Quelques films (et BO de films) bi-friendly

15 mai 2012
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S'il y a encore très peu de films qui abordent explicitement la notion de bisexualité ou mettent en scène des personnages qui se déclarent bi, on serait surpris de voir à quel point la bisexualité est de facto incroyablement répandue au cinéma. Il faut dire que pour un scénariste, c'est une occasion rêvée de complexifier les intrigues, les triangles ou carrés amoureux, et d'introduire une touche de surprise... voire de subversion à bon compte.

Mais aujourd'hui, je ne vais pas critiquer cet aspect parfois "facile" de la mise en scène de la bisexualité : je voudrais vous parler un peu de quelques films, ou plutôt de séquences de films, que je trouve vraiment réussies. Plusieurs de ces films sont des films-cultes, parfois en eux-mêmes et parfois particulièrement pour les bi. Vous les connaissez peut-être, et si oui tant mieux ; sinon, c'est l'occasion de les découvrir. Et si vous les connaissez déjà, peut-être n'aviez-vous pas pensé à les (re-)regarder sous l'angle bi...

Il se trouve que les premiers films auxquels j'ai pensé sont des films musicaux, donc, en prime, vous aurez des chansons à écouter après si ça vous dit (dans des styles... variés).

Les Chansons d'amour : le "film français" bi-friendly par excellence

L'intrigue commence par un trio amoureux : Julie (Ludivine Sagnier) et Ismaël (joué par LE Louis Garrel), en couple depuis longtemps et dont la relation bat de l'aile, entament une histoire à trois avec Alice (Clothilde Hesme), une collègue d'Ismaël. Les choses sont tout de suite plus complexes que prévu puisque Julie et Alice deviennent rapidement plus proches qu'Ismaël ne s'y attendait. Peu après, un décès inattendu bouleverse le petit groupe et remet en jeu toutes les relations... Quelque temps après, un jeune homme, Erwann (Grégoire Leprince-Ringuet), entre en scène.

Les trois acteurs principaux du film "Les Chansons d'amour".À tout seigneur, tout honneur : je crois que si vous demandiez à un bi de vous recommander un seul film parlant de sa sexualité, ce serait Les Chansons d'amour de Christophe Honoré, sorti en 2007. Bien sûr, le mot "bisexualité" n'y est jamais prononcé (les mots "hétérosexualité" ou même "homosexualité" non plus, d'ailleurs, sauf erreur de souvenir). Mais cette ignorance, probablement délibérée, du vocabulaire habituel des orientations sexuelles, est aussi la grande force du film. Il n'y a pas d'angoisse sur l'orientation, pas de peur du coming out, pas de grand débat existentiel, pas de mise en scène terrible de l'homo/biphobie, pas de leçon de morale. Les choses se produisent, elles sont possibles, et si le spectateur a envie de juger, cela ne regarde que lui. Les trois personnages principaux, deux femmes et un homme, ont tous des relations avec des personnes des deux sexes pendant le film. Ce n'est ni du grand amour romantique, ni du pur plan cul : c'est quelque part entre les deux, sans que les personnages sachent vraiment où ils en sont. Il n'y a pas non plus vraiment de gentil ou de méchant, simplement un petit groupe de personnages qui doivent surmonter un bouleversement affectif et essayer de recommencer à vivre. Du coup, les personnages et l'histoire ont tout de suite l'air beaucoup plus réalistes !

L'autre grande caractéristique du film, ce sont les chansons d'amour du titre. Le film en compte une quinzaine, écrites et composées par Alex Beaupain, à qui elles ont valu un César. Ce sont des chansons "à texte", qui sont pour beaucoup dans la puissance émotionnelle du film, et elles comptent un nombre non négligeable de ces belles chansons tristes qui, identification aux personnages aidant, vous coûtent toujours quelques mouchoirs pendant la soirée DVD. Il reste qu'on peut aimer plus ou moins ces chansons, et que cela conditionne beaucoup l'opinion qu'on gardera du film. Personnellement, je les ai beaucoup aimées, même si de nombreuses écoutes finissent par montrer les quelques limites des paroles (ce n'est pas du Baudelaire, mais après tout ça n'essaie pas d'en être, non plus).

Les chansons les plus marquantes ? D'abord celle du trio du début, "Je n'aime que toi", qui est aussi la plus écoutable sans spoiler si vous voulez vous faire une idée de l'ambiance musicale avant de regarder le film. Plus près de la fin, "Ma mémoire sale" (qui contient une scène terriblement érotique mais constitue un spoiler), et à la toute fin "J'ai cru entendre" (avec des paroles amusantes et un Erwann absolument craquant). Difficile aussi de ne pas mentionner les chansons les plus tristes, "Delta Charlie Delta" et "Les yeux au ciel", tout à fait indiquées si vous voulez vous plomber le moral pour le reste de la journée.

Mulan : le plus crypto-LGBT des classiques Disney

Mulan, le Disney de 1998, un film bi-friendly ? Inutile d'ouvrir des yeux de Petite Sirène : je vous concède volontiers que l'histoire de cette jeune Chinoise qui se travestit pour combattre à la place de son vieux père malade et finit par sauver le pays de l'invasion hun tient au départ davantage de la Jeanne d'Arc locale (en moins lepénisé, par bonheur) que d'un quelconque message subversif. Mais avec le recul, c'est un film incroyablement subversif par son thème et sa liberté de ton, et il se prête à un nombre réjouissant de niveaux d'interprétation. Et puis c'est un de mes Disney préférés, raison suffisante pour vous infliger ce que j'ai à dire dessus  ^_^

Au premier degré, cette affaire d'héroïne travestie en homme est avant tout un plaidoyer pour l'égalité des sexes, donc une affaire de parité, domaine politiquement correct par excellence.

À un deuxième niveau, il plaide pour une approche ludique et décrispée, souvent très drôle, des conventions de genre masculin/féminin et même des différences physiologiques entre hommes et femmes : ça n'est pas révolutionnaire, mais c'est d'un progressisme bienvenu, surtout replacé dans le contexte du cinéma américain de masse, souvent terriblement puritain. Mais c'est loin d'être tout.

À un troisième niveau, toute une partie du ressenti de Mulan pourrait être celui... d'une jeune trans FtM, en tout cas à mes yeux (que les intéressé-e-s me corrigent au besoin), en particulier dans la fameuse chanson "Réflexion" où Mulan ne se reconnaît pas dans l'image féminine que lui renvoie le miroir.

Et à un quatrième niveau, enfin, nous rejoignons la grande tradition des œuvres qui recourent au travestissement pour brouiller les cartes en matière d'attirances ! Mulan est une jeune femme déguisée en jeune homme sous le nom de Ping. Elle marche sur les routes dans son régiment, les paysannes se retournent à son passage et pouffent discrètement : est-ce parce qu'elles ont reconnu son sexe malgré son déguisement... ou parce que ce jeune guerrier les attire ? La même question peut se poser en ce qui concerne la relation entre Mulan/Ping et son général Shang, voire à propos des relations entre Mulan et ses amis (je me suis toujours interrogé sur les intentions de Ling, le plus mince des trois, mais c'est peut-être juste moi qui le trouve mignon).

Peu importe que les concepteurs du film aient voulu ou non aborder ce sujet, le fait est que le résultat final se laisse très bien regarder sous ces différents angles. Et n'allez pas croire que je sois seul dans mes lectures sournoises : l'exégèse savante des Disney est un sport international, qu'il faudrait faire reconnaître comme discipline olympique. C'est justement pour ça que j'inclus ce film ici : j'ai été surpris par le nombre de clips qui traînent sur Youtube et assimilés et détournent des chansons du film pour leur donner un sens homoérotique (la chanson "Comme un homme", en anglais "I'll Make a Man Out of You", a été adaptée à moult séquence chaude de Queer as Folk) ou trans-friendly (la séquence de la chanson "Réflexion" a plus d'une fois été postée en remplaçant la chanson du film par le tube de Mylène Farmer "Sans contrefaçon"). Même si ce type de détournement à visée souvent parodique ou érotisante est très répandu, je pense que Mulan est de loin le Disney le plus proche des problématiques LGBT : c'est un vrai petit Victor/Victoria en puissance... et c'est un plaisir d'y projeter toutes sortes de crypto-allusions bi !

Hair : l'espoir d'une libération sexuelle contre le racisme

Faisons un saut dans le passé, direction les années 1970. Hair (Miloš Forman, 1979) est l'adaptation au cinéma d'une célébrissime comédie musicale du même nom créée en 1967-68 et qui synthétise à peu près tout ce qu'on peut associer à cette époque en termes de libération des mœurs, de la révolution sexuelle à la non violence en passant par l'usage des drogues et les trips mystiques. Je n'ai pas vu la comédie musicale, je ne connais que le film, mais le film est excellent. En très très gros, c'est l'histoire d'un jeune homme de bonne famille, bien sous tous rapports, qui croise un jour une jeune femme et la trouve belle, et, de fil en aiguille, en vient à découvrir et à fréquenter un groupe de hippies qui sont a priori aux antipodes de son propre mode de vie. La fin est plus politique et touche directement à la guerre du Vietnam qui fait alors rage, mais je vous laisse découvrir ça par vous-mêmes.

Parmi les multiples chansons excellentes et joyeusement subversives par rapport à l'ordre moral de l'époque, il y en a une dont j'ai particulièrement envie de parler : "Black Boys, White Boys". Il faut d'abord avoir le contexte : une batterie d'officiers militaires, dont les couleurs de peau vont du blanc au noir, fait passer les examens d'aptitude au service dans l'armée, assis à un bureau. Les hommes doivent se présenter devant eux un par un, entièrement nus. À un moment donné, un gringalet refuse bizarrement d'enlever ses chaussettes, alors qu'il a enlevé tout le reste. On finit par le soulever de terre pour lui ôter ses chaussettes d'autorité, et l'on découvre qu'il s'est verni les ongles des pieds en rouge : queer inside ! Se présente alors un beau mec noir baraqué, et la chanson commence, en alternant entre le groupe d'officiers et des groupes de femmes dans la rue. On voit d'abord des femmes blanches qui chantent à quel point elles trouvent les hommes noirs craquants. Jusque là, c'est gentil mais pas si subversif... jusqu'au moment où les officiers blancs du bureau reprennent la chanson pour dire la même chose ! Les volontaires continuent à défiler devant eux et lorsqu'un homme blanc se présente, c'est un groupe de femmes noires qui chante son désir pour les mecs blancs... et les officiers blancs font chorus. C'est terriblement jouissif, et, dans le contexte de la fin des années 60, on comprend que la comédie musicale ait fait du bruit.

Certes, là encore, il ne s'agit pas vraiment de bisexualité, puisqu'à aucun moment on ne voit une même personne chanter son désir pour des partenaires de l'un puis de l'autre sexe et que rien n'empêche de supposer que les officiers sont tous gays et les femmes toutes hétéros ; la chanson n'évoque explicitement que l'homosexualité masculine.  Mais la chanson montre, et d'une belle façon, qu'un homme peut être  l'objet à la fois du désir des femmes et du désir d'autres hommes. En cela, elle vante la richesse et la diversité des désirs croisés, et laisse concevoir sans peine la bisexualité. Au delà même des catégories sexuelles, cette chanson montre surtout puissamment que les différences (différences entre les couleurs de peau, entre les sexes, et entre la nature même des désirs) peuvent, au lieu de devenir les prétextes à la méfiance et à la stigmatisation, être érotisées. La xénophilie comme projet social et politique, voilà une leçon qui n'a rien perdu de son actualité...

 The Rocky Horror Picture Show : le retour de l'invasion du savant fou vampire trans travesti bisexuel extra-terrestre

Poursuivons et terminons cette petite promenade cinématographique à rebrousse-temps par une autre référence culte : The Rocky Horror Picture Show (Richard O'Brien, 1975). C'est aussi l'adaptation à l'écran d'une comédie musicale, britannique cette fois, le Rocky Horror Show, créé en 1973. Comme son nom l'indique, c'est une histoire d'horreur sur une musique rock. En fait, l'horreur tient surtout à l'ambiance goth-frissons du décor et des personnages, et les références à la science-fiction populaire sont au moins aussi nombreuses (j'avais tapé par erreur "science-fuction", qui après tout, prononcé à l'anglaise, est un néologisme pertinent pour ce film).

Un mot sur l'histoire : deux jeunes mariés anglais, Brad et Janet, tombent en panne en voiture sur une route isolée en pleine nuit, par un temps de chien. Ils sonnent à la porte d'un manoir, et tombent sur une réception donnée par le Dr. Frankenfurter, lequel se présente comme un "sweet travestite from Transsexual Transsylvania" (ce qui veut dire à première vue "doux travesti de Transylvanie transsexuelle", mais le sens se précise à la fin) et refuse évidemment de les laisser partir. Non qu'il leur veuille du mal... ce serait plutôt le contraire. Cette plongée dans un véritable univers parallèle vient troubler violemment la petite vie ordinaire de Brad et Janet, notamment par le charme difficilement résistible de Frankenfurter. Lequel, précision non négligeable, est interprété magistralement par Tim Curry.

Sans révéler le détail de l'histoire et des chansons - on ne sait jamais, il y a peut-être des gens par ici qui n'ont pas encore vu (ou au moins écouté) le film -, disons qu'on se rend compte assez vite que le mode de vie de Frankenfurter ne prend pas vraiment en compte les petites distinctions mesquines du type hétéro/homo. Autrement dit, Frankenfurter est bisexuel. Naturellement le mot n'est jamais prononcé... et à vrai dire, ce n'est pas vraiment ce concept-là qui est mis en avant, même si dans la pratique c'est de la bisexualité. En fait, Frankenfurter est surtout *sexuel*, et plus généralement il est l'incarnation du queer dans tout ce qu'il a de subversif pour les normes habituelles des sociétés (à commencer par la société britannique). Il s'avère même trop subversif pour son pays d'origine, ce qui, quand on voit le dénouement, n'est pas peu dire. Parmi les chansons du film, celles qui expriment le plus directement le mode de vie de Frankenfurter sont bien sûr le "Time Warp" et sa chanson d'introduction, "Sweet Travestite", mais aussi d'autres chansons qui viennent plus tard dans le film et sont (malheureusement) un peu moins connues : je pense à "Don't Dream It, Be It" et "Rose Tint My World", plus "sérieuses" et un poil moins spectaculaires dans le genre bas-porte-jerretelles-rouge-à-lèvres, mais plus profondément subversives dès qu'on fait un peu attention aux paroles et à la philosophie dont elles sont porteuses.

En effet, au fur et à mesure que le film avance, Frankenfurter devient le symbole d'une libération complète, non pas seulement des pratiques sexuelles et des fantasmes, mais des désirs et même du rêve en général. En somme, un "Sweet Travestite" de temps en temps, ça n'est pas bien menaçant pour l'ordre établi... mais quand il commence à faire comprendre aux gens que les mécanismes à l'œuvre dans la répression des plaisirs sont les mêmes qui sont aussi à l'œuvre à grande échelle dans toute la société et qui maintiennent en place un ordre social réactionnaire et oppresseur, là, ça devient nettement plus dangereux. C'est ce mélange entre un joyeux défoulement sexuel et une facette plus profondément subversive qui donne son épaisseur au personnage de Frankenfurter, et qui le rend si sympathique.

Le seul défaut de Frankenfurter à mes yeux de bi militant, c'est qu'il est tellement "trop" qu'il en devient facile à ignorer. Un personnage pareil est tellement hors de l'ordinaire qu'on ne peut pas vraiment s'identifier à lui, ce qui veut dire qu'il garde un côté "monstre" et ne peut pas vraiment prendre la valeur d'un modèle. C'est plus une sorte de vengeur, un Robin des bois de la chambre à coucher qui vient initier le couple britannique moyen aux aspects sulfureux, ignorés et jouissifs d'une sexualité trop corsetée. Mais un vengeur se change facilement en bouc émissaire, et la normalité a vite fait de reprendre ses droits.

D'autant que le caractère extraordinaire de Frankenfurter contribue aussi à faire croire que quelque chose comme la bisexualité relève forcément aussi de l'extraordinaire, donc de l'exception (sans parler des éléments d'esthétique volontairement décadente adoptés par provocation par les acolytes de Frankenfurter dans le film). Coucher à la fois avec des femmes et des hommes ne pourrait donc relever que de la catégorie des fantasmes ultimes, des plaisirs recherchés et de la provocation... certainement pas d'une attirance et de sentiments naturels, spontanés, que n'importe qui pourrait ressentir dans la vie de tous les jours. C'est le problème de ce genre de personnages : ils sont porteurs d'une symbolique à double tranchant. Quelque part, Les Chansons d'amour est presque plus dangereux pour le réactionnaire ultracatho moyen que le Dr. Frankenfurter.

Mais ça n'empêche pas le film d'être excellent (jusqu'au bout) et la musique d'être réjouissante, alors, si vous ne l'avez encore jamais vu, c'est le moment de le découvrir !

Conclusion

Voilà donc les quatre premiers films bi-friendly (musicaux) auxquels j'ai pu penser. Reste LE problème : aucun, évidemment, ne parle explicitement de la bisexualité. Des quatre, Les Chansons d'amour est le plus proche de la représentation de gens bi "normaux" comme j'aimerais en voir plus souvent sur les écrans histoire d'avoir droit moi aussi à mes moments de fleur-bleu-catharsis-mouchoir et compagnie... Fort heureusement, Les Chansons d'amour est aussi le plus récent de tous : il y a de quoi espérer pour l'avenir.

Des avis ? Des contradictions ? D'autres idées de films bi-friendly ou de films à symbolique crypto-bi que vous adorez détourner ? N'hésitez pas à me laisser des commentaires (j'ai d'autres idées de films et de fictions, moi aussi,mais je suis loin d'avoir tout vu ou tout lu) !

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Bi’cause, lundi 14 mai : AG annuelle et anniversaire des 15 ans de Bi’cause

9 mai 2012

Je relaie l'annonce de la prochaine réunion de Bi'cause :

Bonjour à toutes et à tous,

Une date à noter sur votre agenda : le lundi 14 mai, à 20h, au Centre LGBT 63 rue Beaubourg, Paris 3e.

C’est le jour de l’assemblée générale (AG) de Bi’Cause pour l’année d’exercice 2011-2012.

L’AG d’une association est bien plus qu'une formalité, qu'une simple approbation des comptes et de leur utilisation avec un discours de « politique générale ».

Il s’agit d’un bilan militant. Avec vous, nous examinerons les actions et les événements qui ont jalonné cette année, les avancées et les points forts qui serviront d’appui pour pousser plus loin nos actions, les éléments moins réussis et les points d’amélioration indispensables. Cette année a été riche en actions et en enseignements. Votre apport est toujours essentiel pour poursuivre l’activité de Bi’Cause dans ses missions définies depuis sa fondation :

« Statuts - Article 2 - Cette association a pour but de favoriser l'émergence d'une identité bisexuelle. Elle développera les rencontres entre bisexuel/les, informera sur la bisexualité, aidera et soutiendra les bisexuel/les, notamment contre la biphobie. Elle développera sa connaissance, contribuera à la lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles par tous moyens d'information et de communication. Pour ce faire, elle utilisera tous les moyens nécessaires à la conception, la production, la réalisation et la diffusion pour atteindre ses objectifs. »

Le 14 mai, venez participer à cette date essentielle et stratégique de l’association. Cette année, nous aurons la joie et la fierté de fêter les 15 ans d’existence de Bi’Cause, première association française engagée dans la défense de la cause des bisexuel(le)s.

Depuis la fondation de l’association, dont les missions sont plus que jamais d’actualité, de nombreuses équipes se sont succédées dans une fidélité à l’esprit des origines et une continuité de la lutte.
Bi’Cause a élaboré des contenus qui font référence : le « Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels » et le manuel de prévention « Fêter le corps et continuer à vivre ». Cette année, au sein d’une interassociative fructueuse et motivante, nous avons mis en chantier un grand travail d’étude-enquête sur la situation des bi au regard de la biphobie, qui doit aboutir à un rapport important. Le 14 mai, nous vous en donnerons un premier compte-rendu d’étape.

Aujourd’hui, Bi’Cause, c’est vous ! C’est vous qui portez la lutte par votre présence, votre soutien, votre implication militante. C’est vous qui continuez de faire vivre Bi’Cause et qui en animez les actions.

Cette année, une partie de l’équipe sera à renouveler. Chaque année, chacun et chacune apporte à Bi’Cause ses compétences, ses envies, ses idées, ses suggestions. Et l’apport de chacun est une richesse pour la vie et l’avenir de Bi’Cause.

 N’hésitez pas à rejoindre la nouvelle équipe ! Quelle que soit votre participation, elle est vitale pour Bi’Cause.

Nous vous attendons nombreuses et nombreux pour cette AG qui sera suivie d’un pot d’anniversaire.

L’équipe de Bi’Cause

Nelly, Vincent, Agnès, Jean-Jacques, Jann

 Association Bi'Cause
"Parce que l'amour est un droit..."
Site internet : www.bicause.asso.fr
Infoline et répondeur : 06 44 22 20 62 (nouveau numéro)
Page Facebook : www.facebook.com/Bi.Cause
Compte Twitter : www.twitter.com/Bi_Cause

Nous vous encourageons à consulter le "Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels" et à télécharger et diffuser "Fêter le Corps et Continuer à vivre" (notre Manuel d'information contre les Infections Sexuellement Transmissibles).

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Ma soirée du 6 mai 2012

7 mai 2012

L'attente avait été anxieuse. Difficile de faire quoi que ce soit, surtout un dimanche, quand on n'est pas du matin (je suis plutôt de la France qui se couche tard) et qu'on a envie d'attendre les parents pour aller voter tous ensemble, fût-ce au coin de la rue. Pour la soirée, pas question de rester seul, j'ai prévu de la passer dehors, avec des amis. Si le résultat est bon, il faudra fêter ça, depuis le temps qu'on l'attendait ; s'il n'est pas bon, il faudra se serrer les coudes, se consoler, préparer la suite du combat, sans rien abandonner. Sur les réseaux sociaux, les statuts égrennent les angoisses et les annonces des amis qui reviennent de voter. Je lis, j'essaie de travailler un peu, mais le temps passe trop lentement. Je me défends d'aller voir les premiers sondages inévitablement parus en Belgique : trop peu fiables. Je ne veux pas de faux espoirs. Sur le coup des six heures, je n'y tiens plus, j'envoie des sms : où ira-t-on pour attendre les premiers résultats de 20h ? Ce sera Solférino, près du siège du PS. Je pars à sept heures : rendez-vous vers 19h40 à la sortie du métro.

J'arrive à Solférino à 19h30. Dès les couloirs, la station est pleine de monde : la foule s'annonce dense. L'ambiance est bon enfant, quelques personnes chantent, scandent des slogans ; beaucoup téléphonent ou consultent nerveusement les sites des journaux sur leurs smartphones. Un peu partout des gens se contactent, se cherchent, se trouvent, se regroupent. J'émerge de la bouche de métro au ralenti rue Saint-Dominique. Le boulevard Saint-Germain est noir de monde, mais on peut circuler. Cela me fait penser à la dernière Gay Pride, avec des drapeaux du PS, du Front de gauche et du PC à la place des drapeaux arc-en-ciel. Je rejoins l'autre bouche de métro, plus près de Solférino même. La foule se densifie encore. Parvenu à la bouche de métro, j'alterne la contemplation du flot constant des passagers qui en émergent et des coups d'oeil sur mon portable. Peu à peu la foule autour de moi devient compacte. Le niveau sonore est tolérable, mais assez haut pour gêner une éventuelle conversation au téléphone. Bientôt je suis contraint de rester à piétiner sur place ; il faut jouer des coudes pour se déplacer même de cinquante centimètres. Je n'ai encore vu aucun visage familier : il va être difficile de se retrouver, nous aurions dû arriver plus tôt.

Le flux des nouveaux arrivants ne cesse pas. Je ne vois partout autour de moi que des têtes et des visages. Quelque part dans le lointain, je devine un écran géant installé en travers d'une artère, mais je suis trop loin : on n'y voit rien, à moins de se hausser sur la pointe des pieds ou de faire partie des quelques audacieux qui se sont juchés sur une branche d'arbre ou même une voiture. J'essaie de me déplacer doucement vers un coin tranquille : mal m'en prend, le coin se révèle plus densément peuplé encore. Au moins j'ai la confirmation que je ne suis décidément pas agoraphobe : c'est déjà ça, et ce n'est pas le cas de tout le monde. Un homme s'énerve par peur des mouvements de foule. Il est vrai qu'il y a de quoi être nerveux. La foule est animée de courants spontanés dont on devine mal les facteurs déclencheurs. Des exclamations de triomphe partent déjà de temps en temps, sans qu'on sache d'où ni pourquoi. Hollande va gagner, on en est à peu près sûr, mais les chiffres ne sont pas encore tombés.

La foule n'en finit plus de se densifier. Autour de moi, des gens de tous les âges ; à ma droite, plusieurs élèves, une collégienne qui ne vote pas encore, une lycéenne qui a voté peut-être pour la première fois. Derrière moi, une femme monte sur les épaules d'un ami ou compagnon : elle voit mieux mais craint de tomber. On la rassure : même en cas de chute, elle ne risque pas d'atterrir directement sur le sol. A la demande générale, elle joue la vigie, décrit ce qui se passe à l'écran : pas grand-chose, des journalistes parlent, mais on n'a pas le son. "On serait mieux chez soi avec la télé !" Il y a bien les smartphones avec la télé en direct, mais on n'a pas de réseau. Trop de monde là aussi, sans doute. Des gens tentent de passer d'un côté, de l'autre ; on se fait parfois contourner des deux côtés à la fois, il faut lutter pour ne pas être emporté. Comme il fait frais, je suis en manteau, mais dans la foule je suis rapidement en nage. Des gens ont l'idée remarquablement stupide de fumer au beau milieu de la foule hypercompacte ; je fais ma provision de tabagisme passif pour le prochain quinquennat. À l'odeur, certaines cigarettes ne contiennent pas que du tabac. Heureusement, il fait frais, l'air est bon et il y a juste ce qu'il faut de vent.

Enfin vingt heures arrivent. Un hurlement de joie part et se propage à la vitesse de l'éclair. Tout le monde beugle : "On a gagné !" Des klaxons retentissent, des filles poussent des exclamations stridentes. On n'a rien vu, on ne connaît pas les chiffres, mais on y est. Malgré mon anxiété devant les possibles dérapages des mouvements de foule, je suis content de voir autant de monde, de sentir l'ambiance, pour une fois. Aussitôt après l'annonce des résultats, un mouvement de foule se déclenche : tout le monde est abominablement pressé vers la droite ; des protestations s'élèvent. Deux passants fendent la foule, portant une femme qui a eu un malaise : "C'est l'émotion, c'est l'émotion !" J'en conclus qu'elle ne s'est pas fait écraser ou piétiner, c'est déjà ça. Et puis d'un coup on circule de nouveau mieux : tout le monde est déjà occupé à repartir vers le boulevard pour gagner la Bastille à pied. Je n'ai toujours pas retrouvé mes amis, il n'y a pas de réseau, et nous constatons rapidement que la grille de la station Solférino a été baissée ; les agents de la RATP nous recommandent de nous éloigner des escaliers, par peur des chutes probablement. J'y fais tout de même une pause, le temps de souffler et de tenter un appel infructueux. De retour au niveau du trottoir, la foule est devenue plus clairsemée ; je me déplace jusqu'à un petit espace vert sur la placette derrière le métro. Miracle : une amie arrive à m'appeler... mais on s'entend mal. Je tente plusieurs appels : de nouveau plus de réseau. Je commence à remonter le boulevard en attendant, pour prendre l'ambiance. Tout autour de moi la circulation est naturellement coupée, les gens marchent dans la rue par groupes, brandissent des drapeaux, des bannières, des roses, scandent des slogans : "Sarkozy c'est fini !". Un groupe de jeunes gens chante la Marseillaise (beuglée, mais juste). Des parents portent sur leurs épaules des enfants tenant des drapeaux. Je respire mieux. Je me découvre à nouveau peu capable de grandes explosions de joie, mais un sourire béat s'installe peu à peu sur mon visage. L'euphorie générale me gagne. J'ai du mal à réaliser. Enfin, c'est fini ! La gauche est au pouvoir ! Je passe devant un café à la terrasse largement ouverte où un groupe de passants s'est massé devant un écran de télé. J'entre histoire de souffler un peu et d'avoir les premiers chiffres, et je tombe sur... le discours de défaite de Sarkozy : ah, non ! Je ne veux plus le voir ! Je savoure malgré tout son air défait et je ressors.

Peu après j'arrive enfin à recontacter mon groupe d'amis, qui se sont postés dans une petite rue derrière Solférino. Ayant rebroussé chemin, je les retrouve, et nous avançons jusqu'à l'écran géant dont l'accès est à présent facile. Les interviews de personnalités alternent avec les vues de motards courageux poursuivant la voiture de Hollande à Tulle : pas grand-chose à apprendre. On croise des amis. On se poste pour discuter. On finit par s'installer dans un café où, miracle, il y a des places libres pour grignoter et trinquer. Les serveurs affichent leur bonne humeur sans complexe. Il faut dire que le café s'appelle "Le Solférino" : beaux quartiers de Paris obligent, les prix sont plutôt de droite, mais la clientèle est de gauche. Plus loin, à la Concorde, la soirée de l'UMP a été annulée. Sur l'écran de télé local, nous assistons au discours de Hollande... sans le son, puis à la reprise de la Haletante Poursuite en Moto. Hollande a l'air parti pour faire Tulle-Paris en voiture : il en a pour la nuit ! Nous supposons à raison que le convoi a mis le cap sur un aéroport. Marine Le Pen est copieusement huée à son apparition à l'écran : ça ne résout pas le problème de l'extrême-droite, mais une fois de temps en temps ça fait du bien...

La soirée s'avance. À la sortie du café, nous décidons d'aller à la Bastille, même si les espoirs de pouvoir pénétrer sur la place sont minces, à voir les images de la foule immense qui s'y est déjà massée depuis longtemps. Nous allons reprendre le métro à Solférino, entre temps rouvert. Un agent RATP nous prévient qu'il faudra descendre à la station d'avant, à Saint-Paul, le métro Bastille étant certainement fermé. Nous nous retrouvons dans les couloirs de la station, entourés par... un groupe de militants PS survoltés, avec des badges "Volontaire François Hollande 2012" et beaucoup de drapeaux. Sur les quais, tout le monde scande "On a gagné !" Dans le métro, on se croirait à la sortie d'un match de foot. Une amie d'origine malienne se réjouit : "Je ne serai peut-être plus traitée comme une sous-merde !" Je renchéris : de mon côté, je ne serai peut-être plus une "aberration anthropologique"... Il faut changer de ligne à Concorde : hilares, tous les militants signalent la descente par un "Le changement, c'est maintenant !" Ça, c'est fait... Dans les couloirs, on chante L'Internationale.

On resurgit à l'air libre près du manège à Saint-Paul, pas si loin du coin des bars LGBT qui parsèment le quartier du côté d'Hôtel de ville jusqu'à Châtelet puis au Marais. A notre surprise, il y a déjà une foule non négligeable dans la rue à Saint-Paul ; beaucoup de petits groupes qui prennent joyeusement possession de la voie, tandis que les quelques voitures essaient de passer au ralenti ; beaucoup de groupes de jeunes avec des drapeaux et du maquillage ; des gens aux fenêtres. Tout le monde a l'air de gauche, tout le monde a l'air heureux. À les voir, c'est comme si le score de Hollande s'élevait à 80%. Mais pour le moment, on oublie le score serré, le danger des idées d'extrême-droite consciencieusement banalisées par l'UMP depuis cinq ans, la masse énorme de travail qui attend le futur gouvernement : cela fait tant de temps qu'on attendait ça, qu'on peut bien prendre le temps de faire la fête ! Le soulagement est partout visible, la bonne humeur générale. On parle aux gens dans la rue, on échange des saluts et des slogans rassurés. La proximité de la Bastille est signalée par la densification de la masse et par le nombre croissant de petites boutiques de hot dogs et de crêpes-nutella. On voit de loin la foule massée sur les marches autour du génie, des points de lumière vacillants dans l'air chauffé et la nuit tombante. Des échos de hauts-parleurs retentissent par vagues, des clameurs indistinctes.

Bientôt on ne peut plus s'avancer beaucoup plus : la foule est trop dense. Nous nous contentons de rester sur les arrières, près des terrasses des cafés. Il y a beaucoup de photographes. Une femme munie d'une grosse pile d'affiches des Jeunes socialistes montrant une photo de Holande en meeting et arborant un grand "MERCI !" en distribue à qui veut. Deux de mes amis en prennent et les brandissent. Les affiches ont un succès fou ; on se fait plusieurs fois arrêter par des passants et même par des journalistes, qui prennent tout en photo ou veulent savoir où on les a eues. Nous zigzaguons entre les groupes de fêtards et les comptoirs ambulants où dans de gigantesques poêles à paella cuisent des légions de saucisses sur des flammes beaucoup trop hautes et vives pour n'importe quelle norme de sécurité. Qu'importe : les pompiers et la Croix rouge sont là aussi, nous sommes régulièrement dépassés par des ambulanciers en gilets réfléchissants orange. Dans les rues autour de la place, des tentes sont installées où l'on administre des soins à quelques personnes amenées là en brancard ou en fauteuil roulant. Partout des groupes de passants se promènent, arrivent, repartent, discutent. Quand vient l'heure d'attraper les RER, nous repartons à regrets, brandissant encore des affiches sur le chemin. Même assez loin de la Bastille, on continue à croiser des groupes de passants qui nous saluent spontanément ou sont occupés à discuter gaiement de la victoire. Ce soir, tout ce qui est de gauche à Paris était dans la rue.

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Dans l’attente

6 mai 2012

Dans l'attente des résultats du second tour, comme un peu tout le monde, je suppose. Dans l'attente depuis cinq ans, aussi. Voici quelques réflexions un peu décousues sur cette fin de campagne et sur les raisons de mon vote.

Je vote Hollande, sans la moindre hésitation, et j'ai bon espoir qu'il l'emporte. Mais on ne sait jamais. La fin de campagne de l'UMP a beau avoir été caricaturale, privée de tout scrupule, de toute dignité républicaine, Sarkozy a beau avoir commis des mensonges de plus en plus grossiers et avoir radicalisé son discours jusqu'au point de rupture avec les républicains de son propre parti... on ne sait jamais. J'ai vu sa rhétorique à l'œuvre, et, pour être rompu aux explications de textes, j'en vois toute la perversion, toute la dangerosité. Ce sont des méthodes reprises au FN : une perversion délibérée et systématique du langage des valeurs républicaines, un détournement des symboles de la République au profit d'un patriotisme anachronique, d'un discours de repli, d'une éloquence anxiogène et stigmatisante qui se situe hélas dans la droite ligne de la politique de l'UMP depuis cinq ans. Cinq ans, et même dix ans en comptant le travail de Sarkozy au Ministère de l'Intérieur, dix ans d'une France de pompiers pyromanes qui alimentent l'inquiétude de l'insécurité, qui entraînent le pays dans une logique de la crise permanente (bien avant 2008 !), qui sert à justifier un discours de l'exception permanente, de la distorsion des institutions et des procédures, qui cherche à faire accepter un renoncement progressif aux droits les plus élémentaires.

Comme au FN, tout est dans les connotations, dans les associations d'idées curieuses, qui disent sans dire, l'air de rien, mais en viennent à maîtriser les termes du débat politique et à orienter les esprits, à persuader qu'on ne peut pas voir les choses autrement, qu'il n'y a rien que des faits. On dit : "Mais l'insécurité existe, mais les banlieues, mais l'islam radical, etc." Je dis : il n'y a pas que des faits. Je dis : un fait ne parvient sur la place publique qu'une fois changé en événement. Je dis : tout événement est en partie construit par un discours qui modifie la façon de voir les choses. Je dis que toute parole politique a aussi une valeur, sinon performative, au moins programmatique. Je dis que les politiques au pouvoir doivent montrer ce qu'il faut faire, donner un avenir possible et les moyens de le construire, et non pas se placer toujours sous l'angle de l'impossible, du renoncement, de la peur et du repli. Je dis que des politiques qui ne parlent que de peur en viennent à construire eux-mêmes cette peur, et qu'ils le savent. Je dis qu'un Président qui brandit systématiquement le spectre de l'islam radical, à l'exclusion de tout autre problème religieux, à l'exclusion de toute autre forme de terrorisme, est un Président qui alimente lui-même la logique de peur et de haine au lieu de la combattre.

Les mots sont importants. Nous autres LGBT le savons bien, et devrions le savoir mieux. Mais parmi nous comme parmi le reste de la société, la sagacité n'est rien sans l'éducation, sans la concentration, sans la prudence qui tient le juste équilibre entre la méfiance excessive ("Tous pourris", "Tous impuissants") et la confiance aveugle (repoussant toute critique à l'aide de la fameuse tautologie : "Tous ceux qui argumentent contre lui ont tort, ils ne peuvent rien dire d'objectif puisqu'ils sont dans l'autre camp"). En ces temps où l'on zappe beaucoup, où l'on lit beaucoup de choses de façon superficielle, il est plus que jamais important de ralentir, de s'arrêter, de prendre le temps de creuser, d'analyser, de réfléchir à deux et trois fois. Les programmes ne sont pas que du maquillage, ils sont porteurs d'idéologies qui comptent autant dans le gouvernement d'un pays que les décisions économiques - aucune décision d'ailleurs n'étant purement économique, mais toutes étant guidées avant tout par des idéologies (nous l'avons bien vu avec la gestion de la crise de celui qui restera, quoi qu'il s'en défende, comme un président des riches - non que j'aime donner dans une facile et stérile haine des riches, mais il y a une justice sociale nécessaire qui n'a pas eu droit de cité depuis trop longtemps).

Il est important surtout de ne jamais renoncer à la politique, à ce qu'elle peut faire pour notre pays et pour l'évolution générale du monde actuel. Le discours tenu en permanence sur la crise : "Tout ça c'est de l'économie, c'est nécessaire, il n'y a pas d'autre politique possible, c'est de la technique pure, vous n'y connaissez rien, croyez-nous, on ne peut pas faire autrement sinon ce sera la catastrophe", est un discours pseudo-scientifique politiquement orienté et politique connoté - connoté de droite. C'est que l'économie n'est pas une science, et qu'il n'y a jamais eu de solution miracle aux problèmes des crises, passées ou actuelle. C'est aussi que l'argent n'est qu'une des multiples dimensions d'une société, que l'un des multiples volets d'un programme politique. Il est faux de dire que le candidat qui sera élu ce soir, quel qu'il soit, n'aura pas de marge de manœuvre. Prétendre résumer la politique à une série d'actes de gestionnaire est une erreur. Il y a bien des politiques possibles dans la situation actuelle. La politique de stigmatisation permanente de telle ou telle catégorie de la population n'a, par exemple, rien de nécessaire, et il ne coûterait rien d'en changer.

Pour ces raisons, il ne faut pas renoncer - quel que soit, là encore, le résultat de ce soir. Trop souvent les médias (qui font aussi du bon travail, je ne prétends pas rejeter toute la faute sur quelqu'un, moi) adoptent de nos jours un ton familier et ironique pour aborder les questions politiques. Trop souvent on réduit les politiques à des figures de guignols, en oubliant l'importance des valeurs qu'ils doivent porter et la gravité des enjeux de leur élection, de leurs décisions. La politique est une affaire sérieuse, et c'est notre affaire, à nous tous. Ce n'est pas un bruit de fond vaguement lassant ou agaçant, ce n'est pas un décorum accessoire. La politique est le cœur de notre vie sociale. Si quelque chose ne vous convient pas ou vous révolte, il faut vous en préoccuper, travailler au changement, à l'amélioration. Vous ne devez pas vous en désintéresser. Si vous renoncez à ce droit qui est le vôtre, vous abandonnez volontairement votre statut de citoyen, et vous vous livrez pieds et poings liés à tous les groupes d'intérêts qui veulent que vous y renonciez.

Il y a des réveils difficiles. Le 21 avril 2002 a été l'un de mes premiers souvenirs marquants en politique, et aussi le pire jusqu'à présent. Cela fait dix ans que les idées du FN sont trop présentes, que son vocabulaire est trop repris, sa façon de poser les problèmes trop souvent reproduite avec une naïveté coupable chez les autres partis ou même dans les médias. Les propos révoltants qui se sont sinistrement fait jour dans les bouches des membres de l'actuelle majorité et de Sarkozy après les résultats du premier tour se situent dans la continuité de cette dérive graduelle. Par tous les diables, mais il faut relire Matin brun, ce petit livre qui avait remporté tant de succès et que tout le monde semble avoir oublié ! Qui aurait cru, il y a dix ans, que nous en serions là ? Qui peut le tolérer encore ? La droite droitisante a-t-elle a ce point réussi à faire oublier la possibilité même d'une autre gouvernance, d'un autre type de discours politique ? Pour toutes ces raisons, j'espère que cette fin de campagne détestable provoquera non pas un sursaut, mais un regain durable d'intérêt envers la politique de la part de tous ceux que les propos tenus ces dernières semaines ont indigné et qui réclament le retour d'un vrai discours républicain, d'une image de la France qui ne soit plus monopolisée par des extrémismes réactionnaires et profondément incapables de comprendre le monde actuel et à venir.

Je vote Hollande par socialisme, parce qu'aucune crise ne me paraît justifier de tels renoncements et un tel repli coupable vers des idéaux d'exclusion totalement dépassés, parce que je crois profondément à la possibilité d'une justice sociale compatible avec une saine gestion des finances dont la droite n'a guère donné l'exemple.

Je vote Hollande par humanisme, parce que je refuse, de toute mon énergie, cet éloge des frontières prôné par l'UMP. Non, notre pays n'est pas assiégé par l'extérieur ; non, on ne peut pas se prétendre attaché aux valeurs de la République et dans le même temps ne penser l'autre que comme une menace possible, dans un soupçon permanent. Oui, je pense que la France a besoin d'étrangers, que cela peut même améliorer son économie (et aussi bien les patrons eux-mêmes ont accusé l'absurdité économique complète de la circulaire Guéant qui aboutit à chasser les étudiants venus se former en France et à qui l'on défend de mettre leurs compétences au service du pays). Oui, je pense profondément qu'en ce début de XXIe siècle, à l'heure où jamais il n'a été plus facile de se tenir au courant de ce qui se passe à l'autre bout du monde, à l'heure où Internet met en relation des gens du monde entier dans un dialogue instantané et ininterrompu, à l'heure où les trésors de tous les savoirs du monde se déversent à flots sur la Toile et où l'unique défi consiste à apprendre à tous comment les trouver et en jouir, à l'heure où ces peuples qui semblaient enfermés dans les dictatures au Proche et au Moyen Orient commencent à secouer leurs jougs et à se saisir de leurs libertés, je pense qu'à l'heure où enfin l'humanité n'a jamais disposé d'autant d'outils pour se connaître elle-même et se ressentir comme l'unique peuple humain vivant sur Terre, et non plus comme un agrégat de nations vivant repliées chacune dans son coin sur des glorioles narcissiques et inanes, je pense fermement que dans un tel monde où tant de choses restent à construire et où les problèmes de l'avenir seront des problèmes de Terriens beaucoup plus que des problèmes de Français, l'éloge des frontières et la politique de l'exclusion n'ont plus rien à faire et ne peuvent rien apporter.

Et si jamais, ce soir, il s'avérait que les discours opportunistes et irresponsables de l'UMP ont su séduire la majorité encore une fois, je continuerai mon combat sans fléchir, sans renoncer à rien, avec toute l'énergie que m'apportent les valeurs maintes fois réfléchies et éprouvées qui sont celles de la République et que je ne laisserai à personne le loisir de distordre au service de discours xénophobes.

Sur ce, prenons le chemin des bureaux de vote...

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Visi(bi)lity : un blog anglophone sur les représentations des bi dans les séries et les films

25 avril 2012

Je vois passer pas mal de choses dans mes flux RSS et abonnements divers. Dans un monde idéal, j'aurais le temps de consacrer un article détaillé, des résumés, analyses etc.  à chacun des sites ou articles intéressants sur lesquels je tombe, mais visiblement ça n'est pas pour tout de suite. Alors je vais continuer à poster de temps en temps simplement des liens, avec un petit mot de présentation et quelques indications pour vous aider dans vos lectures. Je l'ai déjà fait plusieurs fois pour des sites en anglais (voyez ci à droite la catégorie "English trucs"). Aujourd'hui, je vous présente donc Visi(bi)lity, un blog consacré aux représentations des bi dans les médias audiovisuels et la fiction (principalement les séries TV et les films).

Visi(bi)lity est une série d'articles publiés récemment sur le site BitchMedia. BitchMedia est un webzine américain, qui sert de pendant web au magazine Bitch: Feminist Response to Pop Culture, qui paraît depuis 1996 (vous pouvez trouver plus d'informations sur eux sur le FAQ de leur site). BitchMedia a eu récemment la bonne idée de publier une série d'articles sur les bi via un blog intitulé "Visi(bi)lity", consacré aux représentations (ou non représentations) des bi dans les médias et les fictions. Ce blog est tenu par Carrie Nelson, une étudiante en media studies et militante queer (son profil sur le site est là).

Le blog a démarré début mars 2012 par un article intitulé : "Visi(bi)lity: Deconstructing Images of Bisexuality in the Media". Il commence à y avoir pas mal d'articles, mais on peut accéder à tous facilement en passant par la catégorie "bisexual visibility". Les articles ne sont pas nécessairement très longs, mais ils contiennent toujours une bonne dose de réflexion sur les stéréotypes et les représentations associés aux bi. L'auteure, cinéphile et passionnée de séries, s'intéresse surtout aux médias audiovisuels, mais évoque aussi un ou deux livres de temps en temps. Le niveau d'ensemble est impressionnant, et les billets sont publiés avec une régularité encore plus impressionnante. En termes de niveau de langue, ça n'est pas particulièrement ardu à lire (en dehors des notions de base LGBT en anglais, il n'y a pas vraiment de vocabulaire technique ou de tournures familières à tous les coins de phrase).

Je vous présente ci-dessous une sorte d'index des billets qu'elle a publiés jusqu'à présent, pour vous permettre de naviguer plus facilement vers les sujets qui vous intéresseront :

6 mars 2012 : Visi(bi)lity: Deconstructing Images of Bisexuality in the Media. Principe du blog et réflexion générale sur l'invisibilisation des bi et les stéréotypes qui leur sont attachés quand on les représente.

7 mars 2012 : Visi(bi)lity: Bi the Way and the Realities of Bisexuality. Sur le documentaire américain Bi the Way consacré aux bi : pas mal, mais maladroit et insuffisant selon Carrie Nelson.

8 mars 2012 : Visi(bi)lity: Cynthia Nixon and the Politics of Labels. Sur les propos de l'actrice américaine Cynthia Nixon à propos de sa bisexualité ou non.

13 mars 2012 : Visi(bi)lity : Biphobia Bingo ! A Look at Basic Instinct. Sur les représentations associées à la bisexualité dans le film Basic Instinct, dont la Grande Méchante est présentée comme bi.

14 mars 2012 : Visi(bi)lity: In Praise of Callie Torres. Sur un bon personnage de bi à la télé américaine : Callie Torres dans la série Grey's Anatomy.

15 mars 2012 : Visi(bi)lity: America's Next Top Bi Icon: Introducing Laura LaFrate. Sur Laura LaFrate, personnalité de l'émission de télé réalité américaine America's Next Top Model, qui s'identifie comme bi.

20 mars 2012 : Visi(bi)lity: Glee's Problem With Bisexual Men. Sur la représentation de la bisexualité masculine dans la série américaine Glee.

21 mars 2012 : Visi(bi)lity: Isn't It Bromantic ? Sur la représentation hétérocentriste des amitiés masculines à partir d'une critique du film Humpday, exemple d'histoire basée sur une "bromance" *.

22 mars 2012 : Visi(bi)lity: "A 51st Century Guy": A Few Words on Jack Harkness À propos de Jack Harkness, personnage récurrent de deux séries de SF britanniques : Doctor Who, pilier de la BBC destiné à un public familial, et (surtout) Torchwood, la seconde étant un spin-off plus hardcore destiné davantage à un public ado-adulte.

27 mars 2012 : Visi(bi)lity: Bisexuality as Rebellion: Sexualizing Women's Friendship. Sur la représentation de relations sexuelles entre femmes dans la fiction comme moyen d'exprimer la rébellion des personnages contre l'ordre établi.

28 mars 2012 : Visi(bi)lity: A Tale of Two Alexes: Bi Coming-of-Age Narratives. Sur les histoires de personnages féminins bi dans les séries The O.C. et Degrassi: The Next Generation.

29 mars 2012 : Visi(bi)lity: Post-Bi ? What Skins Can Teach Us About Labels. Réflexion sur le besoin (ou non) de catégories et d'étiquettes (gay, hétéro, bi, etc.) à partir de la représentation de la sexualité dans la série britannique Skins.

3 avril 2012 : Visi(bi)lity: Performing Bisexuality. À propos des chansons pop du type "I Kissed A Girl" de Kate Perry etc. qui représentent les stars comme bi... très physiquement pratiquantes.

5 avril 2012 : Visi(bi)lity: Insivi(bi)lity in the Culture Wars. Sur des propos du pasteur Ted Haggard - généralement opposé aux droits des homos - au sujet des bi.

6 avril 2012 : Vis(bi)lity : How the Savage U Premiere Barely Exceeded My Extremely Low Expectations. Sur le traitement de la bisexualité dans une émission de Dan Savage (un journaliste américain gay qui parle souvent de sujets en lien avec les sexualités).

10 avril 2012 : Visi(bi)lity : John Irving Tackles Biphobia in New Novel. Comme le dit le titre : un nouveau roman de John Irving dans lequel il aborde la bisexualité et la biphobie avec un degré de nuance bienvenu.

11 avril 2012 : Visi(bi)lity : Queer as Folk Broke My Heart. Sur le personnage de Lindsay Peterson dans la série américaine Queer as Folk et les stéréotypes négatifs associés à la bisexualité dans cette série.

13 avril 2012 : Visi(bi)lity : The L World's Messy Exploration of Straight Privilege. Sur la représentation de la bisexualité dans la série The L World.

17 avril 2012 : Visi(bi)lity : Finding Realism in Rose By Any Other Name. Sur la websérie Rose By Any Other Name, dont le personnage principal est une femme qui s'identifie comme lesbienne avant de se découvrir bi lorsqu'elle tombe amoureuse d'un homme.

18 avril 2012 : Visi(bi)lity: How Bideology Battles Biphobia. Sur la série de documentaire Bideology qui s'intéresse aux relations entre bi et entre femmes hétéro et hommes bi.

19 avril 2012 : Visi(bi)lity: Is Social Media the Final Visi(bi)lity Frontier ? Sur le rôle positif que peuvent jouer les réseaux et médias sociaux du type Tumblr en faveur de la visibilité des bi et du combat contre la biphobie.

24 avril 2012 : Visi(bi)lity : Toward a Visible Movement. Constat alarmant sur le fait que les organisations bi manquent de financements, et appel à les aider. J'ajoute que ça vaut aussi pour la France !

Le blog est toujours actif : il n'a pas de page propre, mais vous pouvez le suivre par flux RSS en vous abonnant au flux général des articles de BitchMedia, ou en retournant voir le site ou la catégorie "bisexual visibility" régulièrement.

Voilà, j'espère que ce petit guide de lecture vous sera utile !

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* Bromance : mot anglais moche formé à partir de "romance" et "brothers" et désignant une relation de grande proximité entre deux amis (hommes) intimes, mais sans rien de sexuel.

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Bi’cause le 23 avril : rencontre avec l’association Contact (familles de LGBT)

17 avril 2012

Comme d'habitude, je relaie les annonces d'événements de l'association parisienne Bi'cause :

La prochaine Bi'causerie organisée à Paris par l'association Bi'cause aura lieu lundi prochain 23 avril au Centre LGBT Paris à partir de 20h. Elle consistera en une rencontre avec des membres de l'association CONTACT, un regroupement d'associations départementales présentes un peu partout en France et qui rassemblent des parents et familles de lesbiennes, de gays, de bisexuel-le-s et de transsexuel-le-s. Je copie ici la présentation de leurs activités sur le site que j'ai donné en lien :

CONTACT est une Union d’associations départementales ayant pour objectifs d'aider les familles et leurs amis à comprendre et à accepter l’homosexualité ou la bisexualité de leur fils, de leur fille ou de leurs proches ; d'aider les lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, à communiquer avec leur entourage ; de lutter contre les discriminations et les autres formes d'homophobie. A ce titre, elles sont composées de lesbiennes, de gays, de bisexuels, ainsi que de parents et proches d'homosexuels et de bisexuels.

La discussion durera jusqu'à environ 23h, mais il y a moyen de partir plus tôt si vous avez un long retour après, ou du boulot tôt le lendemain, etc.

Pour vous tenir au courant des activités futures de Bi'cause, vous pouvez aller voir l'agenda sur leur site. Bi'cause a aussi une page Facebook.

Pour entrer en contact avec l'association CONTACT, il y a plusieurs sites et adresses mail possibles selon la région où vous vous trouvez : le mieux est d'aller voir sur leur site. Pour l'Île-de-France, c'est là.

Pour savoir comment aller au Centre LGBT Paris, voyez la page d'infos pratiques de leur site.

MISE A JOUR LE 18 : J'ajoute le texte plus détaillé de l'annonce officielle transmise par Bi'cause :

Bi’causerie

échange discussion avec l’association

CONTACT Ile de France

23 avril 2012 – 20 h – Centre LGBT

« CONTACT Paris Île-de-France est une association familiale qui a pour but d'aider à l'acceptation de l'homosexualité dans le cadre familial par l'établissement ou le rétablissement du dialogue entre parents et enfants. »

CONTACT trouve son origine dans l’expérience associative d’un ancien président du MAG (association des jeunes gais lesbiennes bi et trans) confronté régulièrement aux difficultés des jeunes pour avouer et faire accepter leur homosexualité à leurs parents, et aux ruptures familiales qui pouvaient en découler.

Voici un extrait de la charte éthique :

NOUS PARENTS, AFFIRMONS :

  • Que nos enfants homosexuels font partie de notre famille.
  • Que nous les acceptons tels qu'ils sont.
  • Que nous voulons qu'ils puissent vivre ce qu'ils sont.

NOUS HOMOSEXUEL-LE-S, AFFIRMONS

  • Que notre famille est incomplète si nous sommes rejetés.
  • Que nous voulons être acceptés tels que nous sommes.

Une brochure intitulée « Notre enfant est homosexuel » est disponible auprès de l’association et sur le site internet : http://asso-contact.org/brochure-parents-2007.pdf

La bisexualité n’est pas une identité ni une orientation plus aisée à avouer et faire accepter que l’homosexualité. Il y a une véritable nécessité à prendre en compte les difficultés des jeunes bi dans leur parcours de « coming out ».

C’est pourquoi nous sommes très heureux de recevoir l’association CONTACT Paris Ile-de-France pour échanger sur ce thème. Pour cette bicauserie-rencontre, CONTACT Paris Ile-de-France sera représentée par trois mamans avec des degrés d'acceptation de l’homosexualité différents au départ et un jeune homme bi.

Nous vous invitons nombreux à apporter vos questions, réflexions et témoignages afin de nourrir cet échange.

Entrée libre

Centre LGBT, 61-63 rue Beaubourg, 75003 Paris - Après 20 h, sonnez.

Métro : Arts et Métiers, Rambuteau, RER Châtelet - Les Halles
Bus 38, 47, arrêt Grenier Saint-Lazare – Quartier de l’Horloge
Vélib’ stations n° 3010 et n° 3014

Bi’causerie est une rencontre organisée par l’association Bi’Cause, autour d’un thème relevant de la « culture bi » : arts, littérature, société… avec la participation d’une personnalité ou d’une association invitée.

Le 2e et le 4e lundi du mois, la Bi’causerie est ouverte aux adhérents, sympathisants, bi friendly, à tous ceux qui s’intéressent à l’univers de la bisexualité. Entrée libre.

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Dans la peau d’un bi (2 de 2)

12 avril 2012

Voici enfin la seconde partie de mon article consacré au vécu et aux questionnements des bi. Il s'est écoulé beaucoup plus de temps que je ne l'avais prévu au départ depuis que j'ai posté la première partie. Pardon pour ce long délai ! Il s'explique en partie par mon peu de temps libre, mais aussi par le mal que j'ai eu à formuler et à organiser correctement les questions que je voulais aborder. J'espère que le résultat sera intéressant et à peu près lisible.

La première partie de cette réflexion de fond sur ce que c'est qu'être bi parlait principalement de mon ressenti en tant que bi dans la vie quotidienne. Maintenant, passons à la façon dont un bi mène sa barque dans la vie. Vous allez voir que les problèmes sont un peu différents de ceux que rencontreraient des personnes hétéro ou homo.

Peurs, problèmes, attentes

Qu'est-ce qui, dans la perspective d'une relation, peut me causer des interrogations, des inquiétudes, voire des craintes, en tant que personne bisexuelle ? Plusieurs choses.

La peur d'être rejeté en tant que bi. Autrement dit, la peur de la biphobie, mais le mot risque de vous tromper sur ce que je veux dire. Je n'ai pas spécialement peur que des types méchants viennent me jeter des pierres à la sortie du bar en hurlant "Bouh, sale bi !" (en général, ils en ont surtout après les homos, et s'ils me jettent des pierres, ce sera probablement qu'ils me prendront pour un homo : la bonne nouvelle, c'est que je ne serai pas harcelé spécifiquement à cause de ma bisexualité, youpi...). Non, ce dont j'ai peur, c'est de la méfiance des gens avec qui je pourrais avoir envie de sortir, voire de faire ma vie.

Quand on sort avec quelqu'un du sexe opposé, on est supposé hétérosexuel par défaut. Quand on sort avec quelqu'un du même sexe, on est souvent supposé homosexuel par défaut. Une personne bisexuelle doit donc caser assez vite une petite explication : "Tu sais, je ne suis pas hétéro/homo (rayer ici la mention inutile), je suis aussi sorti avec des hommes/femmes (rayer ici la mention inutile), bref, je suis bi". Et là, pas mal de choses dépendent de la réaction de l'autre. On se place en situation d'être jugé et potentiellement rejeté, de devoir expliquer, argumenter, convaincre, rassurer...

Dans une certaine mesure, c'est normal : la bisexualité est encore trop peu connue (pas autant que l'homosexualité, par exemple), et il est normal que les gens ne soient tout simplement pas au courant de ce que c'est. Là où commence la biphobie, c'est dans une attitude de rejet de l'autre parce qu'il vous fait peur. Et en tant que bi, j'ai peur de faire peur aux gens avec qui j'aurais envie de sortir. Je crains de parler de ça à quelqu'un et de lire dans ses yeux des choses comme : "Qu'est-ce que c'est que ce pervers ?", "Mais ce type doit être un obsédé !", "Houlalà dans quoi je me suis engagé, pourquoi j'ai parlé à ce type ?", "Pourquoi je tombe toujours sur des cas sociaux ?", "Bon, je vais dire merci et me barrer vite fait", etc. Et bien sûr, il y a aussi les homos biphobes bien décomplexé-e-s qui connaissent très bien le truc (ou du moins pensent très bien le connaître) et assèneront sans vergogne des : "Bi ? Désolé, je sors pas avec les bi, ils sont (trop ceci, pas assez cela, coupables de tout plein de choses, pas assez parfaits par rapport au reste du monde en général, etc.)".

Bref, je ressens une certaine crainte à l'idée de nouer une relation quelle qu'elle soit, et cela quel que soit le sexe du partenaire, puisque je suis susceptible d'être rejeté aussi bien par des hétéros que par des homos.

On me dira peut-être qu'il y a toujours la possibilité de garder secrète ma bisexualité, que chacun a droit à son jardin secret, etc. Mais je n'ai pas envie de vivre cet aspect de ma vie dans le secret, pour la bonne raison que ça n'est ni agréable ni utile sur le long terme. Admettons que ça puisse se concevoir pour une histoire d'un soir, mais dès qu'on parle de relations, cela suppose (à mes yeux) de pouvoir vivre en couple sans renoncer à être pleinement soi-même – et en l'occurrence, même si la bisexualité est très loin de me définir tout entier (heureusement !), c'est un aspect de ma vie trop important pour que je le fasse passer sous le tapis aux yeux d'une personne avec qui je recherche non pas seulement des moments torrides à intervalles raisonnablement rapprochés, mais "aussi" une confiance mutuelle.

Conclusion ? La tentation est grande de... sortir avec d'autres bi, pour se sentir mieux compris. Mais ça ne résout qu'en partie le problème, d'abord parce que les bi ne sont ni meilleurs ni pires que les autres pour le reste, et ensuite parce qu'il y a toutes sortes de gens très bien qui ne sont pas bisexuels... et pourraient sortir avec des bi, s'ils étaient assez bien informés pour ne pas s'enfuir en courant à leur approche.

Christophe Colomb rencontrant les Indiens d'Amérique.

Les bi sont autant de petits Christophes Colombs en herbe découvrant les Amériques sensuelles et sentimentales... (Source de l'image : Wikimedia Commons)

La solitude des bi en territoire inexploré. La bisexualité ne s'oppose pas seulement à l'hétérosexualité ou à l'homosexualité prises individuellement ; elle se distingue aussi de ces deux orientations sexuelles conçues comme des "monosexualités", c'est-à-dire comme des attirances envers un seul sexe. En plus simple : le propre de la bisexualité, c'est qu'on est attiré par deux sexes différents.

Quelles sont les conséquences propres à ce cas de figure unique ? Est-ce que ça change quelque chose en termes de besoins sexuels, de besoins affectifs ? Y a-t-il des adaptations nécessaires pour ce qui concerne la fidélité, l'exclusivité sexuelle ou sentimentale, la notion même de couple ? Une personne bisexuelle peut-elle parvenir à se contenter d'un seul partenaire pour une relation longue (voire pour la vie) ? Doit-elle rechercher plutôt une double relation, une avec une personne de chaque sexe ? Ou bien une relation stable et une série de relations courtes, ou deux relations stables ? Qu'est-ce qu'une personne bisexuelle peut demander de différent à son ou ses conjoints par rapport à une personne monosexuelle ? Quelles libertés accorder ou ne pas accorder aux autres en échange ? Où s'arrête le besoin, où commence l'abus ? Comment savoir si on n'en fait pas trop ? Si ça pose problème, est-ce qu'on va pouvoir trouver une solution durable au sein du couple ? Si ça ne pose pas problème, est-ce que ça va fatalement poser problème à un moment donné ou est-ce que ça ira ?

Aucune idée.

Qui se pose ces questions ? Tout le monde. Qui peut y répondre ? Personne, pour le moment : il y a autant de réponses potentielles que de personnes bisexuelles. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas dégager de grandes tendances, et c'est pourquoi il faut édifier une communauté bi capable de prendre en charge ces questions. Dans l'intervalle, c'est à chaque personne bisexuelle de déterminer, sur le tas et avec le temps, son propre fonctionnement, ses besoins, ses désirs, ce dont il ou elle ne peut pas se passer et ce à quoi il ou elle peut renoncer. Il n'y a pas de tradition, pas de grande instance de jugement, même pas d'études sociologiques sur le sujet qui permettraient de savoir comment les gens se débrouillent avec ça (pas à ma connaissance, du moins). Tout se joue au niveau des individus, et au niveau des couples. C'est à chaque couple de réinventer des règles, de fixer les libertés et les limites, afin de faire en sorte que chacun y trouve son compte. Sans parler des enfants, de la famille, des amis, et de la façon dont il faut à un moment donné leur expliquer tout ça. La vie des bi, c'est aussi ça.

Autrement dit, chaque bi est un peu un explorateur laissé quasi seul en territoire inexploré. Alors bon, le coup du "Dans la vie faut pas s'en faire, ça ira tout seul, pas besoin de se poser trop de questions", c'est bien gentil, mais, à ce niveau-là, ça va bien cinq minutes. D'où l'intérêt aussi de former une communauté et de discuter ensemble de ces problèmes qui nous sont propres.

Perspectives de vie

L'influence des lois et des grands modèles de relations. Si vous êtes hétéro aujourd'hui en France, vous héritez d'un modèle traditionnel invitant à trouver une relation stable, se marier, fonder une famille et avoir des enfants, même si la plupart du temps, ça ne se passe plus comme ça (on a des enfants avant de se marier, quand on se marie ; si on se marie, on finit souvent par divorcer ensuite, puis par avoir d'autres relations plus ou moins longues, d'autres enfants en même temps qu'on élève les précédents, etc.). Les histoires d'un soir et les relations courtes sont admises, les relations longues aussi. Vous pouvez vivre en union libre, mais si vous voulez formaliser une relation de couple, vous avez le choix entre le PACS, qui instaure des devoirs mutuels et des avantages utiles entre les conjoints mais n'accorde qu'un minimum de droits en matière d'héritage et de filiation, ou bien le mariage, plus contraignant mais plus complet dans ces derniers domaines et plus décisif sur le plan symbolique pour pas mal de gens. Seules les histoires à trois ou plus sont ignorées par la loi et jugées au mieux étranges par l'opinion.

Si vous êtes homo aujourd'hui en France, vous héritez des droits acquis de haute lutte par un peu plus d'un siècle de revendications en faveur des droits des homosexuels. Vous avez le droit de vivre comme vous voulez, et la loi doit vous défendre si vous êtes en butte à une discrimination quelconque portant sur votre orientation sentimentale-sexuelle. Vous pouvez rechercher des histoires d'un soir, vous engager dans des relations courtes ou longues, vivre en union libre. Depuis l'adoption du PACS en 1999 sous le gouvernement Jospin, vous disposez d'un cadre légal qui vous permet de formaliser une union de couple, avec droits et devoirs ; mais vous n'avez pas (encore) accès au cadre plus complet qu'est le mariage. Si vous souhaitez avoir un enfant, à moins d'être parent biologique, vous n'aurez pas d'autorité parentale sur lui, sauf peut-être par délégation. Vous n'avez pas non plus le droit d'adopter un enfant au titre de votre couple (vous ne pouvez le faire qu'à titre individuel). Vous n'avez pas non plus accès à l'assistance médicale à la procréation, pour le moment limitée aux situations d'infertilité ou de maladies graves pouvant être transmises à l'enfant (pour les femmes homosexuelles, le Sénat a essayé en juillet 2011, mais l'Assemblée n'en a pas voulu).

Et... si vous êtes bi aujourd'hui en France ? Hum... les deux ? Oui et non. Oui, parce que, techniquement, les bi sont concernés à la fois par les deux situations : ils sont les seuls à pouvoir potentiellement formaliser une relation avec une personne de l'un ou l'autre sexe. En l'état actuel de la loi, les personnes bisexuelles disposent de droits satisfaisants pour leurs relations avec des gens de l'autre sexe et de droits limités pour leurs relations avec des gens du même sexe. Des perspectives de vie pour le moins asymétriques... qui ne sont pas sans influence sur la façon dont les gens conçoivent leur vie et leurs relations.

Pas mal de facteurs entrent en jeu pour expliquer les choix individuels des bi, mais je crois que l'histoire personnelle joue beaucoup, selon qu'une personne bi se découvre d'abord attirée par les gens de l'autre sexe ou par les gens du même sexe. Tout simplement parce qu'il est assez rare, à mon avis, qu'un bi se sache directement bi et s'identifie directement comme tel. De même qu'une personne homo se pense d'abord hétéro par défaut, parce que c'est ça qu'on nous apprend à être pendant notre enfance et notre adolescence, de même, une personne bi s'identifie souvent d'abord soit comme hétéro, soit comme homo, et ne se rend compte que plus tard qu'il y a quelque chose qui cloche. Dans l'intervalle, les sphères de sociabilité vers lesquelles elle s'oriente sont différentes et influent sur sa vision des choses. Si au départ tout a bien fonctionné dans le moule hétéro routinier, la personne n'a aucune raison de remettre en cause le modèle traditionnel relation-maison-PACS-mariage-enfants (dans l'ordre que vous voulez), et au moment où elle se découvre bi, c'est sur cette base qu'il va falloir faire des ajustements : autrement dit, on se retrouve souvent déjà engagé dans une relation hétéro, voire PACSé-e ou marié-e, voire parent, au moment où le doigt du destin se pointe sur vous et vous révèle "HA HA, EN FAIT TU ES COMPLIQUÉ-E". Si au départ on s'est cru homo, on peut se trouver fortement engagé dans la remise en cause du modèle traditionnel au point d'en venir à se définir entièrement contre lui ; mais dans ce cas, au moment où on se découvre aussi attiré par des gens de l'autre sexe, le modèle traditionnel en question resurgit et vient vous faire du charme en vous disant : "Mais si, c'est possible, tu peux être un peu dans le moule, ce serait confortable et puis si tu aimes beaucoup ton/ta chéri-e, pourquoi diable s'en priver ?"

Un autre facteur, proche mais distinct, est bien sûr le déroulement de la vie sexuelle-sentimentale, selon que la ou les premières relations longues se font avec des gens de l'autre sexe ou avec des gens du même sexe. Car même si on se sait bi, dès qu'on entame une relation, on se met sur des "rails de vie par défaut" différents selon qu'on est en couple avec quelqu'un de son sexe ou quelqu'un de l'autre. Toute relation suit par défaut un parcours de vie soit du type hétéro (avec la tentation de l'horizon de vie traditionnel, fonder une famille et tout) soit du type homo (juste une relation avec PACS possible, à moins d'aller dans un pays chouette où d'autres trucs sont permis).

Un tiraillement permanent entre des rails de vie binaires. La pression sociale générale incite à fonder une famille et à avoir des enfants (peut-être encore plus pour les femmes que pour les hommes). En plus, le parcours de vie hétéro est le plus tentant sur trois plans : il est le plus confortable socialement (c'est la normalité par excellence), le plus avantageux en termes de loi (ce n'est pas pour rien qu'on se bat pour l'ouverture du mariage aux couples de même sexe : c'est vraiment plus intéressant que le PACS), et aussi le plus gratifiant quand on veut être parent. Quand on est homo, on n'a pas le choix, il faut faire autre chose. Mais quand on est bi, on a virtuellement le choix, et la pression (y compris le modèle de normalité intériorisé dès l'enfance) est forte. Ajoutons que, les statistiques sur les orientations sentimentales-sexuelles étant ce qu'elles sont, il est beaucoup plus facile de trouver un partenaire de l'autre sexe qu'un partenaire du même sexe, puisque, quand on est bi, le nombre de gens du même sexe sexuellement/sentimentalement compatibles avec vous est nettement plus réduit que ceux de l'autre sexe (ce qui explique pourquoi la phrase de Woody Allen sur les bi super contents le samedi soir est une ânerie hénaurmeuh).

De l'autre côté, il y a la communauté LGBT où l'on peut envisager soit de se battre pour accéder à quelque chose de proche du modèle familial traditionnel (en réclamant le droit au mariage et à l'adoption), soit de partir dans quelque chose d'autre, dans des relations qu'on ne cherchera ni à faire reconnaître par une institution ni à faire déboucher sur la fondation d'une famille. Dans ce dernier cas, on sait qu'il y aura tout de même une sociabilité possible (on sait qu'on sera considéré comme bizarre et stigmatisé comme tel, mais qu'en fréquentant le milieu LGBT on ne sera pas tout seul pour résister et se battre). Cette pression d'une partie de la contre-culture LGBT prônant un rejet complet des institutions traditionnelles est tout aussi tentante et tout aussi forte dès lors qu'on ne se reconnaît plus dans le moule hétéro par défaut de la famille et du mariage. Mais elle a tendance à aller de pair avec une étiquette "homo"...

Jimmy Page, du groupe Led Zeppelin, en 1983.

Être bi, c'est devoir trouver l'harmonie sur une guitare double. (Photo : Jimmy Page en 1983, Wikimedia Commons.)

L'avenir entre deux mondes, ou l'horizon brouillé. A-t-on tout dit sur la situation des bi une fois qu'on a énuméré ces différents modèles de vie possibles et qu'on a ajouté qu'une personne bi a virtuellement le choix entre les deux ? J'avais dit "Oui et non". Nous en arrivons au "... et non". Parce qu'en réalité, ce qu'on imagine trop vite comme un "choix" n'est pas une liberté mais une angoisse... et cela d'autant plus qu'aucun des grands modèles de vie ne prend en compte tous les besoins potentiels d'une personne bisexuelle.

Si je suis hétéro ou homo, je sais que ma vie sentimentale et sexuelle, si aventureuse qu'elle soit, va se dérouler à peu près dans le même grand cadre. J'ai un horizon de vie par défaut, soit acquis, soit en partie à acquérir par la lutte, mais j'en ai un. La loi me reconnaît tous mes droits ou bien ne me les reconnaît qu'en partie, mais elle les reconnaît un peu. Et même lorsqu'une relation se termine, je peux déjà penser aux suivantes et je sais que les règles du jeu seront à peu près les mêmes. Si je suis hétéro, je peux concevoir sans problème d'avoir des enfants, de fonder une famille. Si je suis homo, je sais que ça va être compliqué : soit je fais un trait dessus, soit j'envisage de me battre pour mes droits ou d'aller à l'étranger pour pouvoir adopter. Que je sois homo ou hétéro, je peux envisager d'être dans des relations exclusives ou libres, ou encore de faire des infidélités à mon/ma partenaire, mais toutes mes (més-)aventures auront lieu avec des partenaires appartenant à un seul et même sexe, et le modèle de vie qui chapeaute tout cela restera toujours le même. Autrement dit, avec un schéma, ça donne :

Hétéro :

  • Fidèle et totalement idéalisé : une relation hétéro (donne des enfants).
  • Fidèle : une relation (donne éventuellement des enfants) PUIS une relation hétéro (donne éventuellement des enfants) PUIS une relation hétéro (donne éventuellement des enfants), etc.
  • Infidèle/unions libres : une relation hétéro (donne éventuellement des enfants) ET une autre relation hétéro (donne éventuellement des enfants) ET une autre relation hétéro (donne éventuellement des enfants), à mixer avec le modèle précédent ci-dessus pour la succession des relations au fil du temps.

Homo :

  • Fidèle et totalement idéalisé : une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption).
  • Fidèle : une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption) PUIS une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption) PUIS une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption), etc.
  • Infidèle/unions libres : une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption) ET une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption) ET une relation homo (pas d'enfants sauf si adoption), etc. à mixer avec le modèle précédent ci-dessus pour la succession des relations au fil du temps.

La monosexualité, au fond, c'est simple*.

(* Ce propos contient une part d'exagération humoristique. Je précise au cas où.)

Mais je suis bi, et ça n'a rien à voir. Selon que je sors avec une femme ou avec un homme, je me mettrai sur des "rails de vie" différents... et chaque nouvelle relation sera susceptible de les remettre entièrement en cause.

Imaginez le genre de vie que ça donne. J'ai 15 ans, je suis ado et je me pense hétéro. Je sors avec une fille, on s'aime follement, on voudrait se marier et avoir des enfants. Un mois après elle me quitte, zut. Période de mouchoirs puis de célibat. J'ai 17 ans, je rencontre un garçon. Il me plaît, on fait des choses ensemble : terrible révélation ! Serais-je homo ? Grande crise existentielle. J'accepte difficilement mes nouvelles attirances, puis je m'y fais. J'ai 18 ans. On pourrait se PACSer, tant pis, j'aurai pas d'enfants, de toute façon j'aime pas ça. Et là paf, il me quitte pour un autre : tous des salauds ces pédés. Je suis profondément troublé, j'essaie d'oublier tout ça. Je fréquente le milieu gay, je sors avec plein d'hommes. Je me dis que je dois être gay, d'ailleurs la fille avec qui je sortais avec le nez un peu carré et jouait à Diablo, je devais aimer son côté masculin (oui, c'est stupide, mais "je" n'ai pas fait de sociologie dans cet exemple). Allez, je m'identifie comme homo. Je renonce au mariage et aux enfants, de toute façon je suis un rebelle, j'ai 20 ans et j'emmerde la bourgeoisie. Je me dis qu'au fond je cherche surtout à prendre mon pied, je n'ai pas envie de m'attacher à quelqu'un. J'ai 21 ans quand soudain, j'ai le coup de foudre pour une femme ! Grande crise existentielle (2e épisode). Puis-je donc être attiré par les deux sexes ? Sur un site web je découvre le mot "bisexualité". Exaltation et nouveaux doutes : si j'étais sorti avec cette fille, aurais-je réellement bandé au lit ? Ne suis-je pas victime de l'oppression hétéro dominante ? Vérification impossible, le coup de foudre n'a pas été réciproque. Je continue à sortir avec des mecs mais je regarde aussi les filles et tout cela me manque et en même temps je doute, je suis peut-être gay. A 23 ans je tombe éperdument amoureux d'une fille, mais nouveau râteau : je me dis que je ne plais qu'aux mecs et qu'il faudra que je m'y fasse. A 24 ans, râteau de la part d'un puis de deux mecs : je me sens maudit. Grande crise existentielle (3e épisode) et coup de vieux n°1. A 24 ans et demi j'ai une histoire d'un soir avec une fille, c'est le septième ciel, j'ai des sentiments pour elle : c'est confirmé, je suis bi ! On sort ensemble, un an, deux ans, trois ans : horreur, dans quoi m'engagé-je là ? Le mariage, les enfants réapparaissent, et le grand amour aussi. Je regarde toujours les hommes, mais ma chère et tendre me suffit, je me dis que les hommes ne m'attirent pas sentimentalement et que je devais être simplement en manque de sexe, et je suis convaincu d'être "en fait hétéro". On se PACSe, on a un enfant : me voici papa, je vais sur mes 30 ans. Coup de vieux n°2. Deux ans après, ma relation bat de l'aile, on ne s'entend plus. Dans le même temps, les bras d'un homme me manquent, mais pas question d'en parler avec ma partenaire. Disputes, sanglots, nuits blanches. N'y tenant plus, je cherche un plan cul sur Internet. Sur les sites de rencontre gays on me rejette comme bi. Je me crée un autre compte en me présentant comme homo et je trouve aussitôt quelqu'un.  Quelques jours après ma partenaire découvre mon incartade : dispute violente, grandes explications métaphysiques, nous finissons par repenser notre relation sur une base ouverte, et... Je pourrais continuer longtemps, en ajoutant des enfants, une famille recomposée, des ex des deux sexes, des triangles amoureux de base bi, etc.

Bref : être bi vous complique un peu les choses. J'entends bien : la vie (surtout sentimentale) EST compliquée, quelle que soit votre orientation sexuelle/sentimentale. Mais je crois qu'être bi vous contraint à remettre beaucoup plus de choses en cause sur ce plan-là que le fait d'être hétéro ou homo, tandis qu'à l'inverse vous disposez de beaucoup moins de modèles à portée de la main dans la culture commune pour vous aider à penser votre propre vie. En un mot, on navigue à vue, tout le temps.

Conclusion : Evil Bisexuals From Space Killed Cupidon (à moitié)

Un dernier problème : le concept même de bisexualité fait buguer le Grand Mythe Amoureux de Tous les Temps, celui du couple exclusif et de la vie-à-deux-et-rien-qu'à-deux-les-mêmes "jusqu'à ce que la mort vous sépare". Si vous êtes un homme hétéro, vous avez toujours vaguement l'espoir de tomber sur la femme de votre vie, bon, pas forcément LA femme idéale, mais quelqu'un avec qui vous pourrez concevoir de rester "toujours". Si vous êtes un homme gay, vous pouvez chercher l'homme de votre vie : rien ne vous en empêche. Si vous êtes un homme bisexuel, ça devient un peu compliqué de penser ce beau rêve romantique, parce que quelle que soit la personne idéale que vous rencontrez, elle n'est en général que d'un sexe. À quelque moitié qu'elle appartienne, votre moitié n'est potentiellement jamais toute votre vie.

Potentiellement seulement, comprenons-nous bien : toute une partie des bi s'accommode à merveille du modèle du couple exclusif. C'est une affaire d'affectivité de chacun. Mais même lorsqu'ils s'en tiennent à cette exclusivité, l'univers des bi n'est, conceptuellement, pas aussi exclusif que celui des monosexuels : ils sont en état de désirer potentiellement des personnes de l'autre sexe, mais font passer leurs sentiments avant ça. Quant aux autres bi, ils doivent aller explorer d'autres modes de vie que le couple exclusif. Il peut s'agir d'ouvrir le couple sur le plan sexuel seulement ou bien aussi sur le plan sentimental. Il peut s'agir d'avoir l'homme ou la femme de sa vie, de fonder une famille avec, et d'avoir des partenaires occasionnel-le-s. Ou bien il peut s'agir d'avoir les deux êtres de sa vie, l'homme de sa vie ET la femme de sa vie. On entre dans les questions propres au polyamour. Ça part complètement en dehors de ce que prennent aujourd'hui en compte les modèles sociaux dominants de la famille, mais c'est possible, je connais des gens qui le vivent (et d'autres qui essaient, ou qui voudraient parce qu'ils ont l'impression persistante d'en avoir besoin).

Or, l'exclusivité du couple, c'est un socle traditionnel que l'hétérosexualité et l'homosexualité ont en commun, et qui, s'il n'est en soi ni conservateur ni novateur, peut facilement renforcer la domination traditionnelle historique du modèle du couple exclusif hétérosexuel, et renforcer la discrimination et la répression contre tout ce qui s'en écarte peu ou prou. Et c'est là que les bi s'en prennent plein la figure, même ceux que l'exclusivité ne dérange pas, parce qu'ils représentent conceptuellement une remise en cause de ce modèle.

C'est donc une cause de biphobie, mais c'est aussi, pour les bi eux-mêmes, un sujet d'inquiétude possible, car la perspective du Grand Amour ne sort jamais complètement indemne une fois lézardée par la découverte de leur attirance pour non pas un mais deux sexes. D'où l'angoisse : aurai-je un jour, moi aussi, mon conte de fée sucré ? Parfois on arrive à rester dans le moule, et parfois il faut bricoler... souvent. Le résultat est une vie qui ressemble un peu à la dispute entre les petites fées à propos de la couleur de la robe d'Aurore dans La Belle au bois dormant de Disney : ni rose, ni bleu, mais un mélange inattendu entre les deux. (Je viens de montrer que la robe d'une des princesses Disney est un symbole bi. Je suis terriblement fier de moi.)La princesse Aurore, avec sa robe bicolore rose et bleue, danse avec le prince.

Mais la question des rapports entre la bisexualité et l'exclusivité du couple est un sujet qui mériterait des billets entiers à lui seul, et j'ai déjà été terriblement bavard : je m'en tiens là pour cette réflexion !

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Appel à témoignages de Bi’Cause sur la biphobie

3 avril 2012
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Je relaie ici un appel à témoignages de Bi'Cause à tou-te-s les bi au sujet de la biphobie :

"Bonjour,

À Bi’Cause, à côté de nos activités régulières, nous avons souhaité lancer lors de la Journée Internationale de la Bisexualité du 23 sept 2011 une action de lutte contre la biphobie. Nous nous sommes rapprochés d’SOS-Homophobie et avons annoncé deux axes de travail :
- un axe d’analyse des manifestations biphobes pour établir des statistiques et affiner l’aide et les réponses,
- un deuxième axe qui serait un petit manuel de défense reprenant et démontant les clichés courants sur la bisexualité, ce que nos anciens avaient déjà commencé à faire (cf http://bicause.pelnet.com/html/doc/doc.htm)

Si la rédaction du petit manuel de défense ne dépend « que » de notre disponibilité à le rédiger (et ensuite à en financer l’édition !), le premier axe, celui des analyses, est conditionné par les témoignages des personnes. Or, pour l’instant et malgré une communication sur cette action, nous n’avons pas eu de retours pour nourrir notre travail. C’est le constat que faisait aussi le président d’SOS lors de la JIB : les bisexuels français victimes de biphobie n’appellent pas pour témoigner des discriminations dont ils ont été victimes en tant que bi.

Alors comment faire ?
Si la question vous intéresse, que ce soit pour aider au retour de témoignages, ou que ce soit pour contribuer à l’élaboration du petit manuel (traductions anglaises, graphisme, contenu des items…), vous êtes les bienvenus. Tout soutien et participation sera accueilli avec grand plaisir. :-)

Merci à tous
Nelly Ambert, présidente de Bi’Cause"

Participez ! Tout ce qui peut fournir des informations aux associations sur les discriminations est important, ce n'est pas encore bien connu !

Pour envoyer vos témoignages : association_bicauseAROBASEyahoo.fr

(En cas de difficulté pour contacter Bi'Cause, laissez un commentaire, les gens de l'association le verront sûrement et sinon je pourrai me charger de transmettre.)

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Une nouvelle association bi à Lyon : France Bisexualité Info

20 mars 2012

Ce n'est pas tous les jours qu'une nouvelle association bisexuelle se crée en France.  Je suis donc très heureux de relayer ici l'annonce faite par le site France Bisexualité Info et qui m'a été aimablement signalée par Judith Silberfeld :

S’appuyant sur le succès du site de France Bisexualité Info alias FBI (www.france-bisexualite-info.over-blog.com) les administrateurs de celui-ci ont décidé de se monter en association .

Chose faite le 1er mars 2012 qui a vu naitre les amis de France Bisexualité Info .

Les amis de France Bisexualité Information est une association à vocation nationale regroupant des bisexuel-le-s et leurs amis.

Elle a pour but  dans le cadre du manifeste pour la bisexualité, la reconnaissance des bisexuel-le-s et de leurs droits dans la société, l’information quant à la bisexualité, la mise en relation entre bisexuel-le-s et leurs amis, la lutte contre la BIphobie et toutes formes d'homophobie et/ou LGBTphobie, la prévention et l'information des Infections Sexuellement Transmissibles, et les suicides, la lutte pour la reconnaissance et la Mémoire de la Déportation Homosexuelle.

FBI s’étant donné pour tâche première l’adhésion au Forum Gay et Lesbien de Lyon et son intégration à la Lesbian and Gay Pride Lyon, afin de co-organiser la marche des Fiertés de Lyon de 2012, un courrier a été envoyé à ses organisations et les administrateurs de FBI espèrent une réponse au plus vite .

FBI se propose de travailler dans un premier temps sur Lyon avant d’étendre son action : et des contacts ad hoc on été pris ou seront pris avec l’ensemble du monde LGBT .

Site Internet : www.france-bisexualite-info.over-blog.com

Page Facebook : http://facebook.com/FBI71

Courriel : france.bisexualite.infoAROBASEsfr.fr

On ne peut que se réjouir de l'apparition de cette nouvelle association : souhaitons-leur de rassembler beaucoup de monde et de mener à bien toutes sortes d'actions, dans la région de Lyon et au-delà ! Pour le moment tout commence (le site fait encore un peu fouillis et ça manque d'un flux RSS pour permettre aux geeks surbookés comme moi de voir facilement les nouveaux articles) mais avec assez de petites mains et de neurones volontaires, ils iront loin !

Dans la mesure des informations que j'aurai, j'essaierai de relayer ici les activités de FBI, comme je le fais déjà pour celles de Bi'cause. Encore une fois, n'hésitez pas à m'informer des activités associatives touchant à la bisexualité (qu'il s'agisse d'associations ou de groupes bi ou d'organisations LGBT généralistes, ou même d'organisations pas spécifiquement LGBT) si vous souhaitez que je les relaie ici.

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Bref. J’ai relayé un lien sur un épisode de « Bref »

12 mars 2012
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Bref est une série télévisée française humoristique dans le genre "vie quotidienne" diffusée sur Canal+ et en ligne depuis août 2011 ; comme son nom l'indique, elle se compose d'épisodes très courts (moins de 2 minutes). Dans l'épisode du 8 mars dernier, la série s'est montrée, disons, LGBT-friendly : je n'en dis pas trop pour ne pas gâcher l'intérêt de la surprise. Je vous invite donc à aller regarder la vidéo, qui a été postée par Yagg, dont la rédac' l'avait eue via Prose (merci Prose, merci Yagg !).

Je ne vous en dis pas plus sur l'épisode, revenez quand vous l'aurez vu (dans moins de deux minutes, donc).

...

Vous l'avez vu ? Bon, on va pouvoir parler du contenu, alors. Ce n'est pas grand-chose, et le dénouement a un côté cliffhanger*, ce qui me fait espérer que la conversation qu'on attend entre les deux frères finira par avoir lieu dans un épisode suivant. Mais comme l'avaient vu Prose et la rédac' de Yagg, l'épisode en lui-même est suffisant pour apporter une révélation : le frère du narrateur, après plusieurs relations avec des femmes, "a quelqu'un" qui s'avère être un homme. Bref, il a tout l'air d'être bi ! Ou alors pansexuel. Ou alors omnisexuel. Ou alors "hétérosexuel sauf pour lui". En tout cas, pas monosexuel (i.e. pas hétéro et pas homo non plus). Enfin, sans multiplier les étiquettes possibles, on peut simplement dire que cet épisode "décrit les attirances sexuelles comme fluides", comme diraient les Anglo-saxons : l'adjectif se prête à toutes sortes de blagues douteuses, mais il a l'avantage de mieux correspondre au genre de réalités complexes que nous permettent d'entrevoir des études sexologiques comme l'échelle de Kinsey ou la grille d'orientation sexuelle de Fritz Klein qui en est la version améliorée.

... ou alors le frère va être présenté comme un homo refoulé, même s'il a l'air d'avoir eu au moins une vraie relation sérieuse avec une femme, ce qui bousillera complètement le machin, mais j'espère que non. La suite le dira, mais on semble s'acheminer vers un nouveau personnage bi ou bi-proche dans le PAF, et ça vaut la peine d'être noté.

(* "Suspendeur de falaise" dans la langue de Secouelance : autrement dit, une fin ouverte ménageant un suspense insoutenable pour le spectateur, qui ne pense plus qu'à se jeter sur l'épisode suivant dès sa parution/diffusion/sortie/fuite sur Internet. De nos jours, le procédé est surtout associé à l'art anglo-saxon de la fiction, mais il est vieux comme le monde. Pour plus de détails, voyez Wikipédia, ou un bon livre sur le roman-feuilleton, ou un bon livre sur l'écriture de scénario. Notez que des cliffhangers involontaires peuvent s'introduire dans les textes de fiction à cause des aléas de leur transmission au fil du temps : ainsi, les cliffhangers accidentels provoqués par les lacunes dans les tablettes d'argile/papyri/marbres/etc. constituent un moteur de la recherche à part entière en archéologie et en philologie. Tout antiquisant vous soutiendra qu'il travaille à mieux connaître les sociétés anciennes, mais en réalité il y a toujours quelque part au fond de lui un lecteur frustré qui espère secrètement retrouver enfin la suite de cette damnée épopée sur la guerre de Troie ou combler les trous dans l'histoire de Gilgamesh.)

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