont besoin de tous les soutiens possibles afin de pouvoir remplir leur rôle dans et hors de la communauté LGBT+++

Souhaitons que cette nouvelle association s’épanouisse durablement et facilite la vie à de nombreuses personnes qui vivent ou découvrent leur bi- ou pansexualité à Toulouse ou plus généralement en Midi-Pyrénées.

Actualités | 28.02.2015 - 08 h 00 | 0 COMMENTAIRES
Le MAG Jeunes LGBT de Paris ouvre le « Cercle B » adressé aux bi

Étiquettes : , , ,
Le local du MAG Jeunes LGBT Paris, près de Nation.

Le local du MAG Jeunes LGBT Paris, près de Nation.

Je relaie avec grand plaisir cette information diffusée par l’association MAG Jeunes LGBT de Paris :

Ouverture du Cercle B !

C’est officiel, le MAG Jeunes LGBT lance sa commission sur les bisexualités !

Que vous soyez bisexuel•le, pansexuel•le, bi-romantique, hétéro- ou homo-flexible, fluide (et tous les autres), si vous avez entre 15 et 26 ans, vous êtes chaleureusement invité•e•s à rejoindre le Cercle B ! Que vous ayez déjà fréquenté le MAG Jeunes LGBT ou que cette association vous soit totalement inconnue, vous êtes tous et toutes les bienvenues.

Le Cercle B sera chargée d’organiser des événements conviviaux et parfois militants à destination de toutes les personnes nommées précédemment, pour passer de bons moments, pour rire, pour discuter, pour s’informer tout en étant visibles au sein de la communauté LGBT.

Dans l’idéal, nous souhaitons pouvoir vous proposer un rendez-vous par mois. Les réunions conviviales de la cellule B se feront sous la forme d’apéros en semaine au local du MAG, pour faire connaissance, discuter, s’amuser et accueillir à bras ouverts les nouveaux et nouvelles venu•e•s. Nous comptons également vous proposer des sorties (par exemple au cinéma). Nous sommes bien évidemment ouverts à toutes les propositions d’activités !

Notez que notre premier rendez-vous aura lieu le mercredi 18 mars, de 19h à 22h après la permanence, au local du MAG (106 rue de Montreuil, Métro Nation ou Avron). N’hésitez pas à ramener boissons non alcoolisées et de quoi grignoter.

Notre but est avant tout de vous proposer un cadre rassurant et convivial, mais également de vous informer sur les bisexualités et les non-monosexualités en règle générale. Nous serons là pour vous aider à trouver des réponses à vos questions sur le sujet.

Si vous venez pour la toute première fois au local du MAG lors des événements du Cercle B et que vous ne connaissez pas l’association, pas d’inquiétude : un accueillant sera toujours présent pour vous expliquer le fonctionnement et les activités de l’association et vous présenter au reste du groupe.

Pour être tenu•e au courant de toutes les activités du Cercle B, demandez à être ajouté à la mailing-list en contactant directement un des responsables à cercleb[at]mag-paris[point]fr ou en demandant la liste papier à un accueillant au local.

Outre la liste d’information en question, les informations devraient être bientôt relayées sur le site du MAG Jeunes LGBT de Paris. Les événements du « Cercle B » seront aussi relayés sur la page Facebook de l’association.

Léa et Charly, responsables du Cercle B au MAG Jeunes LGBT Paris.

Léa et Charly, responsables du Cercle B au MAG Jeunes LGBT Paris.

Connaissant la quantité et la qualité du travail abattu par les gens du MAG Jeunes LGBT, que ce soit en matière d’écoute, d’accueil, de prévention des discriminations ou d’événements culturels, militants ou encore festifs, je ne peux que me réjouir de la création de cet espace de discussion et d’événements au sein de l’association, qui devrait aider encore mieux les jeunes bi à l’avenir ! Une suggestion pour la suite : prévoir aussi un « Cercle B » au sein du MAG de Strasbourg ?

Mise à jour à 17h55 : ajout de photos aimablement fournies par le MAG.

Actualités | 20.02.2015 - 16 h 19 | 6 COMMENTAIRES
Appel à témoignages : une étude sociologique sur la bisexualité

Étiquettes : , , ,

J’ai été contacté il y a quelques semaines par Félix Dusseau, de l’université de Bordeaux, qui réalise un mémoire de sociologie sur la bisexualité en France et recherche des personnes intéressées par une participation à cette étude. Vous pouvez y participer de deux façons : en remplissant un questionnaire en ligne (anonyme et pas bien long) ou, pour aller plus loin, en contactant F. Dusseau pour passer un entretien avec lui (de vive voix ou par Skype). Je lui laisse la parole avec une copie d’une partie du message qu’il m’a envoyé :

Actuellement en licence de sociologie, je réalise un mémoire sur la bisexualité. Cette étude, commencée il y a déjà plusieurs mois, a pour but de se transformer en mémoire de master puis, je l’espère en thèse. Aujourd’hui trop peu d’études (voir aucune en France) ne traite spécifiquement de cette pratique / identité. Or cette thématique soulève de nombreuses questions tant du point de vue des sciences humaines et sociales que du point de vue des individus eux-mêmes (je suis assez surpris des demandes qui me sont faites lors des entretiens avec de vraies questions sur la bisexualité émanant de personnes elles-mêmes bisexuelles).

(…) Mon étude est avant tout qualitative ; Je réalise des entretiens (en face à face ou par skype) afin de mieux saisir les tenants et aboutissant de la bisexualité. De plus j’ai réalisé un questionnaire sur la bisexualité afin d’avoir quelques données statistiques. C’est surtout avec celui-ci que votre aide serait plus que bienvenue : j’ai actuellement 447 réponses mais elles proviennent en majorité de femmes. Il me serait donc utile d’avoir des réponses d’hommes.

Le questionnaire est disponible à cette adresse :

https://docs.google.com/forms/d/1mROGE66-7vUVBi7sNUGBcOdRpBOeu1NeVH1IkMnZSe0/viewform

Bien entendu l’étude est totalement anonyme (tant pour les questionnaires que pour les entretiens) et chaque participante aux entretiens recevra la retranscription de ce dernier ainsi qu’un exemplaire pdf du mémoire.

Quelques précisions supplémentaires :

Je cherche aujourd’hui différents types de personnes :

– des personnes (hommes ou femmes) qui n’ont jamais eu d’expériences bisexuelles mais qui désirent en avoir ;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont ou ont eu des pratiques sexuelles bisexuelles soit uniques, soit occasionnelles soit régulières ;
– des personnes (hommes ou femmes) auparavant hétérosexuelles qui ont eu une expérience sexuelle bisexuelle et se sont mises en couple avec le/la partenaire en question;
– des personnes (hommes ou femmes) qui ont eu à la fois des expériences sexuelles et de couple avec les deux sexes, sans distinction.

Je n’ai pas eu de mal à trouver des femmes mais les hommes se font plus rares. Je recherche donc des personnes prêtes à participer à cette étude avec une mention spéciale pour :

– des femmes de plus de 30 ans (j’ai actuellement beaucoup de participantes âgées entre 18 et 25 ans mais je manque de personnes plus âgées) ;
– des hommes (peu importe l’âge) avec une légère préférence pour ceux se situant dans les catégories 1 à 3.

Les entretiens peuvent se faire en face à face pour ceux résidant en Gironde (voir à Paris quand j’y monte) ou via skype. Leur durée est variable (actuellement le plus court a duré 30 minutes et le plus long 5h, la moyenne se situant aux alentours d’1h30-2h) Bien entendu ces entretiens sont totalement anonymes et toute personne participante recevra une copie pdf des travaux publiés.

Le lien vers le questionnaire en ligne est ci-dessus. Si vous avez envie de participer à un entretien, vous pouvez contacter ce chercheur par courriel à felix.dusseau (arobase) gmail.com ou en prenant contact avec lui via les commentaires au présent billet de blog.

Je soutiens naturellement ce travail de recherche, d’autant que les études spécifiquement consacrées à la bisexualité en France sont encore rares, alors n’hésitez pas à participer !

Réflexions de fond | 16.12.2014 - 00 h 32 | 1 COMMENTAIRES
Les sentiments d’avant les mots

Étiquettes : , , , , , ,

(Ce soir, c’est un billet à la forme 200% expérimentale, à mi chemin entre la réflexion organisée, la réflexion pas organisée, l’essai avec quelques images poétiques, les divagations, etc. Il y a un raisonnement quand même, juste ça risque d’être moins évident dans ce billet que dans d’autres. Bonne lecture !)

 

Que sont les sentiments avant les mots, avant les déclarations, avant les paroles prononcées, écoutées, échangées, les paroles qui infléchissent le cours des choses ?

On dit : « Nous sommes définis par ce que nous faisons ». On dit : « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Mais même les paroles forment déjà un dépôt, un précipité, quelque chose de solide qui impose sa marque au réel. Bien des paroles, d’ailleurs, sont des actes, comme les linguistes s’en sont bien aperçus (le maire dit : « Je vous marie » et la vérité légale de cette situation sort et commence à exister au fil de ses syllabes).

Les paroles sont des formes. « Je t’aime » en est une. « Amour » est une forme, « amitié » une autre.

Et puis il y a ce monde de formes toutes faites, de formes déjà prêtes, ce monde de catégories et d’étiquettes que nous endossons à notre venue au monde. Nous sommes déjà situés, déjà nommés et qualifiés (et verbés et adverbés et préposés, ou prépositionnés, en tout cas situés quelque part, avant même d’atteindre l’âge d’avoir des pensées, l’âge d’avoir une volonté). Notre premier acte dans le monde est ce dépôt que nous recevons : nous héritons. Nous sommes situés, formés. Et nos idées, nos opinions, nos façons de juger, d’évaluer choses et gens et idées, nos sentiments eux-mêmes sont influencés par cette situation de départ. Nos premiers regards sur le monde chaussent les lunettes de la culture que nous recevons. Et nos façons d’aimer (et de ne pas aimer) elles-mêmes sont ainsi pré-formées.

Pourtant, bien sûr, le monde n’est pas une juxtaposition de gens déjà moulés. Nous ne sommes ni des clones ni des crânes bourrés ni des moutons. Nous héritons d’héritages multiples et entrecroisés, à charge à chacune et à chacun d’entre nous de retenir, de rejeter, de s’essayer à des mélanges, à des innovations, pour se construire une façon de vivre, pour refaire la vie (sa vie), et donc pour refaire le monde, chacun à son échelle, selon ses moyens.

Et bien sûr les formes, les catégories, les étiquettes, les concepts déjà existants, tout cela n’est ni à accepter sans réfléchir, ni à rejeter sans réfléchir. Ces héritages ne sont pas un monde déjà parfait qu’il faudrait reconduire sans changement de peur de le pervertir, et ces héritages ne sont pas non plus un asservissement. Ils ne sont ni bien ni mal intentionnés, du moins pas en eux-mêmes. C’est l’usage que nous en ferons qui compte.

D’habitude on se rend surtout compte de la façon dont ces héritages nous influencent dans nos actes. Des modes de vie, par exemple, qu’on dit souvent français, britanniques, américains, maliens, japonais, colombiens, italiens, mais qui sont aussi franco-italiens, franco-colombiens, franco-japonais, franco-anglais, franco-américano-italiens, selon les histoires personnelles et familiales, tout comme on peut se sentir parisiano-lyonnais ou toulouso-marseillais, ou bretono-catalan, ou slovéno-oxfordienne. Tant de rencontres et d’hybridations possibles, si trop peu évoquées ! Nos héritages, ce sont aussi les opinions politiques de nos familles, de nos amis et connaissances, des gens que nous fréquentons : parents de gauche, enfants de gauche, parents de droite, enfants de droite, dit-on souvent (même si ce n’est pas aussi rigide). Ce sont aussi notre culture générale, tout ce qui nous est apporté ou non par notre milieu socio-professionnel d’origine. Nos goûts en sont influencés eux aussi. L’ouverture ou fermeture de notre milieu habituel envers les LGBT influe aussi sur notre propre ouverture, notre propre épanouissement si nous sommes directement concernés.

Mais au delà de ces variables, la vision du monde majoritaire là où nous vivons influence nos pensées et nos sentiments, car elle influence notre façon de mettre en mots, de mettre en forme, de décrire, de nommer ce que nous ressentons.

Une jeune fille qui n’a jamais entendu parler d’homosexualité féminine pourra mettre des années avant d’avoir l’idée d’appliquer les mots d’attirance, de désir, de tendresse, d’amour à la fille qui l’attire, qu’elle désire, pour laquelle elle éprouve de la tendresse, de l’amour. Et personne d’autre qu’elle ne sera aussi bien placé pour donner leur forme à ces élans non nommés, à ces émotions encore sans mots.

Mais qu’il s’agisse ici d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité, je veux penser aujourd’hui à ces mots si évidents et si peu évidents que sont : « amitié » et « amour », « affection » et « tendresse » et « désir ».

On dit : il y a l’amitié, qui est de se sentir bien en compagnie de quelqu’un, qui veut dire rechercher quelqu’un, mais sans épouver d’attirance, sans désir. Coucher entre amis, ça ne se fait pas, ce n’est plus de l’amitié, cela devient autre chose.

On dit : il y a l’amour, qui est oh comment vous dire oh là là qu’est-ce que c’est beau l’amour. On dit : être amoureux ça se reconnaît facilement on a l’impression de devenir dingue pour quelqu’un. On dit que c’est intense, non, pas intense comme ça mais plus que ça, sinon, eh bien sinon c’est sans doute que ce n’est pas assez que ce n’est pas ça qu’on s’est trompé. Que ça doit être juste un sursaut ou juste du désir ou juste qu’on se sentait seul(e) à ce moment-là.

On dit : l’amour c’est pour une seule personne. On dit : du coup après il faut se mettre en couple.

On dit : quand vous aimez quelqu’un couchez avec cette personne-là, pas avec les autres.

On dit, ou plutôt on ne dit pas, mais on fait bien comprendre, que l’orgasme ça ne se partage pas avec n’importe qui que ce sont des choses sérieuses, qu’on ne se donne pas à n’importe qui (surtout si on est une femme) et que c’est mieux de ne pas essayer de prendre n’importe qui (surtout si on est un homme).

On dit : on ne peut pas désirer n’importe qui, c’est soit les hommes soit les femmes. On ne dit pas, mais on fait entendre, que désirer des humains de tout sexe ça fait trop vous comprenez c’est évident c’est mathématique ça veut dire que vous désirez tout le monde à la fois c’est si évident quand on peut sortir avec des hommes ou des femmes ça veut dire qu’on désire tout le monde à la fois et oh là là petits coquins ça fait un peu beaucoup tout ça à la fois vous ne trouvez pas faut se calmer faut choisir dites quand même.

Bien sûr, avec des formes et des cadres, c’est plus facile. On se repère mieux, plus vite. Surtout, on ne s’expose pas à se faire prendre pour n’importe quoi. Si vos paroles et vos actes s’écartent des cadres vous risquez d’avoir l’air de faire n’importe quoi. Mais il n’y a pas que le regard des autres, il y a aussi l’idée qu’on se fait du monde. Sans repères, on risque de se sentir perdu. Le pire labyrinthe est l’absence de tout repère dans l’espace, sans murs ni sol ni ciel, sans haut ni bas ni directions. Et puis si on se sent trop perdus on finit par se demander qui on joue dans l’histoire, si on est Thésée ou le Minotaure, si ça ne serait pas nous le monstre enfermé par précaution.

Le Minotaure le plus monstrueux est un passe-muraille, pas un qui suit les couloirs déjà érigés.

Une vie sans repères serait impossible, pas parce que nous sommes incapables de nous passer de repères, mais parce que tout le monde est situé. Un regard, ce sont des limites, c’est une attention portée quelque part, un champ de vision qui a choisi une direction, des sons qu’on écoute en étant trop loin pour en écouter d’autres. Toute personne vivante est située. Le point de vue objectif n’existe pas, pas de façon innée du moins.

Cela veut dire que l’objectivité, la neutralité, tout comme l’impartialité ou la justice, ne sont pas accessibles spontanément : ce sont des constructions complexes et ardues, que nous bâtissons à force d’expérience, de connaissances accumulées sur tout ce que nous ignorions au début, sur toutes les vies que nous ne vivons pas nous-mêmes mais qui existent en même temps que les nôtres, et sur tous les sentiments, toutes les idées, tous les avis et façons de faire qui découlent de ces vies vécues par d’autres que nous. Replié sur soi-même, on est incapable de connaître le monde dans son entier et donc de penser, de parler et d’agir à l’échelle du monde. C’est tout simplement ce qu’on appelle apprendre, dépasser les préjugés, les opinions préconçues, etc.

Mais cela vaut aussi dans notre façon de penser nos propres vies. La personne qui agit en artiste ou en philosophe, par exemple, est quelqu’un qui, par l’art ou par le raisonnement, tente de creuser la vie et le monde, de s’affranchir de ce qui a déjà été pensé, décrit ou exprimé. L’auteur, c’est étymologiquement celui qui trouve quelque chose à ajouter (qui n’avait pas encore été dit par les auteurs précédents). Les philosophes connus sont ceux qui ont apporté des contributions nouvelles à une réflexion collective mondiale (dont on essaie qu’elle cesse d’être monopolisée par les humains mâles).

Et donc, creuser sa propre vie, se poser des questions différentes sur cette vie unique qu’on est en train de vivre, est quelque chose que tout humain devrait avoir la possibilité de faire. Ce qui implique de lui donner les forces physiques, la santé, mais aussi l’éducation, mais aussi du temps, ce temps qu’on appelle trop vite « loisir » et qui est du temps de vie ni plus ni moins essentiel que le temps qu’on appelle de « travail ». Il faut réclamer, exiger toujours et réexiger la santé, les forces, l’éducation et le temps de s’arrêter pour creuser cette vie que nous sommes en train de vivre, ne serait-ce que parce que nous n’en vivrons qu’une.

Et parmi les multiples sujets de réflexion possibles, ces multiples réalités que nous avons appris à penser d’abord par le biais de ces héritages immenses, il y a ces réalités que sont les sentiments. On nous dit : « amitié », « amour », « couple », « fidélité », « exclusivité », « vie commune » et beaucoup d’autres choses.

Est-il possible d’oublier, ou du moins de mettre entre parenthèses quelques instants ces idées déjà faites, ces idées héritées, et de réfléchir à ce qu’on éprouve hors catégorie ? Est-ce seulement faisable ?

Bien sûr, il y a toutes les réflexions, d’ailleurs abondantes au sein des minorités LGBT+++, sur des sujets comme l’orientation sexuelle, hétéro, homo, bi, pan, queer, asexuel-le-s, autres, ou encore l’amour et le polyamour, le couple, l’exclusivité, la fidélité, etc.

Mais avant même cela, avant même les mots, peut-on saisir ce qu’est un sentiment ? Le peut-on seulement, sans mots ? Faut-il, sinon, se fier aux artistes, aux chanteurs, aux poètes, ou alors aux musiciens et aux peintres romantiques ou expressionnistes, pour essayer d’atteindre à la racine (s’il y en a une) le sentiment avant les mots, avant les idées, les catégories et les délimitations ?

Puis-je remonter, en creusant doucement, attentivement, patiemment, jusqu’à un élan commun à toutes les formes d’amitié, d’amour, d’attirance, de désir, un sentiment antérieur à ces divisions, comme la graine est antérieure à la plante ramifiée, ou bien comme le gisement de minerai est antérieur au métal fondu et forgé ?

Existe-t-il un pareil élan émotionnel ? N’est-ce qu’une chimère romantique, un héritage auquel j’aurais envie de croire, ou bien une utopie à la mode parmi certaines minorités queer ? Vraiment, je n’en sais rien.

Qu’est-ce que se sentir entraîné vers une autre personne ? Non, même pas vers une, mais vers les autres personnes ? Mais vers combien, d’ailleurs ? Quelques-unes ? Plusieurs dizaines ? Des centaines, des milliers, des millions, des milliards d’autres ? Faut-il d’ailleurs se limiter aux humains ? Si nous remontons à une forme d’amour ou d’affection très générale, ne peut-on pas se sentir entraîné vers toute forme de vie ? Faut-il même s’en tenir aux formes de vie ? Peut-on se sentir mû par un élan d’amour envers le monde entier ? On dira : c’est ce que disent certains croyants, les mystiques. Mais sans même recourir à l’idée d’un ou plusieurs dieux, cet élan ne peut-il pas exister ? On dira : c’est de l’exaltation, ou du bisounoursisme, ou pire : de la poésie.

Il est vrai qu’on dit : aimer, c’est choisir. L’amour est sélection car l’amour est regard, il n’existe que par ses limites, son cadrage : « oh oui oh oui oh oui LUI » (ou « ELLE », ou à la rigueur « EUX DEUX » ou « EUX TROIS », mais au-dessus de trois vous aurez du mal à trouver des gens pour vous prendre au sérieux).

On dit, ou plutôt on ne dit pas, que l’amour c’est un peu aussi une histoire d’offre et de demande.

On dira ben si vous dites que vous aimez tout le monde bah c’est qu’hein vous aimez personne ah fait.

Faut choisir.

Dans certains domaines ça se fait de ne pas choisir.

On dit : les droits humains sont pour tout le monde.

On ne le dit pas, mais les droits humains supposent une forme d’élan vers les autres humains. De l’amour oh ça non alors n’allons pas jusque là, mais en fait si un petit chouïa quand même. On va dire de la tolérance alors ça fera plus supportable, ça fera genre « on les supporte », ça évite de dire « on les aime un peu » (sinon ça ferait si mièvre, et d’ailleurs il y a encore des gens qui quand on leur parle des droits humains universels sourient et font ouh bouh bah le gentil naïf et puis aussi la paix dans le monde hein : ben oui, tiens, pourquoi pas, d’ailleurs si on se remontait les manches ? tout progrès humainement construit a commencé à l’état d’utopie tournée en dérision).

On dit, donc : les valeurs universelles, l’humanisme.

On dit aussi : on gagne à partager auprès de toute l’humanité certaines choses. Il faut nourrir tout le monde. La nourriture, l’eau, les ressources naturelles. Il faut prendre soin du monde, dit-on (souvent en pensant : pour que les autres humains puissent eux aussi en profiter).

On dit encore : tout humain a droit à l’éducation.

Larousse dit : je sème à tout vent.

Semer des orgasmes à tout vent, en revanche, est mal considéré.

Mais même sans pousser jusque là, aimer est supposé signifier choisir. Choisir et hiérarchiser. ELLE ou LUI va passer AVANT les autres. Car je l’aime, ou je les aime, PLUS que les autres.

Trop peu envisagée, en revanche, est une conception différente de l’élan qui nous entraîne vers les autres et dont je tâtonne pour essayer de l’exprimer : un bouillonnement, peut-être, ou même pas tant un bouillonnement qu’un mijotement inaperçu, un jeu de lueurs changeantes, aux couleurs toutes différentes, différentes d’une façon évidente et palpables, et plus ou moins proches ou incomparables, mais davantage « qualitativement » différentes que supérieures ou inférieures les unes aux autres. Un bouillonnement, un mijotement, un réseau de vagues de chaleur et de lumières et de couleurs qui existent avant les étiquettes d’amour, d’amitié ou de désir. Avant notre tendance à diviser les choses en considérant l’autre (les autres) comme objet affectif ou comme objet sexuel, et à trancher subtilement : non mais elle c’est juste que tu as envie de lui éjaculer dedans et elle c’est parce que c’est l’âmeuhdeutaviemec.

S’il y a donc des sentiments, un sentiment avant les mots, c’est peut-être cet élan insoutenablement non sélectif, ignorant des divisions et des limites, qui, quand je rencontre quelqu’un (d’inconnu ou de déjà connu depuis un peu ou beaucoup de temps, cela revient au même), m’entraîne vers cette personne, avant que mon cerveau, ma pensée, mes mots hérités du français et de quelques autres langues, mes idées et codes sociaux et moraux hérités de ma vie passée viennent dire : bon, là c’est que ça doit être juste de l’affection, là ça commence à ressembler furieusement à de la tendresse… et là, heu… chais pas trop…

Ça pourrait être une description de la bi/pansexualité, ou du moins d’une forme possible de bi/pansexualité parmi d’autres, le fait de donner une voix à cet élan souvent inaperçu, si vite enterré sous les mises en forme et les mises en moule, ce bouillonnement doux vers les autres, de quelque sexe ou genre qu’ils soient.

Réflexions de fond | 09.11.2014 - 00 h 49 | 6 COMMENTAIRES
Bisexualité et pansexualité, même combat ?

Étiquettes : , , ,

(Histoire de briser tout suspense inutile : en gros, je pense que oui, ou en tout cas qu’il faudrait que oui. Il n’y a plus qu’à détailler.)

Se nommer pour se situer

Il y a quelques années, quand j’ai découvert que je n’étais pas strictement hétérosexuel, mais capable d’être attiré non pas seulement par des femmes, mais aussi par des hommes, j’ai cherché à mettre un nom sur cette attirance.

C’est un besoin que beaucoup de gens ressentent dans une situation pareille, qu’ils soient des pré-adolescents ou des gens d’âge mûr mariés avec enfants et tout. C’est le trouble de Kinsey : on se rend compte qu’on n’est ni en haut ni au bas de l’échelle, mais quelque part entre les deux. Et, si vous me laissez filer la métaphore, je pourrai dire qu’à défaut de se sentir très à son aise sur un barreau d’échelle, on a envie de numéroter les barreaux et de donner un chiffre, voire un nom, au lieu où l’on se trouve. C’est un réconfort qu’on peut croire dérisoire, mais passer de « Au secours, je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne suis pas homo et pourtant je suis attiré par un mec, je suis quoi ? » à « Il y a une échelle pour mesurer ça et je suis à 1 ou 2 et non à 0 comme je le pensais », c’est déjà une étape essentielle. On n’est plus hors des cartes, on n’est plus dans l’inconnu total : on tâtonne, on jette autour de soi des balises lumineuses, on prend des repères, on guette, on mesure, on observe, on remesure, avec l’envie, le besoin irrépressible de se situer.

Et, donc, de se nommer. On pourrait s’interroger sur ce besoin de se nommer. Je ne suis pas certain que ce besoin ait quoi que ce soit de spontané (encore moins de naturel) ; je pense que c’est une injonction sociale très contemporaine qui influence beaucoup la façon dont on se pense soi-même, mais envers laquelle il n’est pas impossible de prendre une certaine distance. D’ailleurs, je croise régulièrement des gens qui ne cherchent pas à donner un nom à leur vie sexuelle/sentimentale, qui ne paraissent pas ressentir le besoin de se trouver une étiquette, une catégorie, une désignation. Est-ce de la force, de l’indifférence, une façon de penser différente de la mienne, un hasard pur et simple ? Je n’en ai aucune idée, mais cela me réconforte qu’il y ait des gens comme ça.

Toujours est-il que, de mon côté, j’ai tout de suite eu besoin de mettre un nom sur ce que j’étais. Puisque manifestement je n’étais pas hétéro, mais pas homo non plus, il fallait que je sois autre chose. J’ai cherché sur Internet, j’ai fini par tomber sur le site Bisexualite.info et son forum, je me suis présenté, j’ai discuté, j’ai cherché sur deux ou trois autres sites… et j’ai fini par me dire que je devais être bi. J’ai adopté l’étiquette à titre provisoire, en me disant que c’était rassurant d’avoir ça pour le moment, et qu’on verrait bien plus tard comment les choses évolueraient. Grosso modo six ans après, « bisexuel » me convient toujours.

Mais entre temps, l’eau a passé sous les ponts et j’ai lu pas mal de choses dans le domaine LGBTIQAetc. J’ai découvert plusieurs façons de se définir ou de ne pas se définir dans sa vie sexuelle et/ou sentimentale. Et j’ai découvert toutes sortes d’autres catégories, étiquettes, concepts, groupes, tendances, variantes, nuances… Énormément, même (d’aucuns diraient « Trop » : comme si le fait de se retrouver en dehors des catégories habituelles en la matière appelait une surcompensation, un foisonnement de classements et de conceptualisations… Un foisonnement à la fois exaltant et flippant, puisqu’il risque d’engendrer à son tour séparations, exclusions, discriminations, malentendus, pinaillages et luttes de pouvoir).

L’un des autres concepts que j’ai découverts de cette façon, après la bisexualité, a été la pansexualité.

Bisexualité et pansexualité

Le mot « pansexualité » est inconnu de mon Grand Robert de la langue française 2001 (qui vieillit, sans doute : les choses évoluent vite dans ce domaine, et d’ailleurs « Bisexualité » au sens qu’on lui donne dans le B de LGBT est encore noté comme un sens « rare » dans ce même dictionnaire). Le Wiktionnaire, dictionnaire libre géré par la fondation Wikimédia (la même qui administre Wikipédia), le définit ainsi : « Orientation sexuelle désignant l’attirance, l’affinité d’une personne pour les autres, indifféremment de leur genre, identité de genre ou sexe » et signale le synonyme « omnisexualité ».

La pansexualité est un concept encore plus discret que la bisexualité. Outre son absence des dictionnaires, je me suis rendu compte qu’il n’existait pas vraiment (pour autant que j’aie pu m’en rendre compte, veux-je dire) d’associations ou de mouvement pansexuel. Tout au plus un drapeau, encore tout récent puisqu’il remonte à 2010 (le drapeau bi, lui, a été créé en 1998, et le drapeau arc-en-ciel remonte à au moins 1978).

Drapeau de la fierté pansexuelle (2010).

Drapeau de la fierté pansexuelle proposé sur un Tumblr anglophone en 2010 et repris depuis sur divers sites.

Quelle est la distinction entre la bisexualité et la pansexualité ? Pour en revenir au Wiktionnaire, la bisexualité y est définie ainsi (là encore, je trouve la formulation bien conçue) : « Comportement affectif, sentimental et sexuel se caractérisant par le fait d’être autant attiré par les personnes de sexe opposé au sien, que par les personnes de sexe identique au sien. »

La différence essentielle entre bisexualité et pansexualité réside donc dans leur rapport aux conceptions habituelles du genre (entendu, au singulier, comme le critère de distinction entre deux ou plusieurs genres). Le « bi » de « bisexualité » se réfère à deux sexes, le même et l’autre. Le « pan » de « pansexualité », venu de l’adjectif grec antique pas, pasa, pan qui signifie « tout », renvoie étymologiquement au fait d’être attiré par tout type de personne (ce qui est à comprendre ici évidemment comme tout adulte consentant). Il faut lire la définition pour comprendre l’essentiel : le concept de pansexualité cherche à cerner un type d’attirance détaché de toute distinction de sexe ou de genre.

Autrement dit, en théorie, une personne bisexuelle emploierait le concept de bisexualité pour indiquer qu’elle en reste à une conception classique du genre (hommes/femmes) et que cela compte dans sa façon d’être attirée par les gens, c’est-à-dire qu’elle ne ressent pas forcément le même type d’attirance vis à vis des uns et des autres, tandis qu’une personne qui se revendique pansexuelle agirait ainsi pour indiquer que son attirance est identique quelle que soit la personne par qui elle se sent attirée.

Du moins est-ce la théorie. Car, en toute bonne logique, cela devrait poser un problème : une personne bisexuelle se définirait-elle donc aussi par son refus de sortir avec des trans, serait-elle opposée à avoir des partenaires se revendiquant d’un troisième genre, ou encore à l’idée de sortir avec des personnes intersexuées ? Eh bien en fait, pas du tout. J’ai déjà rencontré des personnes trans qui m’attiraient. Les membres de l’association parisienne Bi’cause avec qui j’ai discuté de ce sujet m’ont dit qu’elles n’avaient naturellement rien contre cette idée non plus. Le bureau de l’association compte plusieurs trans qui se définissent comme bi, certains en couple avec un-e autre trans se définissant aussi comme bi. L’association dans son ensemble prend d’ailleurs régulièrement position en faveur des trans et est représentée chaque année lors de l’Existrans, le défilé pour les droits des trans.

J’en suis donc venu, logiquement, à me demander si je voulais me définir comme bisexuel ou comme pansexuel : après tout, autant choisir le terme qui correspondait le mieux à ma vie et à mes convictions.

Deux raisons ont fait que je préfère encore (du moins à l’heure actuelle) me définir comme bisexuel. La première est personnelle, la seconde, disons, politique ou militante.

La première raison est qu’à titre personnel, je ne peux que convenir qu’il y a bien une différence entre l’attirance que je peux ressentir pour une femme et celle que je peux ressentir pour un homme. Il y a bien sûr une sorte de « base commune » : dans les deux cas il y a du désir, dans les deux cas il peut y avoir des sentiments. Mais j’observe que je tombe plus souvent amoureux de femmes, tandis que, pour les hommes, c’est plus souvent de désir qu’il s’agit. Je suis donc davantage « hétéromantique » que « homoromantique », même s’il m’arrive aussi d’être attiré sentimentalement par un homme. Il y a autre chose : le désir sexuel lui-même varie au fil du temps, selon des « périodes » se mesurant en semaines ou en mois, une sorte de fluctuation naturelle de la libido, qui, sur un fond stable et permanent d’attirance pour toute personne, va me pousser tantôt un peu plus vers les femmes et tantôt un peu plus vers les hommes. (C’est un phénomène dont j’ai parlé à d’autres bi qui s’y reconnaissaient souvent. J’en avais parlé ici.) Ces deux aspects se prêteraient à des développements plus détaillés, car je suis certain par exemple que ma sentimentalité « asymétrique » est en partie due à l’assimilation d’une culture hétérocentriste dont il ne suffit pas de comprendre et de remettre en cause la domination pour s’en libérer dans son psychisme profond. Mais restons-en là pour cette fois-ci.

La deuxième raison me paraît moins avouable, parce qu’elle relève en partie d’un pragmatisme politique qu’on pourrait juger paresseux. Il se trouve que, dans l’histoire des mouvements LGBT, c’est le concept de bisexualité qui a émergé en tant que premier concept susceptible de faire vaciller la binarité stricte homo/hétéro instituée au XIXe siècle. Après déjà plusieurs décennies d’émergence lente et d’invisibilité pénible, le concept semble enfin sortir un peu de la communauté LGBT elle-même et commencer à se faire connaître du grand public. Ne vaut-il pas mieux prolonger cette lutte avec ce mot, plutôt que de multiplier les étiquettes ? Pourtant, une telle stratégie serait vite excluante envers les personnes qui s’identifient comme pansexuelles. Quitte à lutter pour la visibilité et l’égalité, il faut lutter pour des idées, des concepts et des valeurs telles que tous puissent y vivre en pleine lumière paisiblement.

Prendre en compte toutes les nuances dans la lutte pour l’égalité

J’en conclus que la lutte la plus importante, le problème essentiel, est de briser la dichotomie homo/hétéro qui est toujours en vigueur auprès du grand public, alors même que toutes sortes d’études sexologiques et pas mal d’histoires vécues montrent qu’elle est très loin d’être si clairement tranchée pour tout le monde. Cette dichotomie est une norme imposée et non une réalité sexologique ou affective. On pourrait l’appeler « le mythe des deux monosexualités » : l’idée selon laquelle il existe uniquement deux sexualités opposées et incompatibles, l’une entraînant vers les personnes du même sexe et l’autre vers les personnes du sexe opposé. N’est-ce pas d’ailleurs logique que les vies sexuelles/sentimentales des gens soient infiniment plus complexes et variées que cela, puisque la dichotomie de genre homme/femme elle aussi est loin d’être l’opposition bien nette et bien tranchée à laquelle on croit d’ordinaire ?

Ce qui existe à côté de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, c’est non seulement la bisexualité, mais aussi la pansexualité et toutes sortes d’autres nuances, à commencer par… les gens qui ne ressentent pas le besoin de se nommer (ceux dont je parlais au début).

Paradoxalement, il existe même une catégorie pour les gens qui ne rentrent dans aucune catégorie : l’altersexualité, définie par le Wiktionnaire comme la « conception de la diversité sexuelle par laquelle un individu refuse une catégorisation ou un étiquetage permanent (ou ferme) de son orientation sexuelle ou de ses attirances sentimentales, sans pour autant être libertin ». En lisant cela, je pense à deux ou trois amies qui m’ont expliqué être capables d’attirance envers aussi bien des hommes que des femmes, sans se définir spécialement comme bi ou pan ou quoi que ce soit… et qui seraient sans doute amusées ou vexées de se retrouver rangées sous un énième nom composé en « -sexualité ».

Ce qui compte avant tout, c’est de faire comprendre à tout le monde que la « monosexualité » (le fait d’être attiré par un seul sexe : le sexe opposé pour l’hétérosexualité, le même sexe pour l’homosexualité) n’est pas le seul type de sexualité qui existe, et qu’on peut être ailleurs que dans le « tout un ou tout autre » exclusif. Toutes sortes de gens se sentent régulièrement attirés par des personnes de tout sexe et de tout genre ; pour certains les catégories habituelles de genre comptent, tandis que d’autres ne se sentent pas du tout conditionnées par cela dans leur attirance et leurs sentiments, etc. etc.

Bisexualité, pansexualité et « sans étiquette », même combat ? À mes yeux, oui, certainement. Qu’en pensez-vous ?

Actualités | 18.10.2014 - 14 h 46 | 1 COMMENTAIRES
Plug and pray

Étiquettes : , , , ,

Voici une réaction à l’article : L’«arbre» de Paul McCarthy vandalisé. En deux mots, l’artiste américain Paul McCarthy a fait installer, place Vendôme à Paris, une structure gonflable géante dont la forme géométrique évoque un sapin, ou bien, si l’on est expert de ce sujet, un plug anal (pour les oies blanches parmi vous, il s’agit d’un petit sex toy qu’on fait entrer délicatement dans l’anus, avec du lubrifiant, pour en tirer de doux plaisirs). Naturellement, la chose ne pouvait pas plaire à tout le monde. Atroce gaspillage de l’argent public, pour ceux qui n’aiment pas. Amusante provocation, pour ceux qui aiment et qui y voient un plug. Rien de particulier, pour les autres passants qui étaient trop pressés ou indifférents pour prendre le temps de faire un bon vieux scandale. Mais voilà que l’artiste accueilli dans notre douce France s’est fait agresser par un homme furieux (un habitant de la place, peut-être ? voilà qui ne va pas améliorer la réputation de ce quartier déjà sensible), et que, dans la nuit d’hier à aujourd’hui, le sapin a été vandalisé…

***

C’est trop tentant, il faut imaginer la scène. Une nuit noire pèse sur la place Vendôme. A la lueur trouble des vitrines de bijoutiers, une silhouette furtive s’approche subrepticement. Qui est-elle, cette main vengeresse ? L’Histoire nous le dira peut-être. Devant elle, voici que trône, menaçante, la silhouette oblongue de la décadence faite plastique. Du sapin, Paul McCarthy avait retenu la forme pyramidale, le vert apaisant, la rondeur. Notre Robin des bois du Ier arrondissement, lui, n’a retenu que l’aiguille.

Les retrouvailles sont assassines. Tel Brutus le jour des Ides de mars, notre héros plante son stylet improvisé dans les entrailles de l’arbre, figure après tout aussi paternelle que phallique. Percé au coeur, le roi des forêts s’affaisse lentement sur lui-même. Son meurtrier écoute sans frémir le « flblblblblbl » pathétique. Il est droit, il est fier, il porte en lui l’identité du pays, il en est sûr. Voici mise à bas la plante gonflable. L’ordre moral est rétabli dans la maison France.

Car enfin, quoi ! Cette forme arrondie, verte, neutre à souhait, il était indéniable qu’elle ressemblait à un sex toy ! Et comment cet artiste – du moins est-ce ainsi qu’il s’autoproclamait, l’impudent – a-t-il osé montrer tout haut ce que les gens s’enfilent tout en bas ? Ne savait-il pas que la sexualité est une chose terrible ? Ignorait-il qu’en France, contrairement à ce qu’espéraient ces dangereux utopistes de 68, on ne peut toujours pas jouir sans entraves ? Avait-il oublié qu’en 2014 après Jésus-Crispe, dans la République de Fronce, la vie est faite pour travailler le jour avec un oeil sévère et pour s’accoupler en silence la nuit, le doigt tremblant, en priant pour ne pas être entendu des voisins (qui, eux, se sont sûrement attardés à regarder la rediffusion de ce salutaire reportage sur les fraudes aux aides sociales) ? Il fallait, après tout, clarifier ce qu’il est convenable d’avoir dans le cul : un balai, oui, un sex toy, certainement pas.

Oui, vraiment, la ressemblance était dérangeante. La ressemblance, que dis-je ? C’était un plug, un gigantesque plug ! Il était impossible d’y voir autre chose. Impensable, par exemple, d’y voir simplement un genre de gros jouet de Noël symbolique (éloignez les enfants, ils auraient tout de suite vu que c’était sexuel, à n’en pas douter). Inconcevable, aussi, d’y voir une dénonciation ironique de l’infantilisation croissante qui s’empare des logos, interfaces et « applis » informatiques actuelles, où le moindre bouton à cliquer devient rond et coloré comme un hochet.

Quant à y voir ce qu’Umberto Eco appelle une « oeuvre ouverte », une oeuvre volontairement ambiguë, laissant libre l’imagination et l’interprétation à chaque passant, c’était hors de question. Laisser les gens libres d’aimer ou non, libres de réfléchir par eux-mêmes à ce qu’ils voulaient voir là, vraiment, et puis quoi encore ? Heureusement qu’il y a toujours un troll professionnel pour venir marquer son territoire, éructer sa petite injure, apposer son petit coup de griffe. Voilà vraiment qui fera la grandeur du pays, et voilà qui est très bon signe pour le respect de cette fameuse liberté d’expression si ardemment réclamée par les extrémistes (qui auraient du mal à trouver d’autres arguments, vu l’inanité de leurs propos).

Vous savez, il me plaît bien, cet arbre ambigu. D’ailleurs, je le remets en photo, tiens.

Annonces d'événements | 08.09.2014 - 11 h 38 | 0 COMMENTAIRES
Journée de la bisexualité 2014 : le programme

Étiquettes : , , , ,

BanniereJourneeBisexualite2014-AvecURL-Nyala

La Journée internationale de la bisexualité aura lieu le 23 septembre, qui tombe cette année un mardi. À cette occasion, les associations bisexuelles du monde entier, en lien avec les associations LGBTIQ+++, organisent des événements pour faire connaître la bisexualité, donner une voix aux bisexuel-le-s et lutter contre l’ignorance, les idées reçues et la biphobie.

Comme chaque année, je vais tenter de regrouper dans ce billet toutes les informations que je pourrai rassembler sur cette journée et sur les différents événements prévus. N’hésitez pas à compléter ces informations en postant des commentaires ou en m’écrivant à silvius-biplan (arobase) hotmail.fr !

Dernière mise à jour : jeudi 25 septembre (ajout d’un événement à Rennes dont je n’ai entendu parler qu’aujourd’hui… ahem, mais mieux vaut tard que jamais !).

En France

À Paris le 23 septembre, l’association Bi’cause, basée à Paris, prévoit une soirée en deux parties :

– un rassemblement public à 18h place Igor-Stravinsky, juste à côté du Centre Beaubourg (voyez l’emplacement sur Open Street Map et l’événement sur Facebook). Même s’il ne s’agit que d’un rassemblement immobile et non d’une marche, nous allons tout faire pour que ce soit une vraie petite « Bi-Pride » avec drapeaux et prises de paroles. Elle durera jusqu’à 19h15-19h30.

– puis, à partir de 19h30-45, un apéritif dînatoire convivial dans la salle des mariages de la Mairie du 3e arrondissement, propice aux discussions entre bi, militant-e-s ou non. Si vous êtes là dès 18h à Stravinsky, le trajet jusqu’à la mairie se fera à pied en distribuant des brochures sur la bisexualité aux passants.

La soirée est ainsi modulable en fonction de vos disponibilités : si vous êtes disponible dès 18h mais pas après, vous pouvez venir seulement pour le rassemblement public ; si vous n’êtes disponible qu’à partir de 19h30, vous pouvez ne venir qu’à la Mairie, etc.

Rappelons que vous pouvez suivre l’actualité de Bi’cause via son site Internet, sa page Facebook, son profil Google+, son compte Twitter, ou tout simplement contacter l’association par mail à association_bicause (arobase) yahoo.fr !

Cet événement est organisé en lien avec plusieurs autres associations LGBT : le Centre LGBT Paris-Île-de-France, l’Inter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, FièrEs, SOS Homophobie, HomoSFèRe, le GLUP, AIDES, Front Runners, EnerGay, Barbieturix, Flag ! et Contact. La liste des soutiens, impressionnante, s’est constamment étoffée au cours des dernières semaines : merci chaleureusement à tou-te-s pour ces soutiens !

À Rennes, le mercredi 24 septembre de 19h à 22h, a eu lieu au Centre LGBT une discussion sur la bisexualité et la biphobie. Voyez les détails sur le site du Centre LGBT Rennes.

À Strasbourg, le 25 septembre, l’association Bi’loulous et le MAG Jeunes LGBT en partenariat avec La Station organisent une soirée de 16h à 22h. Le programme est encore en discussion mais il y aura très probablement « un débat, une activité ludique et un apéro-débat ». Voici le détail posté sur le site de La Station :

« Les associations Bi’loulou-ve-s et Le MAG jeunes LGBT, en partenariat pérenne avec La Station, vous convient à la célébre journée internationale de la bisexualité et de la pansexualité dans une ambiance festive et chaleureuse.
Coup d’envoi à 16h, apportez vos coups de coeur et vos coups de gueule; nous préparons ensemble la décoration de La Station et concocterons d’appétissants amuse-bouche pour lancer l’apéro-débat de 18h à 20h.
En clôture, nous projetterons le film « Hammam »de Ferzan Özpetek (en français).

Le programme:

– Atelier déco et préaparation apéro en commun, on vous encourage à apporter des denrées de 16h à18h.

– Apéro-Débat, on vous encourage à ramener documents et questions de 18h à 20h

– Projection Hammam de 20h à 22h »

Voyez aussi le plan d’accès sur le site du MAG et au besoin le site de l’association Bi’Loulous pour les contacter au besoin.

Je remarque avec intérêt que les bi strasbourgeois incluent la pansexualité dans l’intitulé de la journée, ce qui me semble une excellente idée. Cela fait un bon moment que j’ai envie d’écrire ici sur la distinction entre bisexualité et pansexualité et sur les relations entre les deux. De fait, la pansexualité est pour le moment encore moins visible que la bisexualité, pour de simples raisons d’histoire des mouvements militants, mais c’est une bonne idée de lui donner sa place dans les événements d’une telle journée. L’idéal serait d’en profiter pour organiser des débats sur ce sujet, mais des discussions informelles peuvent déjà en être l’occasion.

En Belgique

À Bruxelles, le 20 septembre, l’organisation flamande Cavaria organise, en coopération avec les associations “Dubbelzinnig” (Antwerp) et “Ertussenin” (Hasselt), un événement « BI Yourself », un « brainstorming bi » au sujet du bien-être des personnes bisexuelles, qui aura lieu au “Huis van het Nederlands”. Dès 9h30 le matin, Alexis Dewaele, de l’Université Gent, présentera les résultats de ses recherches portant sur les bis dans la communauté flamande. Voyez la page de l’événement sur le site de l’association Cavaria (en flamand) ou l’annonce sur le site international de la Journée (en anglais).

En Suisse

À Genève, le 23 septembre, le Groupe bi de l’association 360 donne rendez-vous à 19h aux Cinéma du Grütli pour voir le film Violette Leduc, dans le cadre du festival de cinéma LGBTIQA « Everybody’s perfect ». La séance sera suivie d’un pot au bar du festival. Voyez les informations et le plan d’accès sur le site du groupe 360 et aussi le site du festival.

Notez aussi que le 9 octobre, toujours à Genève, le Groupe bi invitera Karl Mengel, auteur du livre Pour et contre la bisexualité (La Musardine, 2009), à donner une conférence « Un soupçon de liberté : la bisexualité décomplexée ». La conférence aura lieu à 19h30 à la Maison des associations. Plus de détails sur le site du Groupe bi.

Ailleurs dans le monde

Les bisexuel-le-s des différents pays organisent des événements de nature et d’ampleur très variées. Comme chaque année ces derniers temps, le site anglophone September23.bi.org rassemble les annonces d’événements prévus sur toute la planète. Les noms anglais de la Journée de la bisexualité sont « Bi Visibility Day » (Journée de la visiBlité bisexuelle) et parfois le « Celebrate Bisexuality Day » (Journée de célébration de la bisexualité). Des événements sont prévus à Berlin, Madrid, Jérusalem, Belgrade, Melbourne, et dans plein d’endroits au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Sur Internet

Même si votre 23 septembre est déjà désespérément pris, vous aurez aussi moyen de prendre part à la Journée ou de manifester votre soutien aux bisexuel-le-s sur Internet.

Sur Twitter, le hashtag #BiVisibilityDay (déjà utilisé les années précédentes) rassemblera les tweets en lien avec la journée. Le site international convie les bi disposant d’un compte Twitter à une « tempête de tweets » le 23 septembre via ce hashtag et le hashtag #BiPride. Il est possible d’envoyer un message au site afin que votre compte envoie automatiquement un tweet sur ce thème à la bonne date : si cela vous intéresse, voyez le message en anglais.

Plus généralement, vous pouvez poster sur Internet des bannières, drapeaux, images, etc. sur le thème de la bisexualité pour manifester votre soutien (notez que ces images peuvent aussi servir dans un rassemblement « IRL » si vous les imprimez). Sur ce blog, vous trouverez des bannières Web que j’avais faites l’an dernier (mais qui sont réutilisables), et des réflexions sur la façon de montrer la bisexualité en images. Si jamais vous ne connaissiez pas encore l’existence du drapeau de la fierté bisexuelle, allez donc lire l’article dédié sur Wikipédia, qui vous permettra de comprendre pourquoi ce blog aime autant le bleu, le rose et surtout le violet !

Si vous préférez poster de la musique, voyez mon billet « Chansons de bi ! » pour quelques références.

J’ai quelques autres idées d’images et de bannières, que je mettrai en pratique selon le temps dont je disposerai. Voici déjà quelques bricolages :

PersonnaliteBiHercule

PersonnaliteBiXena

PersonnaliteBiYourcenar

PersonnaliteBiVerlaine

PersonnaliteBiAnnaPaquin

PersonnaliteBiAlanCumming

(Si vous voulez jeter un oeil à ce qui s’est fait les années passées, voyez mes billets pour la Journée de 2013 et pour celle de 2012.)

Histoire | 13.08.2014 - 12 h 00 | 9 COMMENTAIRES
Les LGBT et l’Antiquité en France : une longue histoire

John Singer Sargent, "Apollon dans son char avec les Heures" (1921-25).

John Singer Sargent, « Apollon dans son char avec les Heures » (1921-25).

Au début, je voulais écrire un article sur la bisexualité dans les péplums. Pour commencer, j’ai voulu rappeler deux ou trois choses sur les liens entre l’Antiquité et la culture LGBT, qui ne sont pas nouveaux. Je me suis retrouvé avec l’équivalent d’au moins deux pages de préliminaires sans avoir encore parlé d’un seul film. Alors voilà… autant creuser et en faire un article à part entière ! (Je ne renonce pas à parler de péplums un jour, aussi.)

L’Antiquité, surtout gréco-romaine, est depuis longtemps une sorte de havre de paix pour les minorités LGBT. On pourrait même dire qu’il y a un mythe LGBT de l’Antiquité comme époque idéale pour les sexualités non hétérosexuelles. Ah, les mythes grecs, avec leurs multiples couples de même sexe et leurs changements de sexe ! Zeus et Ganymède ! Hermaphrodite ! Héraclès et Iolaos ! Achille et Patrocle ! Et cette Histoire si tolérante ! Sappho à Lesbos ! Athènes, cité de la liberté sexuelle ! Socrate et Alcibiade ! Platon et ses androgynes ! Thèbes et son bataillon sacré composé entièrement de couples d’hommes ! Plus tard, Alexandre le Grand et Héphaïstion ! Et Rome n’est pas en reste : Cicéron et son beau secrétaire ; César, « l’homme de toutes les femmes et la femme de tous les hommes »  ; les poèmes de Virgile, avec Alexis et Corydon dans les Bucoliques ou Nisus et Euryale dans l’Énéide ; Hadrien et Antinoüs, etc. etc.

Il y a une part d’idéalisation dans ces références qui font rêver. Il y a un « mythe de la Grèce gay » ou même de « l’Antiquité LGBT », qui fait qu’on oublie un peu vite l’occultation complète des amours entre femmes en Grèce antique (Sappho est un nom bien isolé au milieu d’un silence assourdissant), le fait que l’esclavage comportait aussi une dimension d’exploitation sexuelle, le fait qu’il y avait déjà des formes de discrimination dans ce domaine (même si elles reposaient sur des critères en partie différents), etc.

Mais le fait est que les références à l’Antiquité ont joué (et jouent toujours) un rôle important dans l’histoire des cultures LGBT et de la lutte pour les droits de ces minorités. Je suis certain qu’on pourrait écrire des volumes entiers sur ce sujet et ça a peut-être déjà été fait, mais, si c’est le cas, je n’ai pas encore trouvé les ouvrages en question. Je suis loin d’avoir les connaissances nécessaires pour écrire un article d’histoire en bonne et due forme. Je n’ai fait que rassembler quelques jalons, qui devraient déjà suffire à exciter votre curiosité (j’espère).

Je ne remonte pas avant le XIXe siècle parce que j’ai déjà beaucoup de choses à dire, et parce que ce n’est qu’à partir du moment qu’émerge une distinction consciente entre hétérosexualité et homosexualité et donc des minorités et des cultures LGBT proprement dites.

Le XIXe siècle

Commençons par quelques rappels de vocabulaire, car les mots mêmes qui servent à désigner les LGBT à l’époque constituent souvent des références à l’Antiquité. Avant que n’émergent les termes d’homosexualité, hétérosexualité et bisexualité, l’homosexualité masculine est « l’amour grec », en référence aux amours masculines attestées en Grèce antique à l’époque classique (Ve-IVe siècles avant J.-C.), en particulier à Athènes. C’est aussi de là que provient le mot de « pédérastie », qui désigne une relation entre un homme mûr et un jeune homme (pas un enfant mais plutôt, selon nos critères actuels, un adolescent). Les amours entre femmes, elles, sont des « amours saphiques » (on parle aussi de « saphisme ») ou bien sont baptisées « lesbianisme », tous mots qui font référence à la poétesse Sappho, qui vit au VIe siècle av. J.-C. sur l’île de Lesbos. Le « tribadisme », autre terme (péjoratif) désignant les lesbiennes, provient aussi d’un mot grec désignant l’acte de se frotter le sexe mutuellement. La Rome antique inspire aussi certains termes : par exemple, un « Giton » est un jeune homme aimé par un autre homme, en référence à un personnage du roman de Pétrone, le Satyricon. Ce vocabulaire est largement brassé par les textes de l’époque et s’écarte assez nettement des mots et des réalités antiques pour former un champ lexical propre à l’époque contemporaine.

Autre rappel important : au XIXe siècle, les savants n’étudient pas du tout la sexualité antique, en tout cas pas dans ses aspetcs non hétérosexuels. Les textes latins et grecs sont souvent étudiés directement en version originale. Les dictionnaires de latin et de grec restent très vagues sur le sens des mots désignant des réalités du sexe (on trouve encore aujourd’hui, dans les dictionnaires classiques, des traductions du type « sens obscène » qui ne sont pas d’un grand secours). Comme le rappelle David Halperin dans Cent ans d’homosexualité, les traductions françaises des textes antiques ne traduisaient pas les passages les plus crus, ou alors ils les traduisaient en latin (si le texte était en grec) ou en grec (si le texte était en latin). Autrement dit, la transmission d’un savoir précis sur le sens de ces mots se faisait purement de bouche à oreille entre professeurs et étudiants, ou par la lecture silencieuse d’ouvrages explicites qui n’avaient pas leur place dans le milieu scolaire et estudiantin autorisé. Tout cela favorise l’émergence et l’entretien d’une culture souterraine qui était à la fois un savoir sur le sexe antique et sur les pratiques homosexuelles.

Une conséquence de ces deux points dont je viens de parler est que la majeure partie de la population (et beaucoup de savants eux-mêmes) ne connaissait pas les réalités précises du sexe en Grèce antique, du moins pas au delà de ce qui peut en filtrer dans des textes respectables comme les dialogues de Platon où l’on voit des relations amoureuses mais rien d’explicite. Ce qui favorise l’émergence d’une double image des amours et des pratiques homosexuelles dans la France (et dans l’Europe) du XIXe siècle : d’un côté, un tabou sur un aspect des sociétés antiques jugé scandaleux et qu’il faut passer sous silence ; de l’autre, dans les minorités qu’on appellerait aujourd’hui les LGBT, un idéal de l’Antiquité comme époque de liberté dans ce domaine.

De ce fait, on trouve en gros deux types de références à l’Antiquité dans le domaine LGBT. D’un côté, une image fantasmée, une sorte d’exotisme qui se partage entre la réprobation et la fascination, et qu’on trouve chez beaucoup d’écrivains, surtout vers la fin du siècle. De l’autre, des références faites par des auteurs LGBT et qui ont valeur de symboles ou d’arguments servant à défendre l’homosexualité et la bisexualité.

Dans la littérature en France, le XIXe siècle pose les bases de la représentation de l’homosexualité, de la bisexualité et des thèmes de l’androgynie et du travestissement (mais aussi de ce qu’on appelle au XXIe siècle la transidentité et l’intersexuation). Un jalon important est bien sûr la publication des Fleurs du Mal (dont le titre de travail était Les Lesbiennes) par Charles Baudelaire, qui fait scandale en 1857 et contribue à édifier la figure littéraire de « la lesbienne », dans un recueil très imprégné de culture classique, où les invocations à Bacchus et à Vénus côtoient les voyages à Cythère et les vers en latin, mais aussi les références bibliques.

Un autre jalon important, concernant cette fois la figure de l’androgyne, est le roman d’Honoré de Balzac Séraphîta qui paraît en 1834 et remporte un succès énorme. Qu’on en juge : allangui dans son manoir et plongé dans des méditations ésotériques, Séraphitus est un homme, du moins aux yeux de la jeune femme qui l’aime éperdument, Minna ; mais il a aussi un soupirant, Wilfrid, qui le prend sincèrement pour une femme, Séraphîta. Remarquez le recours à des terminaisons latines pour marquer le genre du personnage, mais aussi pour lui donner une aura d’étrangeté mystique. En réalité, Séraphitus-Séraphîta est un séraphin, un « être total » androgyne, qui est des deux sexes à la fois et souhaite profondément mener de front deux amours, l’un avec un homme et l’autre avec une femme. (Le concept est intéressant, mais, à la lecture, on comprend ce qui rend le roman moins populaire aujourd’hui : d’interminables développements sur les théories ésotériques de Swedenborg.)

Une réédition de "Séraphîta" chez L'Harmattan (imprimée en 1995).

Une réédition de « Séraphîta » chez L’Harmattan (imprimée en 1995).

C’étaient naturellement des rappels à faire, mais je vais me concentrer sur des auteurs eux-mêmes plus concernés par les sujets qu’ils abordent, et ces auteurs émergent plus tard.

Vers la fin du XIXe siècle, la littérature « fin de siècle » et des mouvements comme le décadentisme mettent à la mode un certain trouble dans le genre et dans la sexualité en multipliant les figures d’androgynes, les femmes aux habits masculins et les hommes à la beauté raffinée « féminisée ». L’homosexualité, masculine comme féminine, et la bisexualité trouvent leur place dans les arts et la vie de la bonne société, même si les frasques homosexuelles et bisexuelles des célébrités font scandale. Dans ce contexte, des figures comme Hermaphrodite, les androgynes de Platon ou Ganymède deviennent des références régulières. L’homosexualité masculine, elle, est « l’amour grec » ou « la pédérastie », deux références à la Grèce de l’époque classique (Ve-IVe siècles av. J.-C.), tandis que l’homosexualité féminine est le « lesbianisme », en référence directe ou indirecte à la poétesse Sappho, originaire de l’île de Lesbos, au VIe siècle av. J.-C.

Le ton de l’époque est illustré par des ouvrages comme Monsieur Antinoüs et Madame Sapho de Louis d’Herdy, paru en 1899. Les simples noms des personnages suffisent à faire comprendre qu’ils ont des pratiques homosexuelles : Antinoüs est le nom d’un favori de l’empereur romain Hadrien qui en était passionnément amoureux. L’écrivaine Rachilde (1860-1953), qui se travestit en homme, écrit de nombreux romans et tient un salon littéraire extrêmement fréquenté. Les titres de ses romans utilisent régulièrement des références mythologiques : Monsieur Vénus, en 1884, a pour personnage principal une femme nommée Raoule Vénérande qui fait tout pour se masculiniser et entame avec un ouvrier une relation sadique qui la conduira jusqu’au meurtre (Rachilde aimait visiblement beaucoup Sade) : succès sulfureux immédiat. En 1888, Madame Adonis met cette fois en scène un androgyne dont un couple tombe amoureux (ce qui rappelle un peuSéraphîta de Balzac, sauf que chez Rachilde ça se termine mal pour les personnages). Remarquez comment Rachilde inverse délibérément les genres dans les titres de ces deux romans. Dans tous ces cas, l’emploi de noms antiques sert de marqueurs du genre ou de l’orientation sexuelle, même lorsque l’intrigue ne se passe pas du tout dans l’Antiquité.

Rachilde vers 1899. Photo Wikimedia Commons.

Rachilde vers 1899. Photo Wikimedia Commons.

À l’époque, on ne fait souvent pas la moindre distinction entre l’identité de genre et l’orientation sexuelle : un homme qui aime les hommes est nécessairement efféminé, une femme qui aime les femmes nécessairement « garçonne » (de nos jours, on dirait que c’est une conséquence de l’hétérocentrisme qui empêche de penser des sexualités différentes de l’hétérosexualité). Cela explique que les portraits de personnages homosexuels jouent souvent aussi sur une ambiguïté de genre. L’écrivain et occultiste Joséphin Peladan, qui écrit un grand cycle intitulé La Décadence latine à la fin du XIXe siècle, consacre ainsi un volume à L’Androgyne et un autre à La Gynandre, comprendre la lesbienne (en 1891).

L’homosexualité masculine se réfère à la pédérastie de la Grèce classique et l’élève au rang d’une sorte de mythe culturel : celui de relations entre des éphèbes et des hommes mûrs, qui intègre une dimension intellectuelle et artistique. On le trouve notamment dans les poèmes de Jean Lorrain comme Le Sang des Dieux en 1882 ou dans les poèmes et écrits du baron Jacques d’Adelswärd-Fersen, comme sa nouvelle « Vision antique » parue dans le recueil Le Sourire aux yeux fermés en 1912. Ce dernier est un auteur assez mineur mais qui lance plus tard la première revue homosexuelle en France (voyez plus loin).

Le lesbianisme en littérature se réfère à l’Antiquité, en bonne partie via la figure de Sappho. Paul Verlaine consacre un poème à la poétesse grecque dans un recueil érotique confidentiel, Les Amies, paru en 1868. Sappho y apparaît techniquement bisexuelle : conformément à la légende, elle est montrée sur le point de se suicider pour l’amour de Phaon, son amant qui l’a délaissée, mais il est aussi question de ses amours passées pour des femmes. Si l’évocation d’une Sappho malade d’amour et suicidaire est assez répandue dans la littérature de l’époque, l’allusion à ses amours féminines est à vrai dire assez rare. Comme l’indique Sandra Boehringer dans l’article « Sappho » du Dictionnaire de l’homophobie, les auteurs du XIXe siècle, poursuivant sur la lancée d’une tendance commencée à la Renaissance, occultent complètement les allusions à des amours entre femmes dans les poèmes de Sappho et entretiennent une légende orientée qui l’hétérosexualise. Le choix de Verlaine n’est donc pas si anodin. Ce n’est que vers la fin du siècle que l’image d’une Sappho tournée vers les femmes se répand de nouveau, renforcée par l’œuvre et Renée Vivien (voyez plus loin), au point d’être caractérisée ensuite comme uniquement lesbienne, ce qui revient à tomber dans l’excès inverse.

Dans un domaine proche, l’écrivain et poète Pierre Louÿs publie en 1894 un recueil de poèmes en prose, Les Chansons de Bilitis, qui fait partie de ses œuvres les plus connues actuellement. L’ouvrage est un canular de génie : Louÿs affirme s’être contenté de traduire des poèmes de Sappho miraculeusement retrouvés sur un papyrus antique. (Note : ça arrive réellement qu’on retrouve des textes antiques comme ça, y compris des poèmes de Sappho, mais, en général et malheureusement, il s’agit plutôt de quelques lignes que de tout un recueil !) Présenter un ouvrage de fiction comme une simple traduction est un procédé conventionnel depuis longtemps, mais Louÿs connaît si bien la poésie élégiaque grecque et ses talents pour le pastiche sont tels que certains hellénistes de l’époque s’y laissent prendre et le félicitent pour sa découverte.

Cela étant dit, le recueil a bien d’autres qualités que cet aspect de tromperie érudite plaisante. Ce sont des poèmes en prose courts et d’une grande beauté, qui reprennent la légèreté, la sensibilité et la sensualité de poèmes antiques comme ceux de Sappho ou comme les épigrammes (note : les épigrammes sont des poèmes courts à l’origine inscrits sur des monuments, parfois sur des pierres tombales en guise d’épitaphes, et qui ont ensuite servi de base au développement d’un genre poétique plus vaste).

Illustration de Georges Barbier pour "Les Chansons de Bilitis" (1922). Image Wikimedia Commons. L'image montre deux femmes de profil de chaque côté d'un bassin de pierre sous un arbre où sont posées des colombes. La femme de gauche est à demi nue, drapée dans un tissu diaphane à motifs. La femme de droite est nue. Le style du dessin est très épuré.

Illustration de Georges Barbier pour « Les Chansons de Bilitis » (1922). Image Wikimedia Commons.

La première moitié du XXe siècle

Il était temps que les amours féminines soient enfin chantées de nouveau par des voix féminines. La poétesse Pauline Tarn (1877-1909), de famille anglo-américaine, qui s’installe à Paris où elle étudie les lettres classiques sous la direction de Charles Brun, publie toute sa vie à compte d’auteure des « poèmes sapphiques » sous le pseudonyme R. Vivien puis Renée Vivien et affiche son lesbianisme. Les poèmes de Sappho sont pour elle une source d’inspiration d’autant plus manifeste qu’elle publie également des traductions de la poétesse grecque. Dans un ouvrage paru nettement après cette époque, l’écrivain André Billy surnomme Renée Vivien la « Sappho 1900 » (surnom à la connotation pas nécessairement bienveillante, car l’auteur en question est loin de l’approuver). C’est à partir de cette période que la figure de Sappho est fortement associée à l’homosexualité féminine et que Sappho est dépeinte comme une pure lesbienne, que ce soit par les mouvements homosexuels ou par les détracteurs du lesbianisme.

Renée Vivien vers 1909, photographe inconnu. Photo Wikimedia Commons.

Renée Vivien vers 1909, photographe inconnu. Photo Wikimedia Commons.

Parmi le milieu où évolue Renée Vivien, mentionnons, pour mémoire, les figures trop peu connues de la danseuse et courtisane Liane de Pougy (ouvertement bisexuelle) et de l’écrivaine Natalie Clifford Barney (plutôt lesbienne). La première noue une relation amoureuse avec la seconde, laquelle la délaisse ensuite en faveur (entre autres) de Renée Vivien. Liane de Pougy relate l’aventure sous une forme romancée dans Idylle saphique (1901) qui remporte un succès énorme en librairie. Natalie Clifford Barney publie en 1902 Cinq petits dialogues grecs sous le pseudonyme de « Truphè », ce qui, en grec ancien, désigne une vie de plaisir et de mollesse. Elle est par ailleurs amie de l’écrivain Remy de Gourmont, qui la surnomme… l’Amazone. La Grèce antique, encore ! Elle publie Pensées d’une Amazone en 1920 et de Nouvelles Pensées de l’Amazone en 1939. Le salon littéraire que Natalie Clifford Barney fonde en 1909 dans sa maison de la rue Jacob (dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, déjà) devient vite, et reste pendant plusieurs décennies, l’un des principaux lieux de sociabilité des gens de lettres et des artistes, français, mais aussi américains et britanniques.

Natalie Clifford Barney avec son chien. Photographe et date inconnus (début XXe s., sans doute pas après 1923). Photo Wikimedia Commons.

Natalie Clifford Barney avec son chien. Photographe et date inconnus (début XXe s., sans doute pas après 1923). Photo Wikimedia Commons.

En 1909 est lancée la toute première revue homosexuelle française connue, un mensuel dirigé par le baron Jacques d’Adelswärd-Fersen :  c’est Akademos qui est une revue d’art et de critique dont le titre fait référence à la vie intellectuelle de la Grèce antique (le titre dérive du nom de l’Académie, l’école philosophique fondée par Platon au IVe siècle av. J.-C.). La revue cesse de paraître au bout d’un an, après douze numéros. Entre temps, elle a publié des auteurs comme Colette et Anatole France et le Belge Georges Eekhoud, et d’autres moins connus de nos jours, comme Achille Essebac (auteur d’un roman homosexuel, Dédé, en 1901), Laurent Tailhade ou le décadentiste Joséphin Peladan.

Couverture du premier numéro de la revue "Akademos".

Couverture du premier numéro de la revue « Akademos ».

En 1911, André Gide, écrivain dont l’homosexualité est alors plus ou moins connue mais jusque là jamais affichée, écrit un dialogue, Corydon, pour prendre la défense de l’homosexualité, pour laquelle on parle alors plutôt d’uranisme, de pédérastie ou de sodomie. Le titre emploie le nom d’un personnage des Idylles du poète grec Théocrite et qui apparaît ensuite dans la deuxième Bucolique de Virgile, un poème mettant en scène Corydon et Alexis, deux bergers arcadiens amoureux l’un de l’autre. Dans l’ouvrage de Gide, composé de quatre courts dialogues, Corydon devient le nom du personnage principal qui prend la défense de l’homosexualité face à un ami très désapprobateur.

Gide discute de morale, mais aussi de sciences naturelles, puisqu’il tente notamment d’avancer des fondements biologiques à l’existence de l’homosexualité. Le résultat a quelque peu vieilli sur le plan scientifique, mais cette tactique argumentative se comprend : il s’agit de montrer que l’homosexualité est naturelle et non contre-nature. Gide s’écarte aussi des écrits du sexologue allemand Magnus Hirschfeld, qui luttent pour faire accepter l’homosexualité mais l’expliquent par une théorie du « troisième sexe » qui présuppose un caractère efféminé aux personnes qui ont des relations homosexuelles. Hirschfeld aborde l’homosexualité en termes d’inversion (un homosexuel étant supposé « inverti » et plus féminin qu’un homme hétérosexuel). Gide ne s’y reconnaît pas (il l’indique dans une note de la préface à une réédition de 1922) et il se retrouve davantage dans la référence à la pédérastie grecque antique, qui ne comporte pas de dimension efféminée.

Couverture du livre "Corydon" d'André Gide en Folio.

Couverture d’une édition de « Corydon » en Folio.

La première édition de Corydon contient deux dialogues et une ébauche d’un troisième. Elle est imprimée en… douze exemplaires, « lesquels furent remisés dans un tiroir » après que ses amis lui ont fait part de leur crainte d’un scandale.

Après la Première Guerre mondiale, la parole se libère un peu. En 1920, Gide, qui a retravaillé et augmenté Corydon pour en faire un ensemble de quatre dialogues, réimprime le livre en vingt exemplaires, qu’il distribue à des amis. Mais il choisit de ne pas évoquer dans ses dialogues « les cas d’inversion, d’efféminement, de sodomie », car il joue serré et sait que le scandale peut avoir des conséquences judiciaires s’il va trop loin. C’est seulement en 1924 qu’il décide de rééditer le dialogue de façon non confidentielle, en y apposant son nom, encouragé par les publications survenues entre temps.

En effet, en 1921-1922, un certain Marcel Proust a publié Sodome et Gomorrhe, quatrième partie de sa série À la recherche du temps perdu, où il est question d’une relation homosexuelle entre Charlus, l’un des personnages principaux de la série, et Morel. Proust est plus proche des théories d’Hirschfeld et du lien qu’il établit entre homosexualité et efféminement. Comme l’indique le titre du volume, c’est la référence à la Bible, autre texte antique fameux, qui domine chez Proust. La référence aux deux villes détruites par le courroux divin n’a rien de nouveau à l’époque : elle apparaît régulièrement dans la littérature de l’époque, que ce soit chez Verlaine, Vivien, ou dans les deux romans d’Henri d’Argis Sodome (1888, préfacé par Verlaine) et Gomorrhe (1889). Proust, dans son roman, invente une relation de descendance (symbolique) entre les homosexuels et les habitants de Sodome.

Gide, à nouveau, évoque une nouvelle fois l’homosexualité en s’engageant de nouveau personnellement lorsqu’il publie son autobiographie Si le grain ne meurt en 1926 : il y relate notamment ses premières relations homosexuelles.

La même décennie voit l’entrée sur la scène littéraire d’une auteure dont l’importance pour la représentation des LGBT en littérature, et surtout de la bisexualité, est considérable : Marguerite Yourcenar, par ailleurs à mes yeux l’une des meilleures plumes du siècle. Yourcenar est elle-même bisexuelle. Son premier roman, paru en 1929, s’intitule Alexis ou le Traité du vain combat. Le roman se déroule dans les années 1910. Le personnage principal, Alexis, y adresse à une amie des lettres où il décrit sa lutte contre ses penchants dont on comprend qu’ils sont homosexuels, mais ses efforts sont vains (c’est le vain combat du titre). Au fait, pourquoi ce personnage s’appelle-t-il Alexis ? Rappelez-vous : dans la deuxième Bucolique de Virgile, l’un des bergers se nommait Corydon, et l’autre… Alexis (hé oui, ce prénom vient même du grec ancien). Le thème du roman, et peut-être le nom même du personnage, montrent l’influence de Gide.

Mais les thèmes de l’homosexualité, de la bisexualité, du transexualisme et de l’androgynie se retrouvent régulièrement dans les écrits de Yourcenar. Les courts textes en prose qui forment une partie du recueil Feux (1936) mettent en scène Achille et Patrocle. Dans les Nouvelles orientales (1963), un texte comme « Comment Wang-Fô fut sauvé » est l’occasion d’évoquer une Chine médiévale esthétisée par le regard du peintre et où, dit l’empereur parlant des tableaux de Wang-Fô, « les jeunes guerriers à la taille mince qui veillent dans les forteresses des frontières [sont] eux-mêmes des flèches qui [peuvent] nous transpercer le cœur ».  En 1951, Les Mémoires d’Hadrien, biographie de l’empereur romain, donne une place à sa relation amoureuse avec son favori Antinoüs.

Couverture du recueil "Feux" de Marguerite Yourcenar, dont deux textes évoquent Achille et Patrocle.

Couverture du recueil « Feux » de Marguerite Yourcenar (1936), dont deux textes évoquent Achille et Patrocle.

Bref retour aux années 1930 et court crochet par le Royaume-Uni, où un libraire français, Charles-Henri Hirsch, est venu s’installer à Londres en 1889 pour y ouvrir une Librairie parisienne. Hirsch est notamment en contact avec Oscar Wilde, qui s’approvisionne chez lui en auteurs français, mais aussi en textes sexuellement explicites. En 1934, Hirsch réédite Teleny, le dernier roman de Wilde, dans une collection intitulée « Ganymede Club ». Encore une fois, la référence à une figure mythologique grecque sert de repère signalant le contenu homoérotique des ouvrages : Ganymède est le jeune homme troyen kidnappé par Zeus à cause de sa beauté et devenu l’échanson des dieux sur l’Olympe.

Une autre figure importante marque les références à l’Antiquité en France dans la littérature, la poésie, le théâtre mais aussi le dessin et le cinéma : c’est Jean Cocteau (1889-1963). Le thème de l’Antiquité apparaît régulièrement dans ses recueils de poèmes, ses pièces de théâtre et ses films. Mais le lien entre l’Antiquité et l’homosexualité n’y apparaît jamais explicitement, du moins pas dans ses oeuvres les plus connues. Le seul texte de Cocteau à aborder explicitement l’homosexualité le Livre blanc qu’il écrit en 1927 mais qui reste à la fois autobiographique et anonyme, puisque Cocteau n’en reconnaît jamais la paternité. On peut tout de même déceler un homoérotisme, voire un symbolisme homosexuel, dans les personnages à l’apparence androgyne qui peuplent les œuvres de Cocteau, mais aussi dans son intérêt pour le mythe d’Orphée, poète et mage mythologique qui aima Eurydice, puis, pendant le reste de sa vie, ne fréquenta aucune autre femme… mais fut soupçonné d’aimer en revanche les hommes (c’est un motif parfois invoqué pour expliquer la jalousie des Bacchantes qui finissent par le mettre en pièces).

Jean Marais sur le tournage du film "Orphée" de Jean Cocteau en 1949. Image Wikimedia Commons.

Jean Marais sur le tournage du film « Orphée » de Jean Cocteau en 1949. Image Wikimedia Commons.

La seconde moitié du XXe siècle

La présence de l’homosexualité et de la référence à l’Antiquité dans la vie littéraire parisienne du milieu du siècle doit aussi beaucoup à l’écrivain Roger Peyrefitte. Dans son roman Les Amitiés particulières, qui paraît en 1944 et remporte un prix l’année suivante, il s’inspire en partie de sa propre jeunesse dans un collège de jésuites pour mettre en scène le quotidien d’un jeune garçon qui découvre peu à peu des amitiés « particulières », autrement dit amoureuses, avec des camarades plus âgés ou plus jeunes. L’une des grandes qualités du roman est sa finesse psychologique : il parvient à restituer l’émergence d’une sensualité (et d’une sexualité pas toujours consciente) chez des adolescents placés dans un environnement extrêmement contrôlé. Le roman y parvient notamment en montrant la façon dont les élèves s’approprient la culture classique (notamment biblique et antique) que les Jésuites leur inculquent, et s’en servent pour nourrir leurs réflexions et leurs sentiments non autorisés : la figure de l’ange et les héros grecs et romains deviennent des points de comparaison pour exalter la personne aimée.

Malheureusement, les romans de Peyrefitte ne sont plus édités actuellement, en partie à cause de sa manie de la polémique mesquine voire ordurière, et sans doute aussi en partie à cause de ses propos sur ses relations avec de jeunes gens vraiment un peu trop jeunes. C’est dommage, car Les Amitiés particulières (le seul de ses livres que j’aie lu) a toute l’étoffe d’un classique. Peyrefitte écrit de nombreux autres romans, dont un à sujet antique, L’Oracle (1948) et une trilogie sur la vie d’Alexandre le Grand.

Puisque nous en sommes aux écrivains troubles, je case un mot sur Marcel Jouhandeau, qui s’est battu toute sa vie avec son homosexualité et ne commence à l’assumer lentement que vers la fin de sa vie. Une étape dans ce processus est Tirésias, qui paraît en 1954 sans nom d’auteur ni d’éditeur, dans un tirage assez confidentiel (150 exemplaires) : il y fait l’apologie de la sodomie. Un livre rétrospectivement bien innocent comparé à son recueil d’articles antisémites et à son admiration pour l’Allemagne au début des années 1940.

Pourquoi une référence à Tirésias ? Parce que ce devin grec (qui intervient notamment dans le mythe d’Œdipe) connaît dans sa jeunesse un changement de sexe accidentel : témoin de l’accouplement entre deux serpents (l’histoire n’a pas retenu de quel(s) sexe(s) étaient les serpents), Tirésias les frappe de son bâton. Il se trouve alors changé en femme et doit vivre ainsi. La même scène se reproduit quelque temps après avec le résultat inverse. Quelque tems après encore, Zeus et Héra, déguisés en mortels, viennent trouver Tirésias, qui a connu l’orgasme des deux sexes, pour lui demander qui de l’homme ou de la femme éprouve la plus grande jouissance. Tirésias estime que les femmes éprouvent dix fois plus de plaisir. Héra, qui n’aime pas les indiscrets, frappe Tirésias de cécité, ce que Zeus atténue en lui accordant des pouvoirs de divination, et c’est ainsi qu’il devient devin. Comme vous le voyez, il n’y a aucun lien avec l’homosexualité dans le mythe antique, mais le thème de l’inversion est encore attaché à l’homosexualité au milieu du XXe siècle.

Un lien tout aussi lointain à l’Antiquité, mais avec une revendication mieux assumée, se trouve l’année d’avant dans L’Âge d’or de Pierre Herbart en 1953, un livre autobiographique où il raconte les amours (masculines) de sa jeunesse, amours passionnels ou rencontres d’un jour. Dominique Fernandez, qui chronique le livre dans un hors-série du Magazine littéraire (voyez les références en fin d’article), parle d’un « climat qui rappelle Platon et Virgile », autrement dit celui d’une campagne ensoleillée et heureuse emplie de jeunes gens beaux et amoureux. L’âge d’or, âge de Cronos chez les Grecs et de Saturne chez les Romains, précède l’apparition de la guerre et des maladies, mais aussi l’urbanisation.

Pierre Herbart (à droite) jouant aux échecs avec André Gide (à gauche) vers la fin des années 1940. Photo Le Monde.

Pierre Herbart (à droite) jouant aux échecs avec André Gide (à gauche) vers la fin des années 1940. Photo Le Monde.

C’est à un imaginaire proche que se réfère l’association nommée le groupe Arcadie, créée en 1954, et qui joue un rôle important dans la lutte pour la reconnaissance de l’homosexualité masculine. L’Arcadie est le nom d’une région de Grèce idéalisée par la littérature dès l’Antiquité et propice aux amours entre bergers (notamment dans les Bucoliques de Virgile, encore lui). C’est aussi le titre de la revue lancée par ce groupe. Revue qui adopte une ligne très sage afin de ne pas se faire interdire (peu ou pas de revendications, suppression des photos quand la répression menace).

Beaucoup de ces références à l’Antiquité renvoient à une culture littéraire classique véhiculée par la scolarité à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, puis jusqu’à aujourd’hui. Mais cette culture recule peu à peu au XXe siècle et se restreint davantage aux milieux lettrés. N’y a-t-il donc pas de références à l’Antiquité dans la culture populaire ? Si : il y a les péplums, et notamment les péplums italiens qui connaissent leur heure de gloire dans les années 1960. C’est l’époque du renouveau des Hercule, des Maciste et autres héros musclés joués par des acteurs culturistes pas désagréables à regarder. Si aucun péplum de l’époque ne met ouvertement en scène de relations homosexuels, ces films n’en ont pas moins un extraordinaire potentiel crypto-gay.

"Les Travaux d'Hercule" de Pietro Francisci (1958).

« Les Travaux d’Hercule » de Pietro Francisci (1958).

Le cinéma LGBT n’a bien sûr pas les moyens des gros studios de production américains ou italiens. Je ne connais pas de film français LGBT ayant choisi un sujet antique (mais mes connaissances sur le sujet sont très loin d’être exhaustives). Une rapide digression passant par le Royaume-Uni me permet de signaler un véritable OVNI cinématographique : Sebastiane de Derek Jarman (1976). Tout est inattendu dans ce film : le choix du sujet, emprunté à l’histoire sainte (en l’occurrence saint Sébastien) ; le fait que ce soit un réalisateur du cinéma queer qui parvienne à concrétiser sa vision de ce personnage en en faisant une figure homosexuelle avec des scènes de sexe explicites ; et le fait qu’il ait tourné les dialogues en latin.

La représentation des LGBT au cinéma en France n’est pas toujours glorieuse à l’époque. Il est pourtant difficile de ne pas citer ici la parodie de péplum franchouillarde qu’est Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ de Jean Yanne (1982) où l’on trouve notamment un Jules César changé en grande folle façon La Cage aux folles et une séquence dans une Homosexualis discothecus devenue culte. Tout cela a assez mal vieilli à mes yeux, mais c’était (peut-être) mieux que rien à l’époque.

En 1970, le Britannique John Stamford commence à publier des guides de voyage gays qui paraissent chaque année. Leur titre ? Spartacus, du nom du fameux gladiateur révolté contre Rome dans les années 70… avant Jésus-Christ.

Retour à la littérature française. En 1989, Dominique Fernandez, écrivain ouvertement homosexuel, publie un essai sur l’histoire récente de l’homosexualité et ses principales représentations artistiques, sous le titre Le Rapt de Ganymède. Là encore, l’Antiquité se trouve mise en avant dans le titre alors qu’elle n’occupe qu’une place limitée dans l’ouvrage : nous sommes, une fois encore, en pleine symbolique homosexuelle. L’auteur consacre toutefois un développement à la confrontation entre deux modèles d’homosexualité, l’un grec, l’autre médiéval. Symbolique lui aussi a été le souhait de Dominique Fernandez, élu à l’Académie française en 2007, de faire figurer Ganymède sur le pommeau de son épée d’académicien : il se proclame « premier Académicien ouvertement gay ».

Dominique Fernandez en 2009. Le "premier Académicien gay" a fait représenter Ganymède sur son épée d'Immortel.

Dominique Fernandez en 2009. Le « premier Académicien ouvertement gay » a fait représenter Ganymède sur son épée d’Immortel. Photo Wikimedia Commons.

 À la télévision, et pour faire tout de même un crochet nécessaire par la production américano-néozélandaise, c’est l’Antiquité qui rend indirectement possible la première héroïne bisexuelle du petit écran : Xéna la guerrière, dans la série du même nom créée en 1995 et diffusée en France en 1996. Après s’être laissée séduire par Hercule, Xéna noue une relation implicitement amoureuse avec la guerrière Gabrielle (qui elle-même a un enfant et pourrait donc être bi aussi). Le personnage de Xéna ne provient pas d’un mythe antique, de même que la série dans son ensemble tient surtout de la fantasy péplumesque, mais le résultat n’a pas à rougir devant les Atalante et autres Callisto.

Le XXIe siècle

Les sujets antiques, surtout mythologiques, inspirent toujours les arts visuels. Les artistes Pierre et Gilles, qui travaillent ensemble depuis 1976, ont été inspirés par la Bible (Adam et Eve en 1982) mais peignent aussi un Hercule affrontant l’hydre de Lerne (je ne connais pas sa date) et un Mercure en 2001. Toujours en photographie, mais dans un domaine peut-être moins prisé des commissaires d’exposition, l’année 2001 voit aussi l’apparition d’un fameux calendrier très homoérotique, celui des Dieux du stade, montrant les rugbymen du Stade français en petite tenue. La référence classique passe cette fois carrément par les dieux : les dieux des polythéismes antiques sont généralement anthropomorphes et ont une apparence humaine généralement flatteuse. (Las, les nazis aussi s’intéressaient à la Grèce antique, puisque c’était aussi le titre d’un documentaire nazi exaltant la beauté des corps de la race aryenne en 1936… sauf que les nazis, entre autres défauts, n’assumaient pas vraiment le caractère homoérotique des corps bodybuildés.)

Affiche de l'exposition Masculin/Masculin du Musée d'Orsay en 2013.

Le « Mercure » de Pierre et Gilles fait face à un « Pâris » académique sur l’affiche de l’exposition du Musée d’Orsay « Masculin/Masculin » en 2013.

Au cinéma, les thématiques LGBT restent incroyablement timides dans les péplums. La guerre de Troie passée à la moulinette d’Hollywood, avec Troie de Wolfgang Petersen (2004), rate l’occasion de montrer Achille et Patrocle en couple. Un seul réalisateur courageux dans ce domaine : Oliver Stone, dont Alexandre sorti la même année montre un Alexandre le Grand bisexuel qui se passionne pour Héphaïstion, Roxane et Bagoas. Mais cette première reste encore bizarrement isolée. Heureusement, le potentiel crypto-gay des péplums conformistes est toujours intact, y compris dans les films homophobes : les Spartiates de 300 (Zack Snyder, 2007) ont beau mépriser les Athéniens « boy-lovers » et haïr un Xerxès changé en drag queen et en bisexuel maléfique, ils ne sont vraiment pas en position de critiquer qui que ce soit avec leur pectoraux surgonflés et leurs slips en cuir. Je crains fort, d’ailleurs, que l’Hercule joué par Dwayne Johnson, qui sort en ce moment, ne fasse lui aussi passer à la trappe les amours masculines du héros. Le domaine romain semble un peu plus favorable aux amours masculines avec une amitié potentiellement ambiguë entre un maître et son esclave dans L’Aigle de la neuvième légion de Kevin Macdonald (2011). Bizarrement, l’un des péplums les plus audacieux en matière de sexualité est un film… français, Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud, sorti en 2007. Il met en scène les aventures d’un simple d’esprit dans une île grecque imaginaire à une époque mythique : Minor est notamment initié au sexe par le dieu Pan en personne (la bande annonce contenait des répliques d’un humour subtil, comme « Tu viens pour ta sodomie ? »). Le film a été descendu en flammes par la critique à sa sortie (les critiques d’internautes ne semblent pas tendres non plus). Je ne l’ai pas vu et ne sais donc pas ce qu’il vaut.

Quant aux films LGBT, ils n’oublient pas l’Antiquité : en témoigne par exemple, et ce sera mon dernier crochet par les États-Unis, la chanson Origin of Love du film Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell en 2001, dont le personnage principal, une trans MtF chanteuse de rock, fait régulièrement référence au Banquet de Platon et au mythe de l’androgynie qui y est inventé.

C’est sans doute aussi bien des « films français » que pourrait venir le salut sous nos latitude : le moyen métrage Artémis, cœur d’artichaut d’Hubert Viel (2013), amusant road-trip mené par la déesse Artémis devenue étudiante à la fac de Caen et par son amie Kalie Sto (jeu sur le nom de la nymphe Callisto), montre une relation ambiguë entre les deux personnages, comme dans la mythologie. J’attends avec une certaine impatience le futur Métamorphoses de Christophe Honoré (à la rentrée 2014) qui semble transposer les Métamorphoses d’Ovide dans un contexte contemporain, à peu près selon le même principe que le film de Viel, et qui pourrait aussi comporter son lot de bicuriosité, d’homoérotisme ou d’identités de genre mixtes.

Le conservatisme des grands studios américains en la matière rend d’autant plus précieuses les séries télévisées, beaucoup plus à la page sur le sujet : citons, pour rester dans l’Antiquité, les séries Rome (2005-2007, montrant surtout des relations entre femmes) et Spartacus : Le Sang des gladiateurs (2010), cette dernière étant très fidèle à la tradition des péplums musclés, violents et terriblement crypto-gay (mais de moins en moins crypto). La France, malgré les moyens beaucoup plus limités dont disposent ses productions télévisuelles n’a pas à rougir en la matière, puisque la série d’Arte Odysseus (2013), qui s’inspire de la fin de l’Odyssée et en imagine une suite, met en scène un personnage de prétendant de Pénélope qui entretient en même temps une relation amoureuse avec l’un de ses compagnons d’armes (mes souvenirs sont un peu flous, mais je crois que c’est un nommé Antinoüs… à moins que ce ne soit Léocrite ?).

La bande dessinée, au contraire du cinéma, semble plus ouverte à une représentation sans fard de la Grèce antique. La principale réussite en la matière reste Tirésias de Serge Le Tendre et Christian Rossi (2001), qui s’inspire du mythe du changement de sexe de Tirésias pour imaginer la jeunesse du futur devin : de tombeur sans scrupule et tête brûlée insupportable, le beau Tirésias tombe de haut lorsque la déesse Athéna le métamorphose en femme pour le châtier d’avoir violé l’une de ses prêtresses. Il s’humanise alors peu à peu à mesure qu’il s’habitue à la dure à sa nouvelle existence, mais son destin garde un arrière-goût de tragédie.

Les revues LGBT empruntent toujours à l’Antiquité. En 2003, les éditions Lydiennes, à Lille, lancent une revue lesbienne intitulée La Dixième Muse, en référence à la poétesse grecque antique Sappho, qui avait été surnommée ainsi en raison de son immense talent qui l’égalait aux neuf Muses. La revue, bimestrielle, est à la fois un support d’information, de critique et de réflexion sur des sujets culturels et d’expression pour ses lectrices. Elle est diffusée en France et même dans plusieurs autres pays francophones : Belgique, Canada, Luxembourg, Suisse. Elle devient Muse & Out en 2013 afin de s’ouvrir à des thématiques plus mixtes, mais disparaît malheureusement la même année. Ganymède prête son nom à la revue créée en 2010 par le Groupe LGBT des Universités de Paris, le GLUP, association d’étudiants LGBT.

Couverture d'un numéro de "La Dixième Muse" (n°54, début 2012).

Couverture d’un numéro de « La Dixième Muse » (n°54, début 2012).

À suivre…

Il resterait beaucoup à dire et avant tout à chercher ! Je pense notamment :

– aux gravures (souvent anonymes, mais pas toujours) qui, dès le XVIIIe siècle au moins, fournissent des variations commodément pornographiques sur les principaux mythes grecs (et romains).

– aux romans LGBT+++ parus chez des éditeurs spécialisés. On y trouve des romans historiques évoquant de grandes figures antiques associées aux thèmes LGBT, comme Alcibiade (homme politique athénien du Ve siècle av. J.-C.).

– aux multiples recueils des « grands mythes grecs homosexuels » qu’on trouve couramment dans les librairies LGBT et qui participent à l’entretien d’une  « culture antique LGBT » commune (par exemple Eros parmi les dieux. Scènes érotiques de la mythologie grecque et romaine de Joël Schmidt, en 2003, mais je suis certain qu’il en existe de beaucoup plus anciens).

Et j’en oublie certainement beaucoup. Encore me suis-je limité à la France, mais il y aurait autant et davantage encore à dire sur les autres pays d’Europe et le reste du monde (exemples : le Royaume-Uni de Byron ; les Etats-Unis de Mary Renault à Daniel Mendelssohn à au spectacle « Aphrodite » de Kylie Minogue ; la librairie « Antinoüs », principale librairie LGBT de Barcelone en 1997…).

Si jamais vous avez relevé des lacunes, si vous avez des corrections à faire, des questions à poser, ou bien si vous avez des idées pour d’autres pays ou pour les époques plus anciennes, n’hésitez pas et postez des commentaires !

Quelques livres et documents sur le sujet

Pour cet article, monté un peu de bric et de broc, j’ai utilisé plusieurs sources :
– Le Dictionnaire de l’homophobie dirigé par Louis-Georges Tin, Paris, Presses universitaires de France, 2003 (articles « Médias », « Sappho »).
– Le Magazine littéraire n°426, décembre 2003, qui contient un dossier « Littérature et homosexualité » (en particulier les articles « Amours décadentes » de Nicole G. Albert et « Un siècle de littérature lesbienne » de Laure Murat).
– Wikipédia : de nombreux articles d’auteurs et d’œuvres mentionnés, voire donnés en lien, ci-dessus.
– La GLGBTQ, encyclopaedia of gay, lesbian, bisexual, transgender and queer culture, dirigée par Claude J. Sumers, hébergée à Chicago, active en ligne depuis 2002 (article « Bisexual literature »).
– Le premier numéro de la revue Akademos (1909) est intégralement consultable en ligne sur cette page du site Archiveshomo.info depuis 2009. Les n°7 à 12 sont sur Gallica, le portail de ressources numériques de la Bibliothèque nationale de France.
À LIRE SUR YAGG
IMAGE_NOT_AVAILABLE
Sport | 2 H 44 | 0 COMMENTAIRES
Vidéo Buzz | 3 H 27 | 8 COMMENTAIRE